Pensée du 16 décembre 11

« La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. Elle n’est jamais immédiate et pleine. Les révélations du réel sont toujours récurrentes. »

Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, Vrin, 1970, pp.10-14.

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GRILLE DE LECTURE

Dans le champ humain de la connaissance, rien n’est définitif. Toute connaissance humaine est incomplète car le réel ne se dévoile que de manière parcellaire et discontinue. Le réel ne se révèle que par récurrence. Aussi longtemps que les limites humaines le permettent, l’homme ne détiendra du réel que des portions de vérité, des lueurs du vrai. Le philosophe Descartes présentait la propension au doute du Cogito comme la preuve de l’imperfection de la connaissance humaine. Paul Ricœur en approfondissait la cause, il affirmait qu’il s’agit en définitive d’un Cogito humain ontologiquement blessé (ou même brisé) par l’épreuve du mal.

Sur le plan épistémologique, Gaston Bachelard apporte un éclairage important à ce questionnement. Que l’on situe l’incomplétude de la connaissance du réel du côté de la finitude de la raison humaine ou du côté du caractère inépuisable du réel, le fait demeure que la connaissance humaine traine toujours une ombre portée. Il note de façon plus précise que lorsqu’on cherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c’est en termes d’obstacles qu’il faut poser le problème de la connaissance scientifique. Mais, poursuit-il, il ne s’agit pas de considérer des obstacles externes, comme la complexité et la fugacité des phénomènes, ni d’incriminer la faiblesse des sens et de l’esprit humain. Car au demeurant, c’est dans l’acte même de connaître, intimement, qu’apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles.

Au vrai, pour Gaston Bachelard, le connaître se heurte à sa propre stagnation et régression dans tout processus de découverte du vrai, car le réel n’est jamais ce qu’on pourrait croire mais il est toujours ce qu’on aurait dû penser. Ainsi, la vérité se découvre toujours dans un véritable « repentir intellectuel » qui consiste à revenir sur ses connaissances antérieures, à les rectifier et à les porter plus loin. La pensée scientifique évolue par erreurs rectifiées. « En fait, écrit Bachelard, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l’esprit même, fait obstacle à la spiritualisation.» C’est précisément ce sens du problème (cet amour de l’obstacle) qui donne à l’homme la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique.

Emmanuel AVONYO, op

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