Posts Tagged ‘L’activité musculaire et le plaisir’

Pensée du 05 novembre 10

« Que l’activité musculaire exercée librement soit pour l’enfant un besoin dont il tire un plaisir considérable, est un fait bien connu. »

Sigmund FREUD, Trois essais sur la théorie de la sexualité, trad. par B. Reverchon-Jouve, Gallimard, 1986.

__________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

L’activité musculaire comme l’exercice physique représente un besoin primordial chez l’enfant dans le processus de son développement physique. Mais elle joue aussi un rôle psychique indéniable dans la mesure où elle procure à l’enfant un plaisir considérable. Dans ses Trois essais sur la théorie de la sexualité, Freud opère un rapprochement entre ce plaisir et l’activité sexuelle de l’enfance. Quand bien même il reconnaît que le fait d’établir une connexion entre la sorte d’excitation qu’est l’activité musculaire et la satisfaction sexuelle soulèvera de nombreuses objections, il range l’activité musculaire parmi les sources de la sexualité infantile. Nous savons que pour Freud des causes multiples concourent au déclenchement du processus sexuel, à savoir l’excitation périphérique des zones érogènes, les processus affectifs, la concentration de l’attention, le travail intellectuel… Les zones érogènes possèdent à un degré supérieur des qualités d’excitabilité chez l’homme en général. Ces qualités se situent aussi sur toute la surface épidermique. Ainsi, le plaisir sexuel infantile ne naît pas seulement de l’excitation des zones érogènes. Il se retrouve souvent dans des pulsions comme la pulsion de voir, la pulsion de savoir et la pulsion de cruauté. Son plaisir provient aussi des excitations d’ordre mécanique et musculaire. Freud fait observer à juste titre que les secousses mécaniques et mouvements rythmiques provoquent le plaisir de l’enfant. C’est pourquoi les enfants adorent certains jeux tels que la balançoire. Mais les mêmes exercices, qui à un degré inférieur d’intensité, sont sources d’excitation, peuvent produire, quand elles deviennent excessives, l’effroi et l’ébranlement.

Dans l’exercice musculaire, c’est souvent la surface sensible de la peau qui est sollicitée. Beaucoup de personnes, constate Freud, se souviennent qu’elles ont pour la première fois ressenti une excitation de l’appareil génital pendant les luttes corps à corps avec des camarades. Ainsi, à la tension des muscles, vient s’ajouter l’action excitante des contacts de peau avec l’adversaire. Il n’est pas surprenant que nos choix sexuels tombent souvent sur des personnes auxquelles nous nous frottons, qui nous taquinent, ou avec qui nous avons des joutes verbales. Le lien que Freud établit entre l’activité physique et le plaisir est lourd de conséquences : « une des origines de la pulsion sadique pourrait être retrouvée dans ce fait que l’activité musculaire favorise l’excitation sexuelle ». Freud prolonge les conclusions de son enquête chez les adultes. « Chez un grand nombre d’individus, l’association formée pendant l’enfance entre l’amour de la lutte et l’excitation sexuelle contribue à déterminer ce que sera plus tard leur activité sexuelle préférée. » Les éducateurs donnent bien raison à Freud lorsqu’ils font usage des sports pour détourner l’attention des jeunes de l’activité sexuelle.

Emmanuel AVONYO, op