« Où est Dieu ? … je vais vous le dire. Nous l’avons tué vous et moi. Comment nous consolerons nous, les meurtriers de tous les meurtriers ? … Ne faut-il pas devenir nous-mêmes des dieux pour paraître seulement dignes de nous-mêmes ? »
NIETZSCHE, Ecce homo
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GRILLE DE LECTURE
L’humanité se dilue peu à peu dans la cadence perpétuelle de la misère et de la souffrance. Happés par les crises de tous genres, et dans le but de s’en délivrer, les hommes rencontrent le métaphysicien et le prêtre (députés de Dieu sur terre) qui lui promettent un univers transcendant d’un outre-monde[1]. L’homme religieux par exemple invite l’être humain à s’abandonner à la providence de Dieu. Lequel Dieu est selon la mystique chrétienne, « une larme d’amour versée en cachette sur la misère humaine »[2].
Au cœur de cette mystique chrétienne se dresse dans sa brusque laideur la conviction selon laquelle l’homme est fils adoptif, racheté en son unique fils Jésus-Christ avec qui, il est cohéritier. Il est co-héritier d’un héritage qui se nomme paradis et dont la beauté renverrait à un îlot de bien être, de félicité. Cependant, pour avoir part à cet héritage, une condition s’impose à lui. Celle de fuir le monde terrestre, de se détourner de ses plaisirs et de se considérer comme un pèlerin du sens. En un mot, l’homme est un étranger sur terre qui marche vers sa patrie céleste.
Engagé dans ce processus de libération, il échange contre un paradis fictif sa liberté et sa volonté. Dans cette relation avec Dieu, il est représenté comme un éternel enfant abandonné à la bonté de celui-ci. Ce Dieu qui lui est présenté est perçu comme un Dieu miséricordieux, juste et qui est vie. Pourtant, au nom de ce même Dieu, des combats de guerre s’enflamment ou des vies humaines s’éteignent qui lui sont dédiés.
Pour bénéficier de ce bonheur, l’être humain est convié à se lier, à nier sa vie terrestre au profit d’un monde meilleur. Sa nouvelle vie est désormais ponctuée par une somme de lois morales beaucoup plus pénibles que les affres existentielles auxquelles il était confronté. Sans aucun risque d’erreur, l’on constate que cette religion devient la terre fertile aux germes harmonieuses, où se retrouvent les fines fleurs de l’aliénation, de la paupérisation et de la douleur névralgique. Pour l’entretien de l’homme de Dieu, le don des deux piécettes de la veuve est salué comme l’épiphanie de la vraie foi.
Il s’agit de comprendre que l’homme est à nouveau en danger. Il faut le libérer de ce fardeau. N’est-ce pas donc cette vocation que s’assigne la philosophie nietzschéenne dans son adresse à l’humanité. Selon Nietzsche, Dieu doit être tué pour que de ses cendres repousse harmonieusement la plante humaine. En ce sens, il s’honore d’être celui qui vient libérer l’homme de son effrayante vie. Ainsi il affirme sa volonté d’apprendre aux hommes le sens de leur existence[3]. Dans le processus de cet exorcisme, il révèle à l’homme que Dieu est une pure invention humaine, issu de notre propre incandescence. Aussi ajoute-t-il que ce Dieu ne vient aucunement d’un au-delà.
Au fond, la proclamation de la mort de Dieu ouvre l’horizon des philosophes et libère les esprits, car elle apporte l’espoir de créer un univers totalement neuf. Il est donc temps pour l’homme de planter le germe de son espoir plus haut. En somme, il n’existe ni diable ni enfer. Seul le surhumain est le centre de la terre. Nietzsche invite donc l’homme à être son auto-référence pour vivre comme un vrai philosophe. C’est-à-dire, « un homme qui ne cesse de vivre, de voir, de soupçonner, d’espérer, de rêver des choses extraordinaires (…) ». La philosophie selon Nietzsche est la vie libre et volontaire dans les glaces de la haute montagne. Une vie que répugnent les hommes religieux, las de vivre et contre qui il met en garde l’homme.
C’est d’ailleurs en ce sens qu’il dit : » je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d’espace supra terrestre. Ce sont des empoisonneurs qu’ils le sachent ou non. Ils méprisent la vie, ce sont des mourants, eux-mêmes empoisonnés dont la terre est fatiguée, qu’ils s’en aillent donc ». L’homme est en définitive quelque chose qui doit être surmonté. Qu’avez-vous fait pour le surmonter.
Klaourou Elvis Aubin
e.klaourou@yahoo.fr
Pensée du 06 novembre
NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE – SOMMAIRE>>>
[1] Jacqueline RUSS, Philosophie. Les auteurs, les œuvres, Paris Bordas, 2003, p. 357.
[2] Feuerbach, L’essence du christianisme, Paris, Gallimard, p. 255.
[3] Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, trad. Geneviève BIANQUIS, Paris, Flammarion, P. 18.
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