Posts Tagged ‘Gadamer et Ricoeur’

Pensée du 05 janvier 10

« Un écrit ou discours, que ce soit une dissertation ou un poème, a pour but d’amener le lecteur à l’intuition même dont l’auteur est parti. Si ce but est manqué, l’ouvrage ne vaut rien. »

ARTHUR SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation

_____________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Ce n’est pas sûr que les herméneutes du 21e siècle partagent cette position radicale de Schopenhauer. Car le but de l’interprétation n’est pas seulement de coïncider avec l’intention de l’auteur de l’œuvre.  Sur-ce, l’internaute risque de me déclarer hors-sujet. Je ne le suis pas. Puisque Schopenhauer parle ici d’écrit, restons dans le domaine de l’herméneutique textuelle chère à Gadamer et à Ricœur. Si « l’écrivain Schopenhauer » tient à ce que son texte permette au lecteur de rejoindre sa pensée, il ne doit pas oublier que le lecteur qui se saisit d’une œuvre n’est plus exclusivement le lecteur de Schopenhauer, mais il devient le lecteur de celui-là même qui vient à la lecture.

Lorsque Ricoeur et Gadamer professent que le texte est une médiation par laquelle le lecteur se comprend lui-même, ils affirment que le texte se fraye ses lecteurs et crée son propre vis-à-vis subjectif. Qu’est-ce à dire ? C’est le problème de l’appropriation ou de l’application du texte à la situation présente du lecteur en matière d’interprétation. Point n’est besoin de rappeler que tout lecteur est un interprète. Dès qu’un auteur finit son ouvrage, on peut affirmer que l’ouvrage lui échappe définitivement.

D’abord, grâce à la distanciation herméneutique, l’appropriation n’a plus aucun des caractères de l’affinité affective avec l’intention de l’auteur. La compréhension de soi et une compréhension dans la distance et par la distance. La lecture d’une œuvre serait tout le contraire de la recherche de la contemporanéité et de la congénialité. Ensuite, contrairement aux présupposés psychologiques de l’herméneutique de Dilthey, Gadamer et Ricœur disent que l’appropriation a pour vis-à-vis la chose du texte (Gadamer) ou le monde de l’œuvre (Ricœur). Ce que le lecteur s’approprie finalement, c’est une proposition du monde. Celle-ci n’est pas derrière le texte comme le serait une intention cachée. Elle est devant lui comme le déploiement de l’œuvre. Schopenhauer serait loin d’admettre ces ouvertures.

Emmanuel AVONYO, op

L’academos

Sommaire