Posts Tagged ‘Karl Barth’

Pensée du 03 mai 11

« La philosophie ne s’élève pas au-dessus de son époque, en ce sens qu’elle serait quelque chose de différent de sa signification générale ; mais un seul esprit circule à travers la réalité et à travers la pensée philosophique, celle-ci étant la véritable compréhension du réel lui-même. Ou encore, il y a un seul mouvement, qui porte à la fois l’époque et sa philosophie. La différence réside seulement en ceci, que la détermination de l’époque qui semble encore contingente, n’est pas justifiée et peut ainsi se trouver en opposition hostile avec son contenu véritable et essentiel ; tandis que la philosophie, en tant que justification du principe, est aussi apaisement général et réconciliation générale. »

Friedrich Hegel, in Karl Barth, Hegel, p. 22.

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Pensée du 31 mars 11

« La chose étonnante, c’est que l’homme du XIXe siècle n’ait pas effectivement reconnu dans la philosophie de Hegel la réponse définitive à son exigence dans le domaine de la pensée, à son exigence spirituelle essentielle ; la chose étonnante, c’est qu’au lieu de s’évader dans toutes les directions (comme si rien ne s’était passé), il ne se soit pas contenté de repenser la sagesse de Hegel, ou en tout cas de la formuler en termes nouveaux, de la corriger avec prudence dans ses parties les plus faibles, et tout le reste, d’en faire l’application dans toutes les directions, avec un sentiment de reconnaissance… Pourquoi Hegel n’est-il pas devenu pour le monde protestant ce que Thomas d’Aquin est devenu pour le monde catholique ? Comment a-t-il pu se faire que déjà peu de temps après sa mort – et d’une façon toujours plus accentuée à partir du milieu du siècle – on ait en général commencé à considérer son œuvre avec un sourire de pitié, comme un point de vue dépassé (tout en se nourrissant subrepticement de certains éléments isolés de sa pensée) ?»

Karl BARTH, Hegel, Cahiers théologiques 38, p. 7-8.

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Pensée du 03 mars 11

« On sait comment Hegel envisageait sa propre philosophie : pour lui, cette philosophie ne devait pas être considérée (ainsi que l’avait été celle de ses prédécesseurs, de Descartes à Fichte) comme une étape, une phase de l’évolution, sur la voie suivie par l’histoire de la philosophie, en marche vers on ne sait quel but ; pour lui cette philosophie, réunissant en elle et abolissant du même coup toutes les conceptions antérieures, représentait la conclusion définitive de cette histoire… L’autre grandeur de la philosophie de Hegel réside dans le fait qu’elle n’apparaît pas comme la découverte fortuite d’un individu isolé mais qu’elle est devenue la voix puissante et impressionnante de toute une époque, la voix de l’homme moderne… »

Karl BARTH, Hegel, Cahiers théologiques 38, p. 7 et 22.

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Pensée du 19 février 11

« La philosophie de Hegel est une philosophie de la confiance en soi. Si elle a agit d’une façon si conforme à l’esprit du siècle, si elle a été à tel point un accomplissement de ce que ce siècle tout entier sentait en lui comme une promesse, c’est qu’elle présupposait et confirmait tout à la fois ce principe, qui apparaissait à ce siècle comme lumineux et évident. Si elle parut si grandiose et si fructueuse, c’est que ce principe (la confiance en soi de l’homme pensant comme philosophie), en dépit de l’art avec lequel il fut développé et appliqué, était d’une étonnante simplicité. Si elle eut une action si convaincante, c’est que Hegel osa prendre au sérieux, jusqu’à ses dernières conséquences et avec toute la fidélité imaginable, ce principe simple, approuvé par tout contemporain authentique. »

Karl BARTH, Hegel, Cahiers théologiques 38, p. 15.

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Pensée du 07 mars 10

« Même converti, l’homme reste pécheur. Il refuse de s’avouer vaincu par la grâce et ne renonce pas facilement à vouloir se justifier par lui-même. Construire les preuves est une manière, pour l’homme, de récupérer l’Evangile de son côté, alors qu’il conviendrait de se livrer totalement à l’obéissance de la foi.»

Karl Barth, in Marcel NEUSCH, Aux sources de l’athéisme contemporain

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GRILLE DE LECTURE

Ce qui est en question ici, c’est l’obstination de l’homme à prouver Dieu. Cette obstination n’est rien d’autre l’expression du désir de l’homme se justifier soi-même. L’idée de prouver Dieu ou construire des preuves de Dieu  nous rappelle les philosophes qui ont établi non sans fausse naïveté des preuves logiques de l’existence de Dieu. L’histoire de la philosophie nous apprend que la question de Dieu est aussi vieille que l’humanité et qu’il y a eu plusieurs formes de tentatives d’approches de la question de Dieu. Il y a eu des preuves physiques, morales et métaphysiques de l’existence de Dieu. Une classification de Kant permet de parler désormais des preuves ontologiques, cosmologiques, physico-théologiques de l’existence de Dieu. Toutes ces catégories traduisent un malaise profond aux yeux de Karl Barth.

Karl Barth, théologien protestant, pense fondamentalement que le fait de construire les preuves de l’existence de Dieu est une manière pour l’homme de se dérober à l’essentiel, c’est-à-dire le refus de la reconnaissance de son état de pécheur qui commande l’ouverture totale au régime de la grâce. L’homme philosophe, selon Karl Barth, résiste à ne pas prouver Dieu, parce qu’il refuse de reconnaître que tout lui vient de la grâce. Construire les preuves de l’existence de Dieu, c’est une façon pour le philosophe de récupérer l’évangile de son côté, alors qu’il aurait été plus convenable de se livrer docilement et totalement à l’obéissance de la foi.

Karl Barth semble ignorer que la docilité philosophique est celle qu’inspire la force de l’argumentation cohérente et rigoureuse. Il se demande à juste titre si après avoir reçu la révélation, il est nécessaire de s’atteler à une connaissance rationnelle du divin. Ainsi, pour lui, la théologie naturelle et la théodicée ne sont rien d’autre que l’expression d’un homme enfoncé dans le péché qui s’obstine à négliger la parole révélée. Ce faisant, la pensée rigoureuse prétend atteindre Dieu alors que l’accès au Dieu vivant lui est impossible. Barth regrette que la conversion ne change rien à l’état de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

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