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Pensée du 18 mai 11

« Le problème de la métaphysique se trouve ainsi mis en lumière comme problème d’une ontologie fondamentale. »

Martin Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique, Paris, Gallimard, 1953, p. 57.

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GRILLE DE LECTURE

La plupart des commentaires de la Critique de la Raison pure réduisent celle-ci à une entreprise qui sonne le glas de la métaphysique traditionnelle. Elle est perçue comme une théorie de la connaissance qui met en demeure la raison de limiter ses prétentions dogmatiques en ce qui concerne la connaissance au-delà de l’expérience. En vue de remédier à la crise de la métaphysique, Kant s’est demandé comment une connaissance synthétique a priori est-elle possible ? C’est-à-dire comment parvenir à une connaissance qui augmente notre savoir, sans rien devoir à l’expérience, et qui serait valable en tout temps et en tout lieu ? Les lectures qui présent la Critique de Kant comme une théorie de la connaissance affirment que ce dernier veut refonder la métaphysique sur des bases solides en lui conférant la rigueur et la certitude des mathématiques.

L’approche heideggérienne porte l’interprétation de Kant sur un autre plan : elle se propose d’expliquer la Critique de la Raison pure de Kant comme un effort d’instauration du fondement de la métaphysique. Heidegger fait un saut interprétatif qui rapproche singulièrement la philosophie de Kant et la sienne. Il note que le problème de la métaphysique équivaut à celui de l’ontologie fondamentale développée dans Etre et Temps. L’ontologie fondamentale est l’explicitation de l’homme en tant qu’il est l’être spécial qui révèle l’être. Elle révèle que tout questionnement métaphysique renvoie à l’homme et que toute interrogation sur l’homme implique celle sur l’être. Dans son analytique de l’être du Dasein, Heidegger montre en général que la description de l’essence finie de l’homme, qui doit préparer la recherche du fondement de la métaphysique, est fondamentalement portée par la question de l’être. L’homme étant relation à l’être, le problème de ce qu’est l’homme ne peut se poser et se développer qu’en éclaircissant la compréhension de l’être.

Certes, en interprétant la Critique à partir de l’ontologie fondamentale (de la question qu’est-ce que l’homme ?), Heidegger n’écarte pas le soupçon qu’il rechercherait une justification de sa propre pensée. Mais il atteint en particulier un nouveau seuil d’interprétation de Kant selon laquelle une ontologie et une métaphysique se trouvent à la base de la métaphysique. Montrer que le problème de la métaphysique implique l’étude de l’être de l’homme, c’est conférer une dimension métaphysique à la question de l’homme, dans la mesure où l’ontologie fondamentale qui fonde la métaphysique est déjà une métaphysique : la métaphysique de Dasein humain. L’approche heideggérienne de la métaphysique chez Kant indique qu’une ontologie de l’être de l’homme (une métaphysique du Dasein humain) est nécessaire pour rendre la métaphysique possible.

Emmanuel AVONYO, op