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Pensée du 02 mai 11

« Une situation herméneutique est déterminée par les préjugés que nous apportons avec nous. En ce sens, ils forment l’horizon d’un présent, car ils représentent ce au-delà de quoi on n’est plus capable de voir. »

Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976.

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GRILLE DE LECTURE

Cette pensée précise la place qu’occupent les préjugés dans tout exercice d’interprétation. Nous comprenons une œuvre à partir de notre monde de préjugés. Ces derniers façonnent notre regard et définissent notre grille d’interprétation. Gadamer les compare à « ce au-delà de quoi on n’est plus capable de voir » pour montrer à quel point les préjugés nous constituent. Ils forment, dit-il, l’horizon d’un présent, le cadre intégral de nos projections de sens et de nos efforts de signification. Néanmoins, l’horizon du présent que dessinent nos préjugés ne doit pas être compris comme un fond  immuable sur lequel se dégagerait l’altérité du passé. Nous commettons une erreur lorsque nous prenons l’horizon du présent comme un ensemble immuable d’opinions et d’appréciation : « En réalité, l’horizon du présent est en formation perpétuelle dans la mesure où il nous faut constamment mettre à l’épreuve nos préjugés. » Gadamer se veut assez explicite. L’horizon du présent n’est pas plombé, il ne peut pas non plus exister séparément.

Puisque la compréhension consiste dans le processus de « fusion des horizons », l’horizon du présent se met à l’heure de nos préjugés en perpétuelle mutation toutes les fois qu’ils discutent avec notre passé. En clair, la formation de l’horizon du présent reculant ses frontières jusque dans les profondeurs de la tradition, les horizons ne peuvent pas exister séparément. Dans ces conditions, ce « au-delà de quoi on ne peut plus voir », c’est l’horizon issu de la fusion des horizons du présent et du passé. La situation herméneutique dont parle Gadamer est celle qui prend en compte cette singularité dans laquelle s’oriente toute compréhension en tant que tâche scientifique. Toute interprétation met aux prises le texte à interpréter (le passé) et le présent de l’interprète. « Voilà pourquoi l’attitude herméneutique implique nécessairement la projection d’un horizon historique qui soit distinct de l’horizon du présent ». Il n’y a pas de surimpression du passé sur le présent, car l’interprétation ne se fige pas dans l’aliénation d’une conscience passée. Elle revient dans l’horizon de compréhension propre au présent. Il y a en quelque sorte une constitution de la fusion et une suppression (aufhebung) de celle-ci pour que l’herméneute puisse bien voir ce qui est en jeu dans le texte.

Emmanuel AVONYO, op