« Alors même que les philosophes ne s’intéressent qu’aux incarnations de la philosophie et non aux hommes, ces mauvais coucheurs s’occupent de la philosophie. Il y a un manque scandaleux de réciprocité. Aucun d’eux ne saurait regarder la philosophie avec détachement, lorsqu’il la rencontre, bien que les philosophes le regardent lui-même ainsi. Les simples têtes humaines ne sont pas à l’aise dans le ciel glacial des Idées. Les lieux intelligibles ne sont point ainsi faits qu’ils y respirent librement. Ils ont l’impudence de ne point exclusivement s’attacher à l’élégance d’un argument, à la subtilité technique d’une solution, à l’habileté de telle jonglerie : ils demandent qu’on leur explique ce que telle philosophie signifie pour eux, ce qui résulterait réellement pour eux de la mise en vigueur, du succès définitif de telle affirmation philosophique sur le destin des hommes. »
Paul-Yves NIZAN, Les chiens de garde, Paris, Rieder, 1932.
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