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Pensée du 07 février 10

« La tâche permanente de la philosophie, c’est permettre à l’homme de devenir vraiment lui-même en prenant conscience de l’être. »

Karl Jaspers, La foi philosophique

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GRILLE DE LECTURE

Karl Jaspers nous livre ici son postulat fondamental en ce qui concerne la pratique philosophique. Il éduque notre sens de philosophe en l’éveillant à l’essentiel : devenir vraiment soi-même. La finalité de la philosophie n’est pas extérieure à l’homme. La société, l’extérieur n’est qu’une médiation. En cela, la philosophie est proprement inutile. Le faire de la philosophie est un faire de l’esprit. Dans la réflexion philosophique s’accomplit ceci, qui échappe à tous ses détracteurs : l’homme y atteint sa plénitude d’être au prix de profondes ruptures. Jaspers pense que la philosophie est absolue mais sans but. Elle n’est ni un chêne ni un roseau auquel on puisse s’arrimer. On ne peut pas l’utiliser. Elle est une finalité sans fin : c’est bien la raison de toutes les attaques contre l’entreprise philosophique.

L’homme ordinaire se demande avec dédain, à quoi bon la philosophie ? Elle ne sert à rien. Platon n’a pas sauvé les Grecs de l’effondrement politique, il ne les a pas préservés de la ruine. Il y a même indirectement contribué. La philosophie ne guérit donc pas des turbulences politiques.  Socrate ne méritait rien de mieux que la ciguë. Giordano Bruno était bon pour le martyre. En dépit de l’inutilité de l’activité de l’esprit, Jaspers nous fait observer que ceux qui condamnent la philosophie la jugent de l’extérieur. C’est finalement la condamnation de la philosophie qui est inutile : la philosophie pérenne ne cessera pas avant l’homme. Sa tâche, permettre à l’homme d’être un homme libre par la conscience assumée d’une existence consistante.

Le but de l’acquisition du métier philosophique est la conquête de l’indépendance de l’être humain et de la paix avec soi-même. Comme Parménide, construisons un autel pour demander la paix d’une existence harmonieuse avec l’être. Chercher la paix pour soi et pour le monde par la philosophie, ce n’est pas inhiber ses capacités créatrices par une évasion conceptuelle fumeuse, mais penser l’existence en tenant sans cesse notre inquiétude en éveil. C’est rejeter les superstitions de l’homo lupus et s’affranchir des déterminismes irrationnels et obscurantistes de la guerre préventivement juste. La conscience de l’être appelle à se mettre au-dessus des fixations identitaires pour un meilleur devenir de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

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