Posts Tagged ‘refus de l’évangile’

Pensée du 07 mars 10

« Même converti, l’homme reste pécheur. Il refuse de s’avouer vaincu par la grâce et ne renonce pas facilement à vouloir se justifier par lui-même. Construire les preuves est une manière, pour l’homme, de récupérer l’Evangile de son côté, alors qu’il conviendrait de se livrer totalement à l’obéissance de la foi.»

Karl Barth, in Marcel NEUSCH, Aux sources de l’athéisme contemporain

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Ce qui est en question ici, c’est l’obstination de l’homme à prouver Dieu. Cette obstination n’est rien d’autre l’expression du désir de l’homme se justifier soi-même. L’idée de prouver Dieu ou construire des preuves de Dieu  nous rappelle les philosophes qui ont établi non sans fausse naïveté des preuves logiques de l’existence de Dieu. L’histoire de la philosophie nous apprend que la question de Dieu est aussi vieille que l’humanité et qu’il y a eu plusieurs formes de tentatives d’approches de la question de Dieu. Il y a eu des preuves physiques, morales et métaphysiques de l’existence de Dieu. Une classification de Kant permet de parler désormais des preuves ontologiques, cosmologiques, physico-théologiques de l’existence de Dieu. Toutes ces catégories traduisent un malaise profond aux yeux de Karl Barth.

Karl Barth, théologien protestant, pense fondamentalement que le fait de construire les preuves de l’existence de Dieu est une manière pour l’homme de se dérober à l’essentiel, c’est-à-dire le refus de la reconnaissance de son état de pécheur qui commande l’ouverture totale au régime de la grâce. L’homme philosophe, selon Karl Barth, résiste à ne pas prouver Dieu, parce qu’il refuse de reconnaître que tout lui vient de la grâce. Construire les preuves de l’existence de Dieu, c’est une façon pour le philosophe de récupérer l’évangile de son côté, alors qu’il aurait été plus convenable de se livrer docilement et totalement à l’obéissance de la foi.

Karl Barth semble ignorer que la docilité philosophique est celle qu’inspire la force de l’argumentation cohérente et rigoureuse. Il se demande à juste titre si après avoir reçu la révélation, il est nécessaire de s’atteler à une connaissance rationnelle du divin. Ainsi, pour lui, la théologie naturelle et la théodicée ne sont rien d’autre que l’expression d’un homme enfoncé dans le péché qui s’obstine à négliger la parole révélée. Ce faisant, la pensée rigoureuse prétend atteindre Dieu alors que l’accès au Dieu vivant lui est impossible. Barth regrette que la conversion ne change rien à l’état de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

L’ACADEMOS>>>

SOMMAIRE>>>