Posts Tagged ‘Liberté et non-liberté’

Pensée du 29 juin 10

« Insister, comme nous le faisons, sur le pari effectif pour la liberté au niveau pratique revient, bien sûr, à reconnaître une certaine indémontrabilité théorique de la liberté. »

André Léonard, Le fondement de la morale. Essai d’éthique philosophique.

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Nombreux sont ceux qui affirment enthéorie que l’homme n’est pas libre. Ils proclament un déterminisme de principe auquel l’homme n’échappe pas. La philosophie spinosiste est à ce titre très illustrative. Selon Spinoza, l’homme est toujours déterminé, au moins du dedans. La liberté est une détermination immanente et un consentement à la nécessité extérieure. Si d’un côté, on affirme que l’homme est déterminé, de l’autre, on pense que l’homme est pure liberté. Cette deuxième position se heurte à une indémontrabilité théorique selon André Léonard. En fait, il est difficile de convaincre de la réalité de la liberté ceux-là même qui la rejettent par des arguments théoriques. « La liberté est un appel jamais entièrement exaucé. Elle est une provocation de l’esprit en nous et non une donnée immédiate de notre nature… Personne ne naît pas libre, sinon en puissance ou virtuellement. » Cependant, il est possible, pratiquement, de parier sur la liberté. Ce pari n’est pas une vue de l’esprit, il est effectif. Il faut parier pratiquement sur la liberté parce qu’elle est l’objet d’un engagement, « elle ne grandit que si nous optons librement pour elle. S’impliquant ainsi elle-même, la liberté est en quelque sorte elle-même libre. »

La liberté de l’homme est libre, elle est indémontrable théoriquement. C’est ce qu’ont montré de grands philosophes de la liberté comme Kant et Fichte. D’après André Léonard, Kant aurait professé qu’on ne pourra jamais établir la réalité objective de la liberté, car on ne peut expliquer scientifiquement que des phénomènes sensibles. Et pourtant l’homme en fait l’expérience dans son action. Ainsi, la réalité de la liberté ne se découvre que dans le prolongement de l’expérience morale. C’est-à-dire que la liberté est le point d’insertion de la valeur de l’agir moral. Sans liberté, il n’y a pas de moralité. Sur cette base, on peut parier que l’homme est libre, sinon, comment définirait-il le critérium de son action ? L’homme est appelé à agir librement. S’il y a pari pour la liberté, on comprend que la liberté ne peut que faire l’objet d’une foi pratique. S’il y a pari pour la liberté, c’est que la non-liberté existe : « Par un postulat invincible de la raison pratique, nous sommes ainsi amenés à reconnaître que l’homme a une double partie, celle du monde phénoménal régi par le déterminisme, et celle du monde nouménal gouverné par l’idée de liberté. » Déterminisme et liberté ne sont pas irréconciliables, ils se côtoient comme la marque d’une liberté seulement humaine.

Emmanuel AVONYO, op

>>> SOMMAIRE >>>