« Nous appelons présocratiques les Milésiens, les Ephésiens, les Eléates, pour souligner que Socrate est le messie philosophique qui décide de toutes choses, orientant l’avenir et réorganisant le passé en fonction de lui. Mais cette désignation de Socrate comme point de référence est forcément un choix. »
Henry Duméry, Phénoménologie et religion.
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GRILLE DE LECTURE
Henry Duméry s’interroge sur la philosophie de la religion et son passé. Il pense que l’attribution au seul monde grec de la formation des idées philosophiques n’est qu’un parti pris ou une ignorance. Cette méprise historique s’enracine autour du personnage de Socrate grâce auquel l’on peut parler de pré et de post socratiques. Duméry admet que c’est à Socrate qu’on doit l’invention de la philosophie comme discernement de soi et comme attention à l’universel en soi-même. Il a désacralisé la philosophie en l’arrachant à la polymathie ionienne. Socrate a donc fondé la philosophie au sens où la comprend l’humanisme occidental. Cette allégeance cache plusieurs objections. Selon la première, même si la méthode socratique est le patron de toute méthode philosophique, faire de Socrate le centre de l’histoire de la philosophie n’est pas dénué d’arbitraire. Selon la deuxième, l’initiative de Socrate ne peut pas prétendre à un commencement absolu, elle est un point d’aboutissement qui est redevable à des acquis historiques telles que les traditions mythologiques et religieuses qui ont précédé l’Ecole de Milet.
Selon la troisième, ce qui est une conséquence des deux premières objections, le monde hellénistique ne peut pas être tenu pour le seul « peuple élu » de l’idée philosophique. Car les anciennes cosmologies religieuses mésopotamiennes et égyptiennes fondent la religion comme la mère de toute pensée. Elles ont fourni à la science un choix d’images pour établir une représentation du monde, et à la philosophie, un sens de l’infini. C’est pour cela que la pensée grecque aura à ses origines une dimension très religieuse, observée notamment chez les Pythagoriciens. Tout comme Henry Duméry, les sinologues et les indianistes dénoncent ce sectarisme occidental de la pensée, parce que selon eux, l’Orient aurait suscité des « sagesses » comparables à celles des Grecs. De même, Paul Masson-Oursel affirme que les civilisations orientales ont eu le génie de faire penser les masses à partir du rite, du geste religieux. Pour ce faire, on peut distinguer les deux cultures sans les rendre exclusives l’une de l’autre. Quant à l’Afrique, elle semble demeurer l’enfance éternelle de la science et de la philosophie ; du moins, il n’est pas fait mention d’elle.
Emmanuel AVONYO, op
Posted by giraudet on avril 29, 2011 at 7:38 am
Je pense aussi que la figure de Socrate nous marque car c’est effectivement bien un philosophe que l’on assassine et il est difficile de ne pas faire un parallèle avec l’assassinat de Jésus ,dans les deux cas il est possible et même certain que l’on assiste au meurtre de personnes innocentes . Comme je suis aussi certain qu’il y a eu des sages africains et il y en a encore certainement de l’ampleur et de la profondeur de ces deux êtres .
Bien amicalement à vous Emmanuel Avonyo ,
Dominique Giraudet
Posted by L'Academie de Philosophie on avril 29, 2011 at 11:25 am
Salut Dominique Giraudet, merci encore pour la fidélité de lecture. Comme la Raison, la sagesse pourrait être la chose la mieux partagée. Elle gouvernerait l’histoire des hommes indépendamment de leurs situation géographique et origine raciale. C’est peut-être la condition non suffisante mais nécessaire pour qu’elle ne renie pas son nom et ne renonce pas à son ambition d’universalité. Mais rien ne dispense aucun peuple l’impératif effort de conceptualisation sans lequel aucune pensée ne serait entendue, comprise et reconnue au-delà de son espace de résonance.
Meilleures pensées !
Emmanuel Avonyo, op