« L’humanisme est d’abord un combat pour l’homme ou, plus précisément, pour l’humanité de l’homme : il s’agit de défendre, non une espèce seulement, mais ce que celle-ci a fait de soi, non l’homo sapiens mais l’humanité civilisée. »
André Comte-Sponville, Valeur et vérité, Etudes cyniques.
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GRILLE DE LECTURE
Tous les hommes sont humanistes, ils sont humanistes d’un humanisme pratique. C’est le point de vue de Comte-Sponville. Unis par l’agir, tous les hommes sont humanistes parce que l’humanisme est le but ultime de l’action. C’est l’humanisme qui rassemble les hommes et l’action est un combat pour l’humanisme. Si l’humanisme rime parfaitement avec l’humanité de l’homme, l’engagement humain est le gage sûr du combat pour la reconnaissance de l’humain. Bien plus, ce qui fait des hommes des humains et les rend dignes de l’être, c’est la considération de l’homme comme une fin. En cela, Kant est immortel par ses émules. L’humanisme pratique se définit comme l’affirmation et la défense de l’humanité de l’homme comme une valeur. Sous ce rapport, l’humanisme pratique de Comte-Sponville est le désir affirmé d’être humain au sens normatif du terme. C’est l’effort assumé de se soumettre à l’humanité non comme un sous ensemble de l’écologique, ou comme une simple espèce biologique, mais comme valeur.
Le bien serait, selon Spinoza, le moyen qui rapproche l’homme de plus en plus du modèle de sa nature humaine. L’humanité en tant que respect humain serait le désir de faire aux hommes seulement ce qui leur plaît. On ne peut pas faire aux hommes un bien qu’ils ne veulent pas. L’humanisme n’est pas à prendre simplement comme un principe explicatif, mais comme un effort d’adaptation aux métamorphoses de l’humanité de l’homme. L’homme n’est pas un dieu et il ne reste homme que dans cette tension vers l’homme par un combat pour sa valeur. L’humanisme pratique est un humanisme spontané dont les mères savent plus que les philosophes. Etre humain, c’est être capable de langage, et être assujetti à l’amour. De génération en génération, l’humanité s’invente auprès de la douceur et de la patience maternelles, de la langue maternelle. L’éducation terminée, on n’a jamais fini de s’humaniser. L’humanisation prend le relais de l’hominisation.
L’humanisme pratique n’appartient à personne, sinon, il n’appartient qu’à ceux qui le pratiquent en effet, c’est-à-dire, qui font preuve d’humanité, qui font de leur existence un combat pour l’homme et ses nouveaux besoins. L’humanisme théorique, simplement pensé ne suffit pas. Il ne suffit pas mais il n’est pas un immoralisme. Voici que la question se pose : l’humanisme pratique est-il un anti-humanisme théorique ? Mais, l’humanisme pratique peut-il contrister un humanisme théorique, si « les sciences humaines ne sont pas faites pour les chiens » ? Penser l’homme dans sa vérité, dans son histoire et dans sa concrétude, c’est penser la morale dans son urgence. Un homme sans morale serait inhumain (Spinoza) car l’humanité est une valeur. L’humanisme théorique n’est pas moins un combat pour le sens de l’humain. Pour accompagner jusqu’au bout Comte-Sponville dans sa pensée, nous pourrons ajouter que tous les hommes sont humanistes, d’un humanisme théorique ou pratique. On est humaniste à respectant la diversité du regard humain.
Emmanuel AVONYO, op
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