« Le lien avec autrui ne se noue que comme responsabilité, que celle-ci d’ailleurs, soit acceptée ou refusée, que l’on sache ou non comment l’assumer, que l’on puisse ou non faire quelque chose de concret pour autrui. Dire : me voici. Faire quelque chose pour un autre, donner. Etre esprit humain, c’est cela. »
Emmanuel Levinas
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GRILLE DE LECTURE
Il y a une grande proximité étymologique entre « responsabilité » (acharaiout) et « Autrui » (acher) dans la langue hébraïque. Ainsi, par un heureux concours de circonstances ou à l’issue d’une pointilleuse construction conceptuelle, responsabilité et autrui se retrouvent liés à la racine de leur signification dans la philosophie de Levinas. Mais il semble que cette place capitale accordée à autrui et à la responsabilité soit due, non seulement à la tradition judaïque, mais surtout à l’influence de la littérature russe de Dostoïevski. En effet, dans Les Frères Karamazov, Dostoïevski écrivait : « Nous sommes tous responsables de tout le monde, moi plus que les autres. »
Chez Levinas, le lien avec autrui ne se noue que comme responsabilité. Ce que je fais, dit Levinas, personne d’autre ne peut le faire à ma place. Et qu’ainsi, le nœud de la singularité, c’est la responsabilité. La responsabilité définit si singulièrement la subjectivité de l’homme qu’il ne peut pas se dérober à celle qui lui incombe par rapport à l’autre. Si on tient compte du fait qu’il n’y a pas de soi sans un autre qui le convoque à la responsabilité, il va de soi que cette responsabilité pour autrui s’assume purement et simplement, sans aucun préalable. Ma responsabilité pour autrui se trouve engagée de façon inconditionnelle. Mais comment est-on responsable sans refus ni acceptation ?
Levinas explique la manière dont je suis responsable devant autrui par cette réponse que je prononce : « Me voici ! » La voix de l’autre « Où es-tu ? » m’interpelle et m’enjoint de lui répondre. Cette interpellation injonctive n’a pas d’autre réponse qu’un « Me voici ! », comme le lieu d’une donation intégrale, avec ou sans armes. L’assignation à la responsabilité devant l’autre est indéclinable, et donc nul ne s’aurait s’y soustraire. Mais on peut encore se poser la question de savoir qui est celui qu’on appelle ? Que savons-nous de son identité ? Peut-il y avoir responsabilité pour autrui sans maintien de soi ? Levinas ne semble pas se poser cette question, tant l’autre en face de moi est invulnérable et me crie de ne pas le tuer.
Emmanuel AVONYO, op
Posted by Donsam on novembre 29, 2012 at 10:49 am
Je pars de la question « mais l’autre n’ est-il pas responsable de moi? » levinas répond : «je suis responsable.» Alors cette responsabilité est asymétriaue et aliénable, personne ne saurait me remplacer. Pour ainsi dire elle est insurppotable et inassumable. Cependant, pour lévinas, l’ethique de la responsabilité est une exigence infinie. Le visage d’autrui met en question la spontaneité du moi. Voilà pourquoi il soutenait que chacun est responsable d’autrui avant même d’avoir choisi de l’être. Ainsi s’appuyant sur la question de Caïn au Seigneur «suis-je le gardien de mon frère?» Gn 4,9, Levinas y voit la révélation d’une responsabilité que Caïn n’a pas choisi. La question de la responsabilité chez Levinas est tellement que profonde qu’il faut se détacher du moi égoiste .
Posted by L'Academie de Philosophie on novembre 30, 2012 at 5:23 am
Merci cher lecteur pour votre contribution à la compréhension de cette pensée. Bien à vous !
Emmanuel