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Pensée du 28 janvier 10

« Une double condition domine le développement de la philosophie thomiste : la distinction entre la raison et la foi, et la nécessité de leur accord. »

Etienne Gilson, La philosophie au Moyen Age

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GRILLE DE LECTURE

Il n’y a pas un meilleur jour pour rendre hommage à la pensée de Saint Thomas. Chaque 28 janvier, la pensée philosophique chrétienne honore l’un de ses plus dignes représentants : Saint Thomas d’Aquin (1225-1274). Ce religieux dominicain italien que sa famille a séquestré à cause de son ardent désir d’entrer en religion s’est fait le chantre vénérable du dialogue entre la raison et la foi, entre la philosophie et la théologie. Celui que la tradition religieuse surnomme le « Docteur Angélique » fut très fécond dans la pratique de l’empirisme aristotélicien en remettant en œuvre l’édifice métaphysique de son maître. Le problème religieux a aussi obtenu de lui le meilleur de l’énergie intellectuelle disponible au Moyen Age.

Saint Thomas a mis la métaphysique d’Aristote au service de « l’ontologie du mystère chrétien »  (Dominique Durbale). Il a fait une synthèse adéquate des travaux d’Aristote et de Saint Augustin. Le domaine entier de la pensée philosophique de Saint Thomas relève exclusivement de la raison ; c’est-à-dire que le philosophe ne doit rien admettre que ce qui est accessible à la lumière naturelle de la raison et ce qui est démontrable par ses seules ressources. La théologie au contraire se fonde sur la révélation, c’est-à-dire en fin de compte sur l’autorité de Dieu. Un philosophe argumente donc toujours en cherchant dans la raison les principes de son argumentation ; un théologien trouve les principes premiers de son élaboration dans la révélation. Ces domaines ainsi rigoureusement délimités par Saint Thomas, leur accord est aussi nécessaire, de droit comme de fait.

D’abord un accord de droit entre les conclusions dernières de la philosophie et de la théologie est pour Thomas une chose certaine. Ni la raison, lorsque l’homme en use correctement, ni la révélation, puisqu’elle a Dieu pour origine, ne sauraient nous tromper. Ensuite, de fait, un accord de la vérité avec la vérité étant nécessaire, la vérité de la philosophie devrait se raccorder à la vérité de la théologie par une chaîne ininterrompue de rapports vrais et intelligibles si l’esprit humain pouvait comprendre pleinement les données de la foi. L’auteur de la Somme Théologique conclut que toutes les fois qu’une conclusion philosophique contredit le dogme, c’est un signe que cette conclusion est fausse. A la raison dûment avertie de se critiquer ensuite elle-même et de déceler le point où s’est produite son erreur. L’interprétation rationnelle des données de foi doit permettre de remonter par la raison vers la révélation et de redescendre de la révélation vers la raison.

Emmanuel AVONYO, op

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