« Le concept d’éthique implique dans son nom même la référence à cette fondation par Aristote de l’aretè dans l’exercice et dans l’ethos. »
Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976.
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GRILLE DE LECTURE
Le concept d’« éthique » tire son origine du grec ethos. Quand on parle généralement d’éthique, on entend la science des mœurs, la science pratique qui réfléchit aux conditions d’un agir humain correct. Cette partie générale de la morale s’occupe de la description des mœurs humaines et de l’appréciation de l’agir humain. L’éthique met donc en jeu les notions de vertu (aretè) et de mœurs (ethos). L’éthique dans son acception aristotélicienne est celle qui place la vertu dans l’agir moral, dans la pratique des bonnes mœurs. L’éthique aristotélicienne situe le savoir moral (l’excellence, la vertu) dans la tension constante vers un bien pratique. Gadamer écrit que « C’est par la limitation qu’il impose à l’intellectualisme socratique et platonicien dans la question du Bien qu’Aristote, comme on le sait, devient le fondateur de l’Ethique comme discipline autonome par rapport à la Métaphysique.» En effet, la doctrine socratico-platonicienne de la vertu est assez intellectualiste. Elle est déterminée par l’Idée du Bien logée au ciel de la contemplation et établit une équivalence entre vertu et savoir. Aristote s’oppose donc à cette doctrine morale dominée par la théorie platonicienne des Idées. Pour le Stagirite de l’Ethique à Nicomaque, l’Idée du Bien défendue par son maître n’est qu’une généralité creuse. Il faut lui opposer une conception du bien humain, du bien en ce qui concerne l’agir humain.
Le bien, tel qu’Aristote le conçoit, se présente toujours à l’homme dans le concret de la situation où il se trouve comme le fruit de la vertu. En fait, on n’apprécie la vertu humaine qu’à l’aune de l’exercice de ses facultés et de son comportement dans des situations existentielles. Aristote distingue ainsi Métaphysique et Ethique, ramenant l’éthique dans la sphère du bien pratique. Devenue une discipline autonome sous la houlette d’Aristote, l’éthique ne fait qu’honorer son étymologie. Mais elle avoue en même temps les limites de son projet. Fondant l’éthique dans l’existence concrète, et répudiant l’intellectualisme moral de Socrate, « Aristote souligne que le problème éthique ne peut atteindre à l’exactitude suprême à laquelle le mathématicien accède. » L’éthique se contente d’aiguiser et d’éclairer la conscience morale en définissant les contours de l’action humaine. Un agent moral doit toujours discerner et décider lui-même. Il doit avoir développé une attitude qu’il lui faut constamment maintenir et confirmer par un juste comportement dans les situations concrètes de sa vie. On le voit bien, sans rechercher l’exactitude scientifique, Aristote ne se passe pas pour autant du savoir. Le savoir moral de la phronesis est nécessaire à l’être éthique de l’homme et au « faire » humain. Ce savoir qui n’est ni un savoir de la science, ni un savoir théorique de l’épistémè, aide à délibérer sur le moyen de l’action et la conduite de l’homme selon les modes de comportement propres aux sociétés. Le savoir éthique, ce savoir en situation, fait passer des normes générales aux situations particulières. Gadamer tire cette conclusion : « Aristote reste assez socratique pour maintenir le savoir comme élément essentiel de l’être éthique. »
Emmanuel AVONYO, op
Posted by giraudet on avril 6, 2011 at 8:21 am
Bonjour Emmanuel,
Merci pour ces nouvelles précisions sur la pensée H-G Gadamer , je trouve cela vraiment intéressant ,notamment cette question réellement importante de l’éthique , vos explications sont très éclairantes et me font découvrir de nouvelles facettes de ce grand philosophe .
Bien amicalement,
Dominique Giraudet
Posted by L'Academie de Philosophie on avril 6, 2011 at 10:17 pm
Merci cher Dominique,
Bien à vous,
Emmanuel