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Pensée du 04 janvier 10

« De nos jours, la philosophie, après avoir secoué, à la manière du lion nietzschéen, la charge des traditions qui lui étaient imposées, découvre elle-même la place qui est la sienne, c’est à dire mettre la raison, celle de la clarification épistémologique et conceptuelle au service de la construction du savoir intégral, celle qui prend en compte toute la réalité humaine dans toutes ses dimensions et profondeurs ».

Zacharie BERE, « L’inculturation dans le contexte du pluralisme linguistique et ethnique », in Annales philosophiques de l’ucao, n°4, 2007.

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GRILLE DE LECTURE

L’auteur de la pensée affirme que l’inculturation est une question théologique ainsi que la formulation du thème.  Le terme « inculturation » est une création des théologiens, il a été forgé par analogie à celui de l’incarnation, et sa référence n’est pas horizontale mais verticale. Le pluralisme linguistique et éthnique pouvant se ramener au pluralisme culturel, l’inculturation promeut les cultures humaines qui peuvent désormais vivre l’union dans la différence. le problème de l’inculturation, pour être théologique, ressortit à la philosophie non seulement dans un cadre épistémologique mais comme une dimension résultée de la diversité et du dialogue entre les cultures. Replaçons tout de même la pensée dans son contexte particulier qui  souligne le caractère épistémologique et interdisciplinaire de la rationalité philosophique.

Zacharie BERE estime que c’est dans la science des choses difficiles et complexes que conduit la véritable philosophie. Celle-ci a pour champ d’application le monde, la personne humaine et Dieu comme la fine pointe, la fin ultime et le principe premier. C’est ce qui justifie le fait que la philosophie, en partenaire égal et complémentaire, reprenne service discrètement et efficacement auprès de la théologie « comme le souffle de la montagne pour le prophète troublé et inquiet, à la recherche de Dieu ou comme le buisson qui brûle sans se consumer, signe de la présence anticipatrice du Dieu sauveur qui entend le cri de son peuple ».

Pourquoi parle-t-il de reprise de service ? On peut penser que Zacharie BERE fait ici allusion à l’existence conflictuelle entre philosophie et théologie dans l’histoire qui date de la scolastique. La philosophie a longtemps été considérée comme un simple instrument aux mains performantes de science sacrée. Il semble qu’elle est donc revenue à la table des grands après avoir disloqué le carcan des traditions, et qu’elle discute désormais sans complexe avec ses pairs. La philosophie, en tant que réflexion sur l’ensemble de notre savoir et pouvoir, veut saisir la réalité humaine dans toute sa complexité. Elle veut clarifier conceptuellement tout sujet qui relève de la raison et aider à classifier les connaissances qui en découlent.

Qu’on nous concède toutefois d’esquisser un élement de critique dans une grille de lecture. La vocation dialogale et épistémologique de la philosophie remonte à l’origine du philosopher grec. Même confinée dans un rôle d’essuie-glace, la philosophie a toujours été royaliste. Pour autant, il peut sembler injuste vis-à-vis du destin de la philosophie, d’affirmer qu’elle « découvre » « de nos jours » la place qui est la sienne. Dès ses origines grecques, la philosophie s’est présentée comme la « mère de toutes les sciences ». La philosophie ancienne avait pas partie liée avec une théologie naturelle (populaire et anthropomorphique) car des astres et des personnages mythiques étaient identifiés à des formes de divinité. Les philosophes sensualistes étaient des hommes de science intervenant dans des domaines variés. Thalès de Milet aurait été le premier à mener des recherches sur les causes des éclipses.  La philosophie redécouvre peut-être la place qui est la sienne.

Emmanuel AVONYO, op

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