Pensée du 18 juillet 11

CONSCIENCISME ET DIVINITE

« … le consciencisme est une philosophie profondément matérialiste (…) Strictement parlant, l’affirmation de la seule réalité de la matière est un athéisme (…) Bien que profondément enraciné dans le matérialisme, le consciencisme n’est pas nécessairement athée ».

Nkrumah K., Le consciencisme, tr. fr. L. Jospin, Paris, Payot, 1964, p. 128.

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GRILLE DE LECTURE

Nkrumah est athée, mais sa doctrine n’est pas à son image sur ce plan car elle admet l’idée de Dieu. Comment cela est-il possible ? Ce matérialisme pour le moins insolite – à moins qu’on professe un matérialisme du type des stoïciens – a la particularité d’être dialectique, c’est-à-dire d’intégrer l’idée d’esprit à sa formulation à la différence du matérialisme serein qui lui, la récuse. Or Dieu est d’abord une idée et puisque le matérialisme dialectique de Nkrumah accepte l’existence de l’idée, il s’en faut de peu pour accepter aussi l’idée de Dieu. Mais si on conserve ce nom de Dieu, on n’en conserve pas les attributs. En effet, le Dieu que nous propose Nkrumah n’est pas un Dieu créateur de l’homme, mais bien un Dieu créature de l’homme car produit de son intellection par le biais de ce qu’il appelle la conversion catégorielle. L’objection vient directement d’elle-même : pourquoi garder le nom si on ne garde pas le contenu ? La critique est formulée par M. Hountondji en ces termes :

« A vrai dire, si on peut sans contradiction affirmer l’origine matérielle de l’esprit, on ne peut en revanche faire dériver Dieu de la matière sans renoncer au concept habituel de Dieu, lequel implique, entre autres attributs essentiels, l’infinité et l’antériorité absolue. Or, si on change le concept, on voit mal pourquoi on devrait garder le mot. Nkrumah tente ici, visiblement, de manger la chèvre et le chou. Sa volonté de synthèse aboutit en fait à un éclectisme » [Hountondji P., Sur la « philosophie africaine », Yaoundé, CLE, 1980, p. 210].

Nkrumah a-t-il tort de tenter de réconcilier Dieu et le matérialisme ? M. Hountondji a-t-il raison de séparer les deux concepts ? Notre idée est que la philosophie ne pactise pas avec la religion et que les deux activités doivent être séparées ainsi que leurs objets : la société et Dieu.

Jean Eric BITANG

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