« Par substance, on ne peut entendre rien d’autre que la chose qui existe de manière à ne pas avoir besoin d’aucune autre pour exister. »
René DESCARTES, Les Principes de la philosophie
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GRILLE DE LECTURE
Descartes a hérité du concept scolastique de la substance. Mais la substantia (essentia) scolastique doit beaucoup à l’hypokeimenon aristotélicien. La substance de la métaphysique ancienne est ce qui existe en soi, elle est la réalité permanente qui sert de soubassement aux attributs changeants. C’est en quelque sorte la sub-stance qui sou-tient les accidents, elle est la quiddité même, ou encore l’ousia, l’objet de la science de l’Etre en tant qu’Etre. Si la substance aristotélicienne se définit par rapport aux accidents, la substance cartésienne elle se définit par rapport à une autre substance qu’on va préciser bientôt. Pour lui, être une substance, cela signifie exister par soi-même (per se), sans le concours d’un autre être. C’est l’autonomie substantielle des êtres créés. Or, s’il y a des êtres créés, c’est qu’il y a un créateur, Dieu. Par voie de conséquence, selon Descartes, Dieu seul mérite le nom de substance, et c’est par rapport à cette substance absolue que la substance humaine se définit. « Par le nom de Dieu, j’entends une substance infinie, indépendante, suprêmement intelligente, suprêmement puissante » par laquelle tout ce qui existe a été créé. Comment faut-il comprendre que Dieu soit la substance même et que les êtres créés soient aussi des substances ? Descartes parle de substance en ce qui concerne les choses créées, parce qu’elles n’ont pas besoin du concours ordinaire de Dieu pour continuer à subsister.
Pour aller plus loin, la conception aristotélicienne de la substance est moniste alors que Descartes se situe dans une perspective dualiste, il conçoit une double substance en ce qui concerne les choses créées. Le dualisme cartésien découlant de l’opposition corps et esprit (âme) s’étend à sa conception de la substance. L’âme, l’esprit ou la conscience est une substance immatérielle ou substance pensante alors que le corps incarne la substance étendue. La pensée n’est pas une substance, elle est un attribut de l’âme, la chose pensante, la res cogitans. C’est l’homme qui est à la fois la substance pensante et la substance corporelle. L’homme, par la pensée, peut avoir une connaissance claire et distincte de son âme. La substance corporelle et la substance spirituelle existent de façon autonome, mais en vertu du fait que l’homme est une créature, Dieu les maintient par ce que Descartes appelle la création continuée. Spinoza s’opposera au dualisme cartésien de la coexistence en l’homme d’une double substance. La substance est ce dont le concept n’a pas besoin d’autre chose pour être formé. Autour de la substance autonome spinoziste, se greffe cependant les attributs et les modes de l’être.
Emmanuel AVONYO, op
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