Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 12 août 11

« Nous disions : les humains préfèrent encore que le malheur soit la rétribution d’une faute ou d’une erreur, plutôt que d’accepter qu’il soit dénué de toute signification. C’est pourquoi, sous cette loi de la rétribution totale, l’échange a toujours la forme d’une surenchère : pour que l’échange remplisse sa fonction, il doit réintégrer cette marge, et donc augmenter. Appliquée au mimétisme de la violence, cette surenchère fait que lorsqu’on a commencé à faire du mal, on préfère se donner les raisons d’en faire plus encore, plutôt que d’arrêter. La Rochefoucauld écrit que l' »on déteste ceux à qui on a fait du mal ». Le sentiment n’est que l’énergie cinétique soulevée par l’acte. Pour le dire autrement : le mal fait toujours un peu plus de « bruit » encore que de mal, mais ce bruit même nous entraîne à faire du mal en plus. C’est ce qui fait l’irréversibilité de l’échange. Si le caractère proprement irrémédiable du malheur est qu’il nous place devant l’irréversible, tout se passe comme si, à partir du moment où l’on ne maîtrise plus l’irréversible, on était tenté d’en rajouter. »

Olivier Abel, Publié dans Alternatives non-violentes n°84 sept. 92.

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Pensée du 11 août 11

« Les sciences nous enseignent que l’homme est apparu très tard sur la terre et avec lui la pensée. Pour affirmer que la pensée préexistait à la terre, à la matière, il faut donc affirmer que cette pensée n’était pas celle de l’homme. L’idéalisme, sous toutes ses formes, ne peut échapper à la théologie. »

Roger GARAUDY, La théorie matérialiste de la connaissance.

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Pensée du 10 août 11

« Devoir, mot sublime et grand, toi qui pose une loi qui d’elle-même trouve accès dans l’âme, où trouves-t-on la racine de ta noble tige dont dérive la seule valeur que les hommes peuvent se donner à eux-mêmes ? »

KANT, Critique de la raison pratique

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Pensée du 09 août 11

« Tu peux prêter l’oreille à la voix du devoir comme un brave soldat qui entend les ordres de son officier, ou bien comme une femme qui aime celui qui commande, ou bien comme un flatteur et un lâche qui a peur de son maître, ou bien comme un sot qui obéit parce qu’il n’a rien à répliquer. »

NIETZSCHE, Le Gai savoir

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Pensée du 08 août 11

« L’esclavage n’est pas né du racisme ; c’est plutôt le racisme qui est né de l’esclavage.»

Eric Williams cité par Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, tr. fr. L. Jospin, Paris, Payot, 1964, p. 17.

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Pensée du 07 août 11

« Le bon et salutaire danger est le voisinage du poète qui chante. »

HEIDEGGER, L’Expérience de la pensée

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Pensée du 06 août 11

« Pour expliquer la façon dont s’est constituée chez Spinoza la notion de substance, il ne faut pas perdre de vue la relation d’identité qu’elle a eue de bonne heure et que même elle a conservée chez lui avec celle d’attribut. Il y a eu là sans doute une influence de Descartes. On sait que si Descartes paraît faire quelquefois de la substance une espèce de réalité indéterminée et indépendante de ses attributs, il l’identifie ailleurs catégoriquement avec son attribut principal[1] : la pensée peut être dite également attribut principal ou substance de l’âme, comme l’étendue peut être dite également attribut principal ou substance des corps ; une substance ou un attribut principal, c’est avant tout une essence, conçue, soit dans le sujet où elle est réalisée, soit dans la nature intelligible qui en fait l’objet d’une notion complète et distincte. »

Victor Delbos, « La notion de substance et la notion de Dieu dans la philosophie de Spinoza », Revue de métaphysique et de morale, 1908.


[1] Principia philosophiae, I, 53 ; I, 63.

Pensée du 05 août 11

« Si la découverte de l’erreur ne tarde pas à faire disparaître le réalisme naïf, qui est la première croyance de l’esprit humain et qui fait considérer ses idées comme absolument semblables aux choses, ont peut dire aussi qu’elle marque l’avènement de la critique. Elle prouve, en effet, que l’esprit humain ne connaît pas toujours les choses telles qu’elles sont ; il ajoute à ce qu’il reçoit ; souvent il le modifie ; la connaissance n’est pas indépendante du sujet qui connaît. On arrive ainsi à cette conception des choses à laquelle Kant a donné une forme définitive et qu’on appelle la philosophie critique. »

Victor Brochard, De l’erreur

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Pensée du 04 août 11

« Si une action humaine est fin ultime, il faut qu’elle soit volontaire, sans quoi elle ne serait pas humaine, ainsi qu’on vient de le dire. Mais une action est dite volontaire de deux façons: ou bien il s’agit d’une action commandée par la volonté, comme marcher ou parler; ou bien d’une action émise par la volonté, comme le fait même de vouloir. Or il est impossible que l’acte même émis par la volonté soit une fin ultime. En effet, la fin est l’objet même de la volonté de la même manière que la couleur est l’objet de la vue. Or, il est impossible d’attribuer à l’acte même de voir le caractère de première chose visible, car tout acte de ce genre s’adresse d’abord à un objet, à ce qui se voit; ainsi est-il impossible que le désirable premier, qui est la fin, se confonde avec le vouloir même. Il reste donc que si une action humaine est une fin ultime, il s’agit d’une action commandée par la volonté. Et ainsi, même dans ce cas, il demeure au moins un acte, l’acte de vouloir, qui est en vue d’une fin. Donc, quoi que l’homme fasse, il est vrai de dire qu’il agit pour une même fin quand il accomplit l’action -qui est sa fin ultime. »

THOMAS D’AQUIN, SOMME DE THEOLOGIE, Ia IIae q.1 a.1

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Pensée du 03 août 11

« Qu’est-ce que la raison ? C’est cette faculté qui m’est donnée par la nature de me déterminer pour tel objet et de fuir tel autre, en proportion de la dose de plaisir ou de peine reçue de ces objets : calcul absolument soumis à mes sens, puisque c’est d’eux seuls que je reçois les impressions comparatives qui constituent ou les douleurs que je veux fuir, ou le plaisir que je dois chercher. La raison n’est donc autre chose, ainsi que le dit Fréret, que la balance avec laquelle nous pesons les objets, et par laquelle, remettant sous le poids ceux qui sont éloignés de nous, nous connaissons ce que nous devons penser, par le rapport qu’ils ont entre eux, en telle sorte que ce soit toujours l’apparence du plus grand plaisir qui l’emporte. »

Marquis de Sade, Dieu, l’immortalité de l’âme et autres chimères.

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