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Pensée du 25 juin 10

« Le projet qu’un individu peut faire manquera d’intérêt pour lui s’il ne réussit pas à mettre en avant ses dons naturels d’une manière intéressante. »

John Rawls, Théorie de la justice, § 67

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GRILLE DE LECTURE

La mise en valeur des dons naturels d’un individu conditionne la réussite de son projet rationnel de vie. Dans la société bien ordonnée de John Rawls, les acteurs sociaux qui sont des êtres rationnels forment des projets de vie et désirent des biens de diverses natures. La réalisation du projet dépend des raisons de leurs désirs et préférences. Elle est surtout conditionnée par leur degré de motivation des intéressés. La motivation qui sous-tend un projet rationnel provient de l’exercice de ses propres facultés. La satisfaction et l’intérêt qui résulteraient de son activité sont fonction du niveau d’implication de ses propres ressources naturelles. C’est pourquoi Rawls affirmait, en reprenant une intuition aristotélicienne, que les être humains aiment exercer leurs talents (que ceux-ci soient acquis ou innés) et plus ces talents se développent, plus ils sont complexes et plus grande est la satisfaction qu’ils procurent. Rawls note que ce principe de motivation est aristotélicien. « Quand des activités ne satisfont pas le principe aristotélicien, il est probable qu’elles semblent ennuyeuses et monotones, elles ne nous donnent pas le sentiment d’être compétents et elles ne semblent pas valoir la peine d’être réalisées. »

Il apparaît que le « principe aristotélicien » est la clé de cette pensée de Rawls. Au vrai, le projet de vie d’un individu ne lui manquera d’intérêt que lorsque le principe selon lequel l’exercice de leurs propres capacités naturelles est un bien essentiel pour les êtres humains sera négligé. Mettre en avant ses dons naturels de manière satisfaisante, c’est les exercer dans le cadre d’un projet personnel dont on attend une satisfaction plus ou moins grande. Un individu n’a davantage confiance en sa propre valeur que lorsque ses compétentes sont pleinement mises en œuvre et judicieusement. Ainsi, ses compétences s’accroîtront à mesure que les exigences du métier se complexifieront. Ce principe aristotélicien ne peut pas être séparé du respect de soi auquel il veut satisfaire. Le respect de soi s’entend de deux manières : premièrement, il relève que le sens qu’un individu a de sa propre valeur, la conviction profonde qu’il a de sa conception du bien et son projet de vie valent la peine d’être réalisés. Deuxièmement, le respect de soi-même implique la confiance en sa propre capacité de réaliser ses intentions, dans la limite de ses moyens.

Emmanuel AVONYO, op

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