« Toutes ensemble, vérités morales proprement dites, et vérités métaphysiques, forment ce que l’on peut appeler l’ordre des choses morales. »
Léon OLLE-LAPRUNE, De la certitude morale, Editions universitaires, Bégédis, 1989.
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GRILLE DE LECTURE
Ollé-Laprune appelle vie morale tout exercice de l’activité humaine où se trouve impliquée l’idée du devoir. En effet, on désigne par « morales » toutes les actions humaines soumises à une règle de conduite. Une action libre de l’homme est une action morale par excellence parce que la liberté est toujours l’indice d’une règle de conduite assumée. Ainsi, Ollé-Laprune nomme « vérités morales » ou « vérités de l’ordre moral » toutes les vérités qui apparaissent comme des lois ou des conditions de la vie morale. Que l’on dise par exemple que la vertu, en tant que la constance dans le bien moral, appelle le bonheur et que la constance dans le mal moral dispose au malheur, l’on affirme des vérités morales. Elles apparaissent comme des conditions de la vie morale dans la mesure où toutes les actions morales humaines se lisent à travers ce prisme du mérite attaché au bien ou au mal. Quant aux vérités dites métaphysiques (la volonté libre, l’éternité de Dieu, l’immortalité de l’âme…), elles sont celles qui touchent aux choses transcendantes, aux choses les plus élevées et parfois, les plus inaccessibles à l’homme. On se rappelle que « métaphysique » ou « philosophie première » (science de l’Etre) désignait chez Aristote la rubrique de classement réservée aux questions générales et plus élevées, aux questions supraphysiques, transphysiques, ou surnaturelles, pourrait-on dire. Le mot métaphysique continue aujourd’hui de caractériser ce mode supérieur de connaissance dont les conclusions ne sont pas vérifiables par les sciences expérimentales.
La métaphysique savante, écrit Ollé-Laprune, n’est le partage que de quelques esprits : « elle soulève des questions auxquelles le vulgaire ne pense pas ou demeure indifférent ; elle parle un langage qui n’est compris que des initiés ; elle se complait en des spéculations si éloignées du raisonnement des hommes qu’elle semble un fantôme propre à épouvanter les gens. » Mais notre auteur soutient que lorsqu’on ôte ces formes savantes, on ne trouve au fond rien qui ne soit proprement humain. La métaphysique, prise en ce qu’elle a d’essentiel, est présente partout où l’homme se trouve. C’est pourquoi les vérités morales qui concernent les conditions de l’action humaine et les vérités métaphysiques forment ensemble l’ordre moral. Les vérités métaphysiques sont aussi des vérités morales. Se demander quelle est la fin de l’homme c’est aussi rechercher la fin de son action présente. De même l’homme ne peut pas se considérer sérieusement sans s’interroger sur ce qui le soutient. Nous remarquons que Ollé-Laprune ne se limite pas à la considération des notions morales elles-mêmes qui constituent la science des mœurs, mais il montre que les vérités morales supposent les vérités métaphysiques. Et il semble que ces vérités métaphysiques n’aient d’intérêt que prises dans leur rapport avec la moralité. Kant postulait à juste titre l’existence de Dieu pour donner sens à l’activité morale de l’homme. Puisqu’il est parfois difficile de voir la vertu et le bonheur coïncider, c’est-à-dire de trouver un homme vertueux totalement heureux, Kant se laisse convaincre qu’il doive exister un Dieu tout puissant qui récompense la vertu et châtie le méchant dans l’au-delà.
Emmanuel AVONYO, op
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