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Pensée du 25 mai 10

« Commencer par soi-même. Commencer par soi, mais non finir par soi ; se prendre pour point de départ, mais non pour but ; se connaître, mais non se préoccuper de soi. »

Martin BUBER, Le chemin de l’homme.

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GRILLE DE LECTURE

Israélien d’origine autrichienne, Martin Buber (1878-1965) est considéré comme l’initiateur de la philosophie juive moderne. Il consacra la plus grande partie de sa vie à recueillir et à traduire les récits, les légendes et les chroniques hassidiques. Dans la philosophie juive, le logos grec dialogue constamment avec son « autre » juif, comme pour nous rappeler la contingence de notre mémoire philosophique. Notre philosophie est grecque de naissance. Où que nous soyons, nous philosophons dans une aire orientée par la question d’origine grecque. Mais cela n’exclut en principe aucune culture. Le dialogue entre la philosophie juive et son logos greco-judaisant nous rappelle que les cultures grecque et juive constituent « la première strate de notre mémoire philosophique ».  C’est le lieu de la rencontre réflexive de la source juive avec l’origine grecque. C’est ce qui faisait dire à Ricœur que la source juive est le premier « autre » de la philosophie.

La philosophie juive a une teinte particulière. Même si l’on peut accuser certaines philosophies de s’être exclues de la Modernité par leur référence au logos biblique, les philosophes juifs ne prendront jamais de permission pour philosopher à partir des sources talmudiques, hassidiques ou mystiques. Selon l’enseignement du hassidisme dont il est question dans la citation du jour, chaque homme doit faire retour sur soi-même, il doit embrasser sa voie particulière, il doit unifier son être. L’homme doit toujours commencer par soi-même mais apprendre à s’oublier soi-même. Pour le hassidisme, chacun doit maintenir et sanctifier son âme propre dans la manière et le lieu qui sont les siens, et ne pas convoiter la manière et le lieu des autres ; chacun doit respecter le mystère de l’âme de son prochain, s’abstenir de le pénétrer avec une imprudente indiscrétion et de l’utiliser à ses fins ; chacun doit, dans sa vie avec soi-même et avec le monde, se garder de se prendre lui-même pour but.

Retourner sur soi-même sans se soucier de soi revient à ne pas se tourmenter sans relâche à son propre sujet. C’est ne pas se préoccuper du salut de son âme, de son sort personnel dans l’éternité. En rejetant cet objectif, le hassidisme ne fait que tirer les conséquences de l’enseignement du Judaïsme auquel il ressortit. Nous trouvons ici l’un des principaux points de désaccord entre le Christianisme et le Judaïsme. Le Christianisme assigne pour but suprême à tout homme de rechercher le salut de son âme propre. Aux yeux du Judaïsme, chaque âme humaine est un élément servant dans la création de Dieu, il n’est fixé à aucune âme un quelconque but à l’intérieur d’elle-même. Chacun doit se connaître, se purifier, s’accomplir, mais pas pour son propre compte, pas pour le bénéfice de son bonheur terrestre ni pour celui de sa béatitude céleste. Il convient de s’oublier et de songer au monde.

Emmanuel AVONYO, op

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