Posts Tagged ‘L’homme-Dieu ou le Sens de la vie.’

Pensée du 07 février 11

« L’humanisme transcendantal est la position hors nature du propre de l’homme. Hors nature, c’est-à-dire, aussi hors des déterminismes qui régissent les phénomènes naturels. »

Luc Ferry, L’homme-Dieu ou le Sens de la vie, p. 233.

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GRILLE DE LECTURE

L’humanisme situe l’homme au centre de l’ordre de l’existence intramondaine. Il lui confère une place si imminente que ses droits et la prééminence de sa vie sont désormais reconnus comme chose sacrée. Le sens et la valeur de la vie où nous sommes plongés dépendent définitivement de l’homme. Quant à l’humanisme transcendantal, il « affirme le mystère au cœur de l’être humain, sa capacité à s’affranchir du mécanisme qui règne sans partage dans le monde non humain et permet à la science de le prévoir et de le connaître sans fin. » L’humanisme transcendantal, qui selon Luc Ferry, remonte à Rousseau, Kant, Husserl, Heidegger, Levinas, Arendt, n’exile pas l’homme hors du monde humain. Il redore ses blasons au cœur du monde en inscrivant la transcendance au sein de l’immanence, de l’appartenance intégrale au monde. Heidegger, Levinas et Arendt définissent l’humanitas de l’homme en termes de « transcendance » et d’ek-sistence » : en fait, l’humanité de l’homme se trouve dans son aptitude à s’élever au-delà des déterminations intramondaines pour pénétrer dans le domaine sacré de la vie avec la pensée. C’est un véritable postulat de liberté qui est s’y énonce. Etant entendu que la liberté humaine est cette une faculté insondable qui permet à l’homme de s’opposer à la logique implacable (pour l’animal) des penchants naturels.

Le rôle de la pensée apparaît déterminant dans l’affirmation de la transcendance de l’homme. La transcendance de l’homme n’est pas pour autant une simple vue de l’esprit. Car encore faut-il être rationnel et bien pensant pour poser le mystère de la liberté humaine. Seule la raison « suffisante » peut vaincre ou dépasser la loi de la causalité permanente. Grâce à la pensée, la vie humaine est sans cesse en excédence d’elle-même, en débordement des cadres définis par les sciences humaines. Elle nous apprend qu’il y a au sein de la vie humaine des valeurs transcendantes pour lesquelles l’homme peut se battre jusqu’au dernier souffle. C’est l’exemple de la vie elle-même, de l’amour, de la justice, de la vérité. Cette façon de voir relève d’une foi pratique en l’existence de la liberté humaine, d’un parti pris métaphysique réaliste dont la contestation peut dissoudre complètement l’homme dans une pure immanence sans élévation. Il s’agit d’un parti pris métaphysique parce que la pensée ne prétend pas fonder absolument en raison, de façon autonome, l’existence des valeurs humaines d’origine transcendante. Ces valeurs conservent, malgré leur enracinement dans la raison humaine et dans la conscience spirituelle des hommes, une part inéluctable de mystère que des instruments scientifiques ne sauraient disséquer. D’après l’humanisme transcendantal dont il est question, l’homme vit dans le monde avec des valeurs qui le dépassent ; c’est elles qui fondent l’inviolabilité de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 08 mars

« La naissance de la vie sentimentale moderne, la fondation affective des relations humaines les plus précieuses, fut liée à la sortie d’une religion qui prétendait délivrer un message d’amour. »

Luc Ferry, L’homme-Dieu ou le Sens de la vie.

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GRILLE DE LECTURE

Marcel Gauchet est l’auteur du concept de la « sortie de la religion ». Sinon, il en parle quand même assez dans des ouvrages de référence. On peut consulter par exemple La religion dans la démocratie. Le parcours de la laïcité (Gallimard, 1998). La sortie de la religion, c’est au plus profond la transmutation de l’ancien élément religieux en autre chose que de la religion. Il préfère parler de la sortie de la religion, car, selon lui, les catégories de « laïcisation » et de « sécularisation », d’origine ecclésiale, ne rendent pas compte de la teneur ultime du processus. Elles ne parviennent à évoquer qu’une simple autonomisation du monde humain par rapport à l’emprise législatrice du religieux.

Quoi qu’il en soit, Luc Ferry observe que la vie sentimentale moderne et les relations humaines se fondent sur des principes nouveaux selon lesquels : la religion n’est plus première et publique, et l’ordre politique n’est plus soumis à des fins religieuses. Car, il y a, sinon séparation juridique de l’Eglise et de l’Etat, du moins, séparation de principe du politique et du religieux et exigence de neutralité religieuse de l’Etat. En fait, le message d’amour que prétendait délivrer la religion a perdu toute crédibilité aux yeux de nos contemporains. En s’opposant à la logique du « mariage de raison » historique entre l’Eglise et l’Etat, la société quitte aussi ce qui conférait leur signification et leur prégnance aux relations humaines.

S’il est vrai que l’homme n’est homme que par sa liberté, il était temps que l’homme retrouvât ses repères enfin indubitables. Mais Luc Ferry dépeint ce qu’il appelle le paradoxe de notre rapport laïque au christianisme. Il affirme que l’actualité du contenu des Evangiles ne laisse pas de frapper, en dépit de la fondation des relations sur la sortie de la religion. Il s’introduit dans notre vie quotidienne des sentiments propres à valoriser le contenu d’un discours qui sacralise l’amour et fait de lui le lieu ultime du sens de la vie. Alors que les religions de la Loi (Judaïsme et Islam) semblent guettées par le déclin ou les tentations intégristes, celle de l’Amour (Christianisme) pourrait, selon Luc Ferry, se réconcilier avec les motifs que les historiens des mentalités nous ont dévoilés et qui militaient contre elle. On pourrait conclure que l’amour est, pourquoi pas, ce trait d’union qui ligature partisans et détracteurs de la religion de l’Amour.

Emmanuel AVONYO, op

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