« L’humanisme transcendantal est la position hors nature du propre de l’homme. Hors nature, c’est-à-dire, aussi hors des déterminismes qui régissent les phénomènes naturels. »
Luc Ferry, L’homme-Dieu ou le Sens de la vie, p. 233.
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GRILLE DE LECTURE
L’humanisme situe l’homme au centre de l’ordre de l’existence intramondaine. Il lui confère une place si imminente que ses droits et la prééminence de sa vie sont désormais reconnus comme chose sacrée. Le sens et la valeur de la vie où nous sommes plongés dépendent définitivement de l’homme. Quant à l’humanisme transcendantal, il « affirme le mystère au cœur de l’être humain, sa capacité à s’affranchir du mécanisme qui règne sans partage dans le monde non humain et permet à la science de le prévoir et de le connaître sans fin. » L’humanisme transcendantal, qui selon Luc Ferry, remonte à Rousseau, Kant, Husserl, Heidegger, Levinas, Arendt, n’exile pas l’homme hors du monde humain. Il redore ses blasons au cœur du monde en inscrivant la transcendance au sein de l’immanence, de l’appartenance intégrale au monde. Heidegger, Levinas et Arendt définissent l’humanitas de l’homme en termes de « transcendance » et d’ek-sistence » : en fait, l’humanité de l’homme se trouve dans son aptitude à s’élever au-delà des déterminations intramondaines pour pénétrer dans le domaine sacré de la vie avec la pensée. C’est un véritable postulat de liberté qui est s’y énonce. Etant entendu que la liberté humaine est cette une faculté insondable qui permet à l’homme de s’opposer à la logique implacable (pour l’animal) des penchants naturels.
Le rôle de la pensée apparaît déterminant dans l’affirmation de la transcendance de l’homme. La transcendance de l’homme n’est pas pour autant une simple vue de l’esprit. Car encore faut-il être rationnel et bien pensant pour poser le mystère de la liberté humaine. Seule la raison « suffisante » peut vaincre ou dépasser la loi de la causalité permanente. Grâce à la pensée, la vie humaine est sans cesse en excédence d’elle-même, en débordement des cadres définis par les sciences humaines. Elle nous apprend qu’il y a au sein de la vie humaine des valeurs transcendantes pour lesquelles l’homme peut se battre jusqu’au dernier souffle. C’est l’exemple de la vie elle-même, de l’amour, de la justice, de la vérité. Cette façon de voir relève d’une foi pratique en l’existence de la liberté humaine, d’un parti pris métaphysique réaliste dont la contestation peut dissoudre complètement l’homme dans une pure immanence sans élévation. Il s’agit d’un parti pris métaphysique parce que la pensée ne prétend pas fonder absolument en raison, de façon autonome, l’existence des valeurs humaines d’origine transcendante. Ces valeurs conservent, malgré leur enracinement dans la raison humaine et dans la conscience spirituelle des hommes, une part inéluctable de mystère que des instruments scientifiques ne sauraient disséquer. D’après l’humanisme transcendantal dont il est question, l’homme vit dans le monde avec des valeurs qui le dépassent ; c’est elles qui fondent l’inviolabilité de l’homme.
Emmanuel AVONYO, op