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Pensée du 20 avril 11

« De même que l’âme ne s’explique pas sans le corps, ainsi l’homme ne saurait s’expliquer en dehors de la nature où il plonge. »

A. – D. Sertillanges, Henri Bergson et le catholicisme, Paris, Flammarion, 1941, p. 21.

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GRILLE DE LECTURE

Le corps a beau être « la prison de l’âme », la deuxième ne se conçoit pas sans le premier. On peut convenir pour une juste raison que l’âme, principe actif et vital de l’homme, loge dans le corps. Le corps n’est pas pour autant un revêtement pour l’âme. Le corps, c’est le corps de l’âme. C’est ici que les propos de Paul Claudel prennent tout leur sens : « Le corps, disait-il, est l’œuvre de l’âme : « il est son expression et son prolongement dans le domaine de la matière. » Et le poète de poursuivre : « Un bon moyen de connaître l’âme est de regarder le corps ». Cet immortel de la poésie française est un philosophe achevé. Les deux pensées que nous mentionnons de lui pourraient constituer tout un programme de réflexion. Si le corps porte l’empreinte de l’âme, le corps est inéluctablement le plus court chemin pour parvenir à la connaissance de l’âme. Ainsi, même par son corps, « prison de l’âme », l’homme est loin de n’occuper que la place minime que la philosophie idéaliste lui octroie dans la nature : « car si notre corps est la matière à laquelle notre conscience (càd : notre âme) s’applique, il est coextensif à notre conscience ; il comprend tout ce que nous percevons ; il comprend tout le domaine où nous pouvons éventuellement agir au moyen de la partie de matière qui nous est immédiatement conjointe » (Sertillanges).

C’est donc « corps et âme » que l’homme se définit, et c’est comme tel que son rapport à la nature doit être envisagé. Certes, comme l’âme face au corps, l’homme non plus ne peut être conçu en dehors de sa terre nourricière. Mais la question mérite d’être clairement posée maintenant : comment l’homme se rattache-t-il à ce milieu de son être ? Comment « l’intelligence qui est tout l’homme selon qu’il est homme » s’adapte-elle à la nature ? Pour Bergson, de la même manière que le corps se spiritualise, la nature doit être comprise comme un immense effort vers la vie et vers l’esprit, Autrement dit, la nature où l’homme plonge est un élan vital qui tend à organiser intelligemment la matière en êtres vivants, en être spirituels. Comme l’être humain, la nature tend vers l’esprit. A la regarder sa parti pris, on est incliné à reconnaître que c’est « une générosité qui se donne » à travers l’impulsion finaliste de la nature.  La nature est le berceau de l’homme, le lieu où le jardinier suprême l’entoure de soins diligents. C’est pourquoi la nature tend merveilleusement à la permanence des espèces en leur intimant ses volontés de croissance sous forme d’instincts naturels de survie. Toutefois, Bergson affirme une coupure nette entre les animaux et l’homme, du point de vue de leur grandeur spirituelle. La nature humaine n’est pas embranchée à la nature animale, elle est autonome biologiquement parlant. L’homme fait l’objet d’une sorte de monisme ontologique dans le monde naturel finalisé. Parmi les êtres naturels, l’homme prime éminemment par son intelligence créatrice d’avenir.

Emmanuel AVONYO, op