Pensée du 12 avril 11

« Au moment où le vent violent et délétère des guerres fratricides, des luttes de mort pour la conquête du pouvoir, des révolutions et insurrections populaires souffle sur le continent africain, et produit ainsi une atmosphère non-éthérique pour l’homme, pour l’humain, il se crée un climat général de méfiance vis-à-vis de l’autre. Un climat qui, on le voit, dégénère en une xénophobie exacerbée, à la haine de l’autre. Des murs de fer s’érigent ici et là, des frontières s’établissent entre les hommes et les atomisent de plus en plus. La raison semble quitter le quartier de l’homme pour se faire ami des armes. En clair, la parole est donnée aux armes ! Il n’y a plus de dialogue entre les hommes ! L’homme baigne dans une insanité totale. Les passions de guerre font marcher l’homme sur sa tête ôtant à ce dernier sa vocation première qui est l’amour de l’autre. Dans ces conditions, le visage humain perd son inviolabilité, sa valeur infinie et se réduit à son être-là, dans sa plasticité et dans son appartenance à tel ou tel parti politique, telle ou telle tribu, ethnie, race etc. L’homme vit sous l’étiquette de son appartenance grégaire à un groupe ou à une catégorie donnée… »

Mervy-Monsoleil AMADI, op, « L’hospitalité en fuite et l’échec de la philosophie…

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2 responses to this post.

  1. Posted by du PLESSIX on avril 12, 2011 at 6:48 am

    BONJOUR,

    Totalement de l’actualité et pas du hasard d’avoir choisi ce texte.
    Échec de la philosophie ? Mon dernier propos se portait indirectement sur cette fresque où la philosophie tente d’ouvrir l’intelligence à la compréhension de la vie…et à une certaine « humanisation » mais est-ce que cette vision des choses ne calent pas quelque-part ? Elle ne peut que constater des faits et creuser les intentionnalités, les dualités qui existent et qui tiraillent l’homme exprimant inconscience et conscience. N’a-t-elle pas grandi aussi au cours des siècles margeant sur la phénoménologie…deviendrait-elle un peu plus sensible à la relation à soi et aux autres plus qu’à l’univers ? Mais au delà d’expliquer les humeurs des hommes et de leur condition, n’y a -t-il pas un autre dialogue ? UN AUTRE STYLE DE DIALOGUE (ou d’autres) ? QUEL dialogue l’homme à-t-il besoin pour être plus humain ? Quel est son langage plus profond que ses capacités structurelles et fonctionnelles ? En effet, ces capacités qui sont de signe, d’outil et de personne sont comme des « outils » et comme le dit Maslow :  » si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou. » – Pourquoi ne cherchons-nous pas au-delà de ces « outils qui ne sont que des éléments pour réaliser le bonheur de l’homme et non son malheur ? Pourquoi croire que tout le monde peut utiliser et comprendre le maniement du « marteau » par exemple. Le « marteau » voudrait que tout le monde soit « marteau »…image !!! Nous avons ainsi tous une « trousse à outil » mais plus à l’aise sur certaines capacités …de fonctionnement. Il est évident que devant tout problème, j’essaierai d’utiliser mon outil (celui où je me sens le plus à l’aise) pour aider l’autre ! C’est là où cela ne va plus parce que l’outil que nous avons choisi n’est pas adapté. (l’adage que l’enfer est pavé de bonnes intentions) -Il faut aller plus loin…C’est pourquoi aussi, « l’homme vit davantage sous l’étiquette de son appartenance grégaire à un groupe ou à une catégorie données… » : il instrumentalise ses rapports et les multiplie en cas de stress, de troubles, de contraintes, d’autorités excessives etc…et chacun va de bon coeur de la valse de ses « outils ».

  2. Posted by Mervy-Monsoleil on avril 13, 2011 at 2:27 pm

    Merci Mr pour l’hommage que vous ne cessez de rendre à nos pensées du jour. Votre réaction parsemée d’interrogations montre bien que vous êtes un quêteur dialogual de la vérité et non un monologue. Comme quoi le dialogue se présente comme la sève vitale de la relation à autrui. Je pense que nous serons en ce sens d’accord avec Madinier qui dit que « les objets sont séparés et exclusifs ; les consciences sont réciproques. Leur existence est dialogue et leur unité consiste à vivre les unes des autres, dans un échange et un enrichissement mutuels ».

    Je suis tout à fait d’accord avec vous que le dialogue n’est pas le seul chemin qui conduit à la relation à autrui, mais toujours est-il que parmi les chemins, il y a un chemin privilégié. Et cela, nous le disons en hommage à notre père Socrate, qui malgré la marque ironique de son dialogue en a fait le lieu privilégié de la relation à l’autre et de la recherche de la vérité.
    Le philosophe Merleau-Ponty, au cours de sa leçon inaugurale au collège de France, en a relevé toute l’importance : « l’ironie de Socrate, a-t-il dit, est une relation distante, mais vraie, avec autrui, elle exprime ce fait fondamental que chacun n’est que soi, inéluctablement, et cependant, se reconnait dans l’autre, elle essaie de délier l’un et l’autre pour la liberté ».

    Ce faisant, il nous semble judicieux que, ce n’est pas en déshabillant l’homme de la parole pour habiller les armes que l’on peut parvenir à une entente vraie, mais bien plutôt en se risquant dans les méandres du dialogue. On peut toutefois faire objection en disant que, dans certains cas la conquête de la liberté se fait par la violence, mais nous répondons que la vocation sublime de l’homme n’est pas la lutte violente des classes, la guerre. L’horizon destinal de l’homme est la paix. Une paix qui se construit au moyen du dialogue, dans un face à face entre sujets, sur un fond irréductible de la liberté. Celle-ci constitue à la fois la condition sine qua non et un des destins possibles de tout dialogue. Cela, Levinas le relève avec une grande acuité, lorsqu’il définit le dialogue comme un « discours qui n’est pas déroulement d’une logique interne préfabriquée, mais constitué de vérité dans une lutte en penseurs avec tous les aléas de la liberté ».

    Il est tout à fait clair que chacun est d’une certaine manière prisonnier de soi, rompu à sa propre logique, persuadé d’être dans la vérité. Cependant, c’est aussi une vérité que les hommes ne sont pas des monades installées dans des univers d’En soi, incomparable, mais des entrées vers le même Etre. Même dans le refus obstiné du dialogue, il y a une possibilité mystérieuse et transcendantale qui place toujours et déjà l’autre dans mon monde ou me place dans son monde. Voilà pourquoi pour nous, le dialogue est indispensable et c’est un chemin privilégié pour l’avènement de la paix dans la cité. Le dialogue ici dépasse le niveau structurel et fonctionnel de l’homme. C’est le dimensionnal même du visage qui appelle à la responsabilité du Moi. Ce dimensionnal est un « Dire » qui dépasse tout « dit », parce que c’est l’archi-expression de l’homme. L’homme doit être saisi comme humain. Même dans l’inhumanitude absolue, il y a le d’abord-humain qui est là. Ce n’est pas parce que l’autre est un bourreau qu’il peut être voué à la mort. Je pense que j’exagère dans mes prises de position, mais cela est une conviction philosophique qui est soumise à la critique.

    Mervy-Monsoleil

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