« La conscience de soi semble se constituer dans sa profondeur par le moyen du symbolisme et n’élaborer de langue abstraite qu’en seconde instance par le moyen d’une herméneutique spontanée de ses symboles primaires. »
Paul Ricœur, La symbolique du mal
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GRILLE DE LECTURE
C’est un principe de premier ordre chez Paul Ricœur, il n’y a pas de connaissance de soi sans médiation symbolique ou humaine. Toute connaissance de soi doit être médiatisée par l’interprétation des signes et des symboles. Ces derniers sont déposés dans des œuvres de culture et d’histoire et incarnent l’effort de l’homme pour exister. C’est ce même principe qui guide la lecture de cet extrait du Livre II du deuxième tome de la Philosophie de la volonté de Paul Ricœur. Il n’y a pas de conscience immédiate de soi qui puisse faire l’économie des différents niveaux d’interprétation symbolique. La conscience réflexive de soi est symboliquement constituée. Elle est remplie de symboles gros de toutes sortes d’herméneutiques. Le symbole se comporte comme un jalon de l’intelligence de soi et comme un guide du « devenir soi-même ». Le symbole est au fondement de tout discours sur la vie de la conscience. On distingue trois niveaux d’expressions symboliques, ils sont assez complémentaires.
Le niveau des symboles primaires, le niveau des symboles secondaires et le niveau des symboles tertiaires. Les symboles du second degré médiatisent les symboles primaires qui eux-mêmes médiatisent l’expérience vive de la conscience. C’est à partir de l’herméneutique des symboles primaires que l’on parvient au niveau du langage spéculatif sur l’expérience vive. Toute spéculation sur la vie de la conscience doit emprunter la voie médiatrice des symboles primaires qui caractérisent l’expérience primordiale de la conscience. Pour aller plus loin dans la compréhension de l’expérience de la conscience de soi, prenons pour élément explicitant la question philosophique de la faute des origines de l’homme. La faute s’approche de trois manières qui correspondent à ces trois niveaux de lecture du symbole : par l’aveu, par le mythe, par la spéculation. Ces trois niveaux s’imbriquent à tel point que l’aveu ne servirait à rien, si le mythe ne permettait pas de comprendre la genèse de l’expérience que le sujet a faite, et si la spéculation ne rendait pas rigoureusement compte de ce langage aveugle. C’est ainsi que Ricœur parle ici du cercle de l’aveu, du mythe et de la spéculation.
La vie de la conscience peut encore être saisie par la sollicitation de trois autres dimensions du symbole que sont : le symbole cosmique, le symbole onirique et le symbole poétique. L’examen de sa propre conscience oblige à remonter aux formes naïves (originelles) où la conscience réfléchie se subordonne respectivement à l’aspect cosmique des hiérophanies, à l’aspect nocturne des productions oniriques, à la création du verbe poétique. L’analyse des documents du passé prend en compte la nature, les rêves et l’imagination poétique. La replongée de la conscience réfléchie dans notre passé est sans doute le moyen détourné par lequel nous nous immergeons dans l’archaïsme de l’humanité. Cette double plongée est l’occasion de la prospection de nous-même, de la prophétie de nous-même. Il s’agit de tirer des lambeaux symboliques de notre passé une prophétie de notre devenir. Je m’exprime en exprimant le monde et j’explore ma propre sacralité en déchiffrant celle du monde.
Emmanuel AVONYO, op
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