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Pensée du 04 juin 10

« Il y a deux motions de la volonté, l’une relative à l’exercice de l’acte, l’autre à sa spécification, cette dernière provenant de l’objet. Du premier point de vue exercice aucun objet ne peut mouvoir nécessairement la volonté. »

Saint Thomas d’Aquin, S. T., les actes humains.

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GRILLE DE LECTURE

Saint Thomas d’Aquin veut répondre à une question fondamentale : la volonté est-elle mue nécessairement par son objet ? Dit autrement, la volonté peut-elle être le jouet de l’objet de ses désirs ? C’est le problème moderne de l’autonomie de la volonté et de la liberté humaine qui est posé en ces termes. La volonté est la faculté qu’a l’homme de produire une action. Remarquons pour commencer que Thomas d’Aquin distingue deux plans dans l’acte du vouloir humain : l’un relatif à l’exercice de l’acte, l’autre à la spécification. Selon le premier niveau de cette distinction purement analytique (de l’ordre de l’explication), le plan de l’exercice de l’acte est celui de l’action, de la praxis, de l’agir effectif. Thomas affirme que la volonté ne peut jamais être déterminée du côté du faire, de l’exercice de l’acte. Le faire ou le ne pas faire dépend absolument du sujet agissant. On parlerait ici de « liberté du vouloir », c’est-à-dire la liberté qu’a l’homme de vouloir ou de ne pas vouloir. On peut en effet penser ou s’abstenir de penser à quelque chose.

Il existe une seconde forme de liberté, c’est la « liberté de spécification ». Elle se situe au deuxième niveau de lecture de l’acte volontaire. Le plan de la spécification est celui de la forme que prendra l’action volontaire voulue librement. La forme, ce sont les traits qui font la spécificité de l’acte du vouloir. On se posera par exemple la question de savoir : qu’est-ce que je veux (faire), de quelle manière dois-je agir pour y parvenir ? La spécification d’une action est en quelque sorte son essence, sa vérité ou sa vraie nature. C’est la raison pour laquelle saint Thomas d’Aquin dit que le plan de la spécification nous place du côté de l’objet du vouloir. Si le plan de l’exercice relève de la cause efficiente (principe moteur) où la volonté est souveraine, le plan de la spécification relève plutôt de la cause formelle (modèle d’acte) où l’intelligence joue à son tour un rôle primordial.

Il apparaît que deux puissances collaborent harmonieusement dans tout acte humain libre : la volonté ne veut que le bien connu par l’intelligence. C’est l’intelligence qui détermine la spécificité de l’action parce qu’elle est la seule à connaître l’objet en son essence, en sa nature de bien. Ainsi affirmer que la forme de l’action vient de l’objet, c’est dire que l’intelligence reçoit un mouvement de l’objet, elle est informée du modèle d’acte à accomplir. Ce mouvement n’est transmis à la volonté que s’il vise le bien. L’intelligence est marquée par l’attrait de l’objet à mesure que cet objet reflète la perfection. La volonté qui est radicalement libre au plan de l’exercice de l’acte, n’est pas nécessairement mue par son objet. Seul un bien parfait peut mouvoir nécessairement la volonté, sinon, la volonté est absolument maîtresse d’elle-même.

La liberté du vouloir est complète au plan de son exercice. L’objet du vouloir ne meut la volonté que lorsque l’intelligence lui présente un bien comme parfait ou absolu : c’est l’exemple de la béatitude plénière. Dans tous les autres cas, rien ne peut mouvoir la volonté. La volonté est incontestablement autonome sur le plan de l’agir effectif. Elle échappe à toute détermination de son objet parce que l’acte volontaire procède de notre intériorité personnelle, en ce sens qu’aucun mouvement, qu’il soit angélique, humain ou cosmique ne peut déterminer la volonté à agir. Notre liberté se fonde sur notre inclination naturelle au bien. Seul le bien parfait auquel rien ne manque par définition, s’imposera nécessairement à la volonté, parce que connu par l’intelligence. Les deux plans de l’exercice et de la spécification distingués n’en font finalement qu’un seul : c’est dans l’amour du vrai bien connu et présenté par l’intelligence que la volonté trouve son achèvement.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 26 novembre 09

« Il y a deux motions de la volonté, l’une relative à l’exercice de l’acte, l’autre à sa spécification, cette dernière provenant de l’objet. Du premier point de vue (exercice) aucun objet ne peut mouvoir nécessairement la volonté : je puis en effet m’abstenir de penser à quoi que ce soit, et par conséquent de ne pas le vouloir en acte. »

Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, les actes humains.

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GRILLE DE LECTURE

Saint Thomas d’Aquin veut répondre à une question fondamentale. La volonté est-elle mue nécessairement par son objet ? C’est le problème moderne de l’autonomie de la volonté et de la liberté humaine qui semble être posé en ces termes.  LIRE LA SUITE DU COMMENTAIRE ICI

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 25 novembre

L’academos

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