« Commençons par distinguer l’égoïsme et le nombrilisme. L’égoïsme est la propension à vouloir garder quelque chose pour soi. Celui que l’on dit égoïste a du mal à partager l’objet de son désir car il confond l’avoir avec l’être, c’est-à-dire qu’il attribut à la chose une qualité essentielle qui le singulariserait en tant que possesseur. Il n’a pas ainsi à contrarier son désir en laissant la dite chose à un autre. D’une certaine manière, l’égoïsme exprime l’instinct de conservation. Mais un égoïste sait qu’il est égoïste, et de cette connaissance il peut s’efforcer de se changer. Aussi pourrait-il partager ses biens même si le cœur n’y est pas, car nous ne sommes pas égoïstes par quiddité, c’est-à-dire que l’égoïsme n’est pas inscrit dans nos fibres (bien que l’égoïsme soit un penchant naturel comme je viens de le dire), nous sommes égoïstes dans les actes, autrement-dit, nous avons la puissance de contrecarrer cette aspiration à la possession exclusive.
Un nombriliste n’est pas nécessairement égoïste, la possession exclusive des objets n’est pas sa priorité. Si l’égoïsme est un acte, le nombrilisme est un point de vue. Celui que l’on dit nombriliste n’aborde le monde que de son seul point de vue, en résumé, il ramène tout à lui. Point d’instinct de conservation ici, mais une flétrissure narcissique, c’est-à-dire le besoin de se rassurer quant à sa place dans le monde (les plus pinailleurs d’entres-vous y verrons la marque de l’instinct de survie). Aussi un nombriliste est enclin à la pitié, à la miséricorde et aux apitoiements, non pas avec raison, mais parce son empathie le pousse à voir sa propre faiblesse dans le malheur des autres. C’est lui-même qu’il plaint en s’imaginant dans la situation du malheureux.
Contrairement à l’égoïste, le nombriliste s’ignore, car à partir de l’instant où il est capable de considérer un autre point de vue que le sien, il ne se fait plus nombriliste. Mais si on peut aisément contrarier une pulsion égoïste, il est plus difficile de changer sa manière d’appréhender le monde, il en va de notre organisation mentale (…) »
Source : LE P’TIT COIN PHILO
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