Posts Tagged ‘Henry Duméry’

Pensée du 29 avril 11

« Nous appelons présocratiques les Milésiens, les Ephésiens, les Eléates, pour souligner que Socrate est le messie philosophique qui décide de toutes choses, orientant l’avenir et réorganisant le passé en fonction de lui. Mais cette désignation de Socrate comme point de référence est forcément un choix. »

Henry Duméry, Phénoménologie et religion.

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GRILLE DE LECTURE

Henry Duméry s’interroge sur la philosophie de la religion et son passé. Il pense que l’attribution au seul monde grec de la formation des idées philosophiques n’est qu’un parti pris ou une ignorance. Cette méprise historique s’enracine autour du personnage de Socrate grâce auquel l’on peut parler de pré et de post socratiques. Duméry admet que c’est à Socrate qu’on doit l’invention de la philosophie comme discernement de soi et comme attention à l’universel en soi-même. Il a désacralisé la philosophie en l’arrachant à la polymathie ionienne. Socrate a donc fondé la philosophie au sens où la comprend l’humanisme occidental. Cette allégeance cache plusieurs objections. Selon la première, même si la méthode socratique est le patron de toute méthode philosophique, faire de Socrate le centre de l’histoire de la philosophie n’est pas dénué d’arbitraire. Selon la deuxième, l’initiative de Socrate ne peut pas prétendre à un commencement absolu, elle est un point d’aboutissement qui est redevable à des acquis historiques telles que les traditions mythologiques et religieuses qui ont précédé l’Ecole de Milet.

Selon la troisième, ce qui est une conséquence des deux premières objections, le monde hellénistique ne peut pas être tenu pour le seul « peuple élu » de l’idée philosophique. Car les anciennes cosmologies religieuses mésopotamiennes et égyptiennes fondent la religion comme la mère de toute pensée. Elles ont fourni à la science un choix d’images pour établir une représentation du monde, et à la philosophie, un sens de l’infini. C’est pour cela que la pensée grecque aura à ses origines une dimension très religieuse, observée notamment chez les Pythagoriciens. Tout comme Henry Duméry, les sinologues et les indianistes dénoncent ce sectarisme occidental de la pensée, parce que selon eux, l’Orient aurait suscité des « sagesses » comparables à celles des Grecs. De même, Paul Masson-Oursel affirme que les civilisations orientales ont eu le génie de faire penser les masses à partir du rite, du geste religieux. Pour ce faire, on peut distinguer les deux cultures sans les rendre exclusives l’une de l’autre. Quant à l’Afrique, elle semble demeurer l’enfance éternelle de la science et de la philosophie ; du moins, il n’est pas fait mention d’elle.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 08 janvier 10

« Le philosophe est toujours dépendant de l’homme : il reste à son école ; il doit l’éclairer, il ne doit pas se substituer à lui. »

HENRY DUMERY, Le problème de Dieu en philosophie de la religion

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GRILLE DE LECTURE

Henry Duméry semble nous inviter à observer que la philosophie est toujours anthropologie, elle est l’écolière de l’homme. Le philosophe ne doit pas perdre de vue que sa discipline est une technique réflexive appliquée au vécu. Cette discipline est la servante de l’homme pensant, de l’homme agissant et souffrant (Ricœur), dans la concrétude de son existence. La philosophie vit de la vie concrète. La philosophie est le verbe de la vie, elle est la vie elle-même. La philosophie, quoi qu’on dise, vient toujours après la vie comme une reprise conceptuelle de celle-ci.

Grâce à la médiation conceptuelle, la vie se fait réflexive car, selon Henry Duméry, la vie en l’homme est conscience de soi et pensée en acte, lumière et liberté. La vie est un dynamisme qui se saisit dans la réflexion. Elle est une lumière qui enveloppe l’homme et l’incite à rechercher son intelligibilité dans l’exercice libre de la pensée. Le vécu porte la pensée en elle comme au stade d’irréflexion. Si la philosophie est le verbe de la vie, n’est-ce pas parce qu’il y a un verbe immanent à la vie, qui doit s’élever en même temps que l’homme au noble niveau du discours philosophique dans un acte second (réflexif) de la pensée ?

La philosophie se rapporte à la vie comme le réflexif au spontané. La vie est « pensée en acte ». La philosophie est pensée seconde, réflexion seconde (pléonasme). Elle est pour cela même anthropologie ; qu’on la définisse comme on veut. Elle est réflexion de l’homme sur la vie, la théorie de la vie, ou mieux, la vie théorique. Car, comme dirait Hannah Arendt, il n’y a pas de Vita activa sans la Vita contemplativa (Condition de l’homme moderne). La conscience spontanée, c’est-à-dire la spiritualité vivante et concrète, ne peut se médiatiser que par des valeurs de travail ou par la vie idéelle. La réflexion philosophique reste dès lors arrimée au comportement pratique qu’elle guide et qu’elle règle.

Emmanuel AVONYO, op

L’ACADEMOS

Pensée du 22 décembre 09

« Nous appelons présocratiques les Milésiens, les Ephésiens, les Eléates, pour souligner que Socrate est le messie philosophique qui décide de toutes choses, orientant l’avenir et réorganisant le passé en fonction de lui. Mais cette désignation de Socrate comme point de référence est forcément un choix. »

Henry Duméry, Phénoménologie et religion

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GRILLE DE LECTURE

Henry Duméry s’interroge sur la philosophie de la religion et son passé. Il pense que l’attribution au seul monde grec de la formation des idées philosophiques n’est qu’un parti pris ou une ignorance. Cette méprise historique s’enracine autour du personnage de Socrate grâce auquel l’on peut parler de pré et de post socratiques. Duméry admet que c’est à Socrate qu’on doit l’invention de la philosophie comme discernement de soi et comme attention à l’universel en soi-même. Il a désacralisé la philosophie en l’arrachant à la polymathie ionienne. Socrate a donc fondé la philosophie au sens où la comprend l’humanisme occidental.

Cette allégeance cache plusieurs objections. Selon la première, même si la méthode socratique est le patron de toute méthode philosophique, faire de Socrate le centre de l’histoire de la philosophie n’est pas dénué d’arbitraire. Selon la deuxième, l’initiative de Socrate ne peut pas prétendre à un commencement absolu, elle est un point d’aboutissement qui est redevable à des acquis historiques tels que les traditions mythologiques et religieuses qui ont précédé l’Ecole de Milet.

Selon la troisième, ce qui est une conséquence des deux premières objections, le monde hellénique ne peut pas être tenu pour le seul « peuple élu » de l’idée philosophique. Car les anciennes cosmologies religieuses mésopotamiennes et égyptiennes ont fondé la religion comme la mère de toute pensée. Elles ont fourni à la science un choix d’images pour établir une représentation du monde, et à la philosophie, un sens de l’infini. C’est pour cela que la pensée grecque aura à ses origines une dimension très religieuse, observée notamment chez les Pythagoriciens.

Tout comme Henry Duméry, les sinologues et les indianistes dénoncent ce sectarisme occidental de la pensée, parce que selon eux, l’Orient aurait suscité des « sagesses » comparables à celles des Grecs. De même, Paul Masson-Oursel affirme que les civilisations orientales ont eu le génie de faire penser les masses à partir du rite, du geste religieux. Pour ce faire, on peut distinguer les deux cultures sans les rendre exclusives l’une de l’autre. Quant à l’Afrique, elle semble demeurer l’enfance éternelle de la science et de la philosophie ; du moins, il n’est pas fait mention d’elle.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 21 décembre

L’academos

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