« L’essence de l’art est de montrer – ou plus énergiquement, de rendre manifeste – comment le sens ad-vient à la réalité dans le monde. Cet advenir est l’instauration du sens, laquelle définit la beauté. »
Jean Granier, Art et vérité, p. 162.
__________________________________________________________________________
GRILLE DE LECTURE
Les propos de Jean Granier sur l’art sont des plus saisissants. Remarquons tout d’abord que l’esthétique est au confluent de plusieurs regards philosophiques : la philosophie de l’art, la métaphysique, la phénoménologie, l’herméneutique… La philosophie s’interroge sur tout ce qui est, y compris l’univers artistique. Elle devient phénoménologie lorsqu’elle prend en charge le problème central du statut du sens et du fondement des significations qui forment le monde naturel et culturel. La science de l’interprétation intervient en esthétique pour aider la philosophie à déchiffrer le sens caché sous les apparences sensibles relevées par la phénoménologie, et pour voir en quoi ce sens peut construire l’homme. Étudier le comment de l’ad-venir du sens, c’est aussi faire de l’interprétation. Cette introduction faite, revenons à l’essentiel : l’essence de l’art est de dire le comment de l’instauration du sens dans le monde.
L’art n’est pas un dérivatif d’ennuis, l’art n’est pas le domaine de l’aléatoire, il n’est pas un exutoire pour une âme désolée. L’émotion esthétique est une convocation de l’être au sens. L’art est un support essentiel du sens de l’être monde, il est la traduction des significations que les choses du monde prennent pour une conscience singulière incarnée qui passe pour le berger de l’être. L’art est un point de rencontre entre l’être et le paraître, entre l’essence et l’apparence sensible. L’art nous fait entrevoir quelque chose qui dépasse l’apparence (Hegel). C’est pourquoi Jean Granier affirmait que la vocation de l’art est de transfigurer le sensible, de sorte qu’il devienne le médiateur de la pensée elle-même. Ce que l’art a encore de particulier, c’est qu’il instaure le sens dans (de) l’existence, mais ce sens s’incruste dans la beauté, qui n’est pas qu’une apparence belle, mais le reflet de cela (le sens) qui la précède (qui ad-vient).
A suivre
Emmanuel AVONYO, op