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Pensée du 03 décembre 10

« Toutes ensemble, vérités morales proprement dites, et vérités métaphysiques, forment ce que l’on peut appeler l’ordre des choses morales. »

Léon OLLE-LAPRUNE, De la certitude morale, Editions universitaires,  Bégédis, 1989.

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GRILLE DE LECTURE

Ollé-Laprune appelle vie morale tout exercice de l’activité humaine où se trouve impliquée l’idée du devoir. En effet, on désigne par « morales » toutes les actions humaines soumises à une règle de conduite. Une action libre de l’homme est une action morale par excellence parce que la liberté est toujours l’indice d’une règle de conduite assumée. Ainsi, Ollé-Laprune nomme « vérités morales » ou « vérités de l’ordre moral » toutes les vérités qui apparaissent comme des lois ou des conditions de la vie morale.  Que l’on dise par exemple que la vertu, en tant que la constance dans le bien moral, appelle le bonheur et que la constance dans le mal moral dispose au malheur, l’on affirme des vérités morales. Elles apparaissent comme des conditions de la vie morale dans la mesure où toutes les actions morales humaines se lisent à travers ce prisme du mérite attaché au bien ou au mal. Quant aux vérités dites métaphysiques (la volonté libre, l’éternité de Dieu, l’immortalité de l’âme…), elles sont celles qui touchent aux choses transcendantes, aux choses les plus élevées et parfois, les plus inaccessibles à l’homme. On se rappelle que « métaphysique » ou « philosophie première » (science de l’Etre) désignait chez Aristote la rubrique de classement réservée aux questions générales et plus élevées, aux questions supraphysiques, transphysiques, ou surnaturelles, pourrait-on dire. Le mot métaphysique continue aujourd’hui de caractériser ce mode supérieur de connaissance dont les conclusions ne sont pas vérifiables par les sciences expérimentales.

La métaphysique savante, écrit Ollé-Laprune, n’est le partage que de quelques esprits : « elle soulève des questions auxquelles le vulgaire ne pense pas ou demeure indifférent ; elle parle un langage qui n’est compris que des initiés ; elle se complait en des spéculations si éloignées du raisonnement des hommes qu’elle semble un fantôme propre à épouvanter les gens. »  Mais notre auteur soutient que lorsqu’on ôte ces formes savantes, on ne trouve au fond rien qui ne soit proprement humain. La métaphysique, prise en ce qu’elle a d’essentiel, est présente partout où l’homme se trouve. C’est pourquoi les vérités morales qui concernent les conditions de l’action humaine et les vérités métaphysiques forment ensemble l’ordre moral. Les vérités métaphysiques sont aussi des vérités morales. Se demander quelle est la fin de l’homme c’est aussi rechercher la fin de son action présente. De même l’homme ne peut pas se considérer sérieusement sans s’interroger sur ce qui le soutient. Nous remarquons que Ollé-Laprune ne se limite pas à la considération des notions morales elles-mêmes qui constituent la science des mœurs, mais il montre que les vérités morales supposent les vérités métaphysiques. Et il semble que ces vérités métaphysiques n’aient d’intérêt que prises dans leur rapport avec la moralité. Kant postulait à juste titre l’existence de Dieu pour donner sens à l’activité morale de l’homme. Puisqu’il est parfois difficile de voir la vertu et le bonheur coïncider, c’est-à-dire de trouver un homme vertueux totalement heureux, Kant se laisse convaincre qu’il doive exister un Dieu tout puissant qui récompense la vertu et châtie le méchant dans l’au-delà.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 15 novembre 10

« La vertu, qui est la constance dans le bien moral appelle le bonheur, qui est la continuité dans la vraie joie ; et de même la constance dans le mal moral appelle le malheur.»

Léon OLLE-LAPRUNE, De la certitude morale, Editions universitaires, Bégédis, 1989, p. 9.

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GRILLE DE LECTURE

Il existe des vérités dans la vie morale qui résonnent comme des exigences de justice. Depuis Aristote, la philosophie enseigne que le bonheur est la récompense de la vertu. Tout homme tend vers son acte, il va vers l’achèvement de sa nature. Tout être, en tant qu’il est puissance, tend vers sa fin, sa perfection. Si pour Platon, notre vertu humaine fondamentale serait celle qui nous fait ressembler le plus à Dieu, et que le but de la vie consisterait à s’affranchir du corps afin de retrouver la vie divine, Aristote, Augustin, Thomas d’Aquin, Kant, affirment de leur coté que tous les hommes désirent incontestablement le bonheur. Le bonheur qui est la fin de l’homme, n’est pas relatif et passager mais durable et consistant. Seul le bien intensif fait la vraie joie de l’homme. Or, la continuité dans la vraie joie est liée à une activité supérieure de l’homme, l’activité de l’intelligence et de la liberté. Ainsi, l’homme qui veut être heureux doit vivre selon la raison, dans l’habitude du bien. Celui qui s’attache d’une volonté ferme au devoir et au bien, mérite le bonheur. Devient vertueux celui qui s’attache de façon constante à faire le bien. Celui qui demeure dans le mal doit être malheureux.

Cette certitude morale résonne comme une exigence de justice à un double titre. Le fait de faire le bien est une façon de se livrer à un exercice de justice. Car il s’agit de pratiquer la justice vis-à-vis de la nature et vis-à-vis de soi, afin que justice nous soit faite à notre tour. Ensuite (par conséquent), l’accord de la vertu et du bonheur ne peut être qu’une exigence de justice. En effet, la vie vertueuse est une vie de justice. Lorsque Platon considère la justice comme la vertu qui accomplit le mieux l’homme, il semble indiquer que les vertus cardinales telles que la prudence, le courage et la tempérance sont des manifestations supérieures de la justice. La prudence comme la sagesse est la justice de l’esprit. La tempérance pourrait être présentée comme la justice des sens, et la vertu de force comme la justice du cœur.

Le bonheur en tant que récompense du bien et le malheur comme salaire du mal résultent d’une justice naturelle dans l’ordre moral. Il est évident que nous ne plaçons pas a priori, comme Kant, le bonheur dans l’au-delà. Ce bonheur se mérite ici-bas. On y reçoit la récompense de ses choix moraux. D’aucuns préfèreraient évoquer ici la notion de responsabilité de l’agent moral. Pour Ollé-Laprune, l’agent moral a un compte à rendre et un jugement à subir.  On dira de lui qu’il a mérité ou qu’il a démérité selon que l’homme aura usé de sa liberté et de son intelligence pour faire son devoir ou non. « La volonté n’eut-elle fait que dans une seule circonstance le choix du bien ou du mal, ce choix, s’il est délibéré, s’il est fait avec entière connaissance de cause, avec pleine liberté, constitue un consentement au bien ou au mal. » Puisque la justice exige que chacun soit traité comme il le mérite, celui qui a mérité est celui qui gagne en valeur, en dignité, en excellence. Celles-ci appellent une récompense, qui est une joie, la jouissance continue d’un plaisir obtenu par le bien. Par le même principe de justice, la déchéance volontaire de celui qui refuse le bien attire un châtiment, le malheur.

Emmanuel AVONYO, op