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Pensée du 01 mai 11

« L’homme est un animal métaphysique. Sans doute, quand sa conscience ne fait encore que s’éveiller, il se figure être intelligible sans effort ; mais cela ne dure pas longtemps : avec la première réflexion, se produit déjà cet étonnement, qui fut pour ainsi dire le père de la métaphysique. C’est en ce sens qu’Aristote a dit aussi au début de sa Métaphysique :  » En effet, c’est l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques ». De même, avoir l’esprit philosophique, c’est être capable de s’étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d’étude ce qu’il y a de plus général et de plus ordinaire. »

Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation

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Pensée du 05 mars 11

« Excepté l’homme, aucun être ne s’étonne de sa propre existence ; c’est pour tous une chose si naturelle, qu’ils ne la remarquent même pas. (…) C’est seulement après que l’essence intime de la nature (le vouloir vivre dans son objectivation) s’est développée, avec toute sa force et toute sa joie, à travers les deux règnes de l’existence inconsciente, puis à travers la série si longue et si étendue des animaux ; c’est alors enfin, avec l’apparition de la raison, c’est-à-dire chez l’homme, qu’elle s’éveille pour la première fois à la réflexion ; elle s’étonne de ses propres œuvres et se demande à elle-même ce qu’elle est. Son étonnement est d’autant plus sérieux que, pour la première fois, elle s’approche de la mort avec une pleine conscience, et qu’avec la limitation de toute existence, l’inutilité de tout effort devient pour elle plus ou moins évidente. De cette réflexion et de cet étonnement naît le besoin métaphysique qui est propre à l’homme seul. L’homme est un animal métaphysique. »

Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation

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Pensée du 05 janvier 10

« Un écrit ou discours, que ce soit une dissertation ou un poème, a pour but d’amener le lecteur à l’intuition même dont l’auteur est parti. Si ce but est manqué, l’ouvrage ne vaut rien. »

ARTHUR SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation

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GRILLE DE LECTURE

Ce n’est pas sûr que les herméneutes du 21e siècle partagent cette position radicale de Schopenhauer. Car le but de l’interprétation n’est pas seulement de coïncider avec l’intention de l’auteur de l’œuvre.  Sur-ce, l’internaute risque de me déclarer hors-sujet. Je ne le suis pas. Puisque Schopenhauer parle ici d’écrit, restons dans le domaine de l’herméneutique textuelle chère à Gadamer et à Ricœur. Si « l’écrivain Schopenhauer » tient à ce que son texte permette au lecteur de rejoindre sa pensée, il ne doit pas oublier que le lecteur qui se saisit d’une œuvre n’est plus exclusivement le lecteur de Schopenhauer, mais il devient le lecteur de celui-là même qui vient à la lecture.

Lorsque Ricoeur et Gadamer professent que le texte est une médiation par laquelle le lecteur se comprend lui-même, ils affirment que le texte se fraye ses lecteurs et crée son propre vis-à-vis subjectif. Qu’est-ce à dire ? C’est le problème de l’appropriation ou de l’application du texte à la situation présente du lecteur en matière d’interprétation. Point n’est besoin de rappeler que tout lecteur est un interprète. Dès qu’un auteur finit son ouvrage, on peut affirmer que l’ouvrage lui échappe définitivement.

D’abord, grâce à la distanciation herméneutique, l’appropriation n’a plus aucun des caractères de l’affinité affective avec l’intention de l’auteur. La compréhension de soi et une compréhension dans la distance et par la distance. La lecture d’une œuvre serait tout le contraire de la recherche de la contemporanéité et de la congénialité. Ensuite, contrairement aux présupposés psychologiques de l’herméneutique de Dilthey, Gadamer et Ricœur disent que l’appropriation a pour vis-à-vis la chose du texte (Gadamer) ou le monde de l’œuvre (Ricœur). Ce que le lecteur s’approprie finalement, c’est une proposition du monde. Celle-ci n’est pas derrière le texte comme le serait une intention cachée. Elle est devant lui comme le déploiement de l’œuvre. Schopenhauer serait loin d’admettre ces ouvertures.

Emmanuel AVONYO, op

L’academos

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