Pensée du 01 novembre 10

La démarche mystique désigne « l’élan de l’homme vers un contact immédiat avec Dieu, par une expérience personnelle, déjà dans cette vie, ainsi que ses sentiments et ses réflexions dans ce cheminement et, finalement, l’aboutissement de cet élan. »

Peter Dinzielbacher, Dictionnaire de la mystique

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GRILLE DE LECTURE

La question a été posée un nombre incalculable de fois de savoir ce qu’est réellement la mystique. Elle a souvent obtenu des réponses variées. Le thème est de plus en plus difficile à traiter à mesure que le point de vue choisi pour l’examiner devient élevé. Dinzielbacher choisit de caractériser la démarche mystique de la façon la plus complète et la plus détaillée possible. Il s’est intéressé à la mystique européenne depuis l’Antiquité à nos jours en mettant un accent particulier sur la mystique chrétienne et en faisant un clin d’œil aux religions asiatiques. En se plaçant du point de vue de la science des religions, il remarque que la démarche mystique acquiert sémantiquement une extension plus large. Ainsi, de façon plus générale, le concept de mystique se définit comme « la montée de l’âme vers un être impersonnel, le divin, le tout peut-être vers quelque chose de situé au-delà de Dieu, un vide, un néant. » Cette dernière définition inspirée par J. Bertholet est très ample. Elle ne se réduit pas à une expérience relative à un Dieu personnel, mais s’étend au divin en général. Bien plus, elle montre que la vie mystique peut se rapporter à un vide et à un néant. Elle semble bien convenir à l’ère européenne des spiritualités sans Dieu et aux religions d’origine asiatiques telles que bouddhisme ou l’hindouisme.

Dans une perspective plus étroite, c’est-à-dire en lien seulement avec la mystique chrétienne qui se rapporte à une divinité personnelle, Dieu est au centre de l’expérience mystique comme l’indique la définition de Bonaventure de Bagnoregio : la mystique est « cognitio Dei experimentalis », une connaissance de Dieu fondée sur l’expérience. On y relève deux éléments importants : d’abord, il peut s’agir d’une expérience d’ordre cognitif, voilà peut-être pourquoi la démarche mystique peut englober les sentiments et les réflexions que l’on fait en rapport avec le désir de Dieu. Ensuite, dans cette définition de Bonaventure de Bagnoregio, Dieu n’est plus uniquement objet de foi ou d’intellection philosophique, son existence s’éprouve au plan expérientiel. La mystique est une vie pratique, une vie unitive, une expérience vécue qui supprime la distance entre le sujet de l’élan mystique et l’objet de cette aspiration. Par ailleurs, si l’on considère que l’union de l’âme avec Dieu que sous-entend la connaissance de Dieu nécessite une longue pratique et une préparation, on admettra que la démarche mystique est l’attitude spirituelle générale qui conduit à cette expérience ultime. Cette remarque invite considérer de la définition de Dinzielbacher comme la plus ample et la plus complète. Elle met l’accent sur le contact sans médiation comme l’aboutissement de toute la démarche de connaissance mystique. Il faut ajouter que le concept de mystique ne saurait être synonyme de mystérieux, mythique, légendaire…

Emmanuel AVONYO, op

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