Archive for the ‘PHENOMENOLOGIE’ Category

Pensée du 15 avril 19

« Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra « une fois dans sa vie » se replier sur soi-même et, au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu’ici et tenter de les reconstruire. La philosophie – la sagesse – est en quelque sorte une affaire personnelle du philosophe. Elle doit se constituer en tant que sienne, être sa sagesse, son savoir qui, bien qu’il tende vers l’universel, soit acquis par lui et qu’il doit pouvoir justifier dès l’origine et à chacune de ses étapes, en s’appuyant sur ses intuitions absolues. Du moment que j’ai pris la décision de tendre vers cette fin, décision qui seule peut m’amener à la vie et au développement philosophique, j’ai donc par là même fait voeu de pauvreté en matière de connaissance. Dès lors il est manifeste qu’il faudra alors me demander comment je pourrais trouver une méthode qui me donnerait la marche à suivre pour arriver au savoir véritable. Les méditations de Descartes ne veulent donc pas être une affaire purement privée du seul philosophe Descartes, encore moins une simple forme littéraire dont il userait pour exposer ses vues philosophiques. Au contraire, ces méditations dessinent le prototype du genre de méditations nécessaires à tout philosophe qui commence son oeuvre, méditations qui seules peuvent donner naissance à une philosophie. »

HUSSERL, Méditations cartésiennes (1929), trad. G. Peiffer et E. Lévinas, Ed. Vrin, 1947, p.15.

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Pensée du 08 avril 19

« La ‘sécularisation’ de ces sociétés (modernes) ne se résume plus uniquement …. au rétrécissement d’une sphère religieuse différenciée. Elle se marque tout autant dans la dissémination des phénomènes de croyance, qui confère une pertinence inattendue à la formule appliquée classiquement aux sociétés non modernes : ‘il y a du religieux partout’. Religieux ‘à la carte’, religieux ‘flottant’, croyances ‘relatives’, nouvelles élaborations syncrétiques : le religieux ‘en vadrouille’ dont parla un jour J. Séguy est désormais placé, dans son indétermination spécifique, au centre de toute réflexion sur le religieux des sociétés modernes. »

(Danièle Hervieu-Léger, La religion en mouvement, Le pèlerin et le converti ; Flammarion, Paris 1999, p. 22)

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Pensée du 05 avril 19

« A l’extrême, est sacré tout ce qui … a un lien quelconque avec le mystère, ou avec la recherche du sens, ou avec l’invocation de la transcendance, ou avec l’absolutisation de certaines valeurs. Ce qui lie ensemble cet agrégat composite et non spécialisé, c’est qu’il occupe l’espace libéré par les religions institutionnelles. Le procès de différenciation et d’individualisation dans lequel s’inscrit l’avancée de la modernité a privé celle-ci de la main-mise qu’elles exerçaient sur les réponses aux questions existentielles fondamentales que rencontrent tous les groupes humains : comment affronter la mort ou le malheur ? Comment fonder les devoirs des individus envers le groupe, etc. ? Si l’on admet que l’ensemble de ces réponses religieuses constituait l’« univers sacré » des sociétés traditionnelles, on désignera comme « cosmos sacré des sociétés industrielles », « sacré moderne », sacré « diffus » ou « informel », sans s’appesantir davantage, l’ensemble des solutions de remplacement apportées aux mêmes questions dans les sociétés modernes. »

Danièle Hervieu-Léger, La religion pour mémoire, Cerf, Paris 1993, p. 66

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Pensée du 21 février 19

« Les relations de races, comme on dit, ne sont donc que des relations établis-marginaux d’un type particulier. Que les membres des deux groupes n’aient pas la même apparence physique, ou que les membres de l’un d’eux s’expriment avec moins d’aisance et avec un accent prononcé, a simplement l’effet d’un signe distinctif qui rend les intrus plus aisément reconnaissables […] L’aversion, le mépris ou la haine qu’éprouvent les membres d’un groupe installé pour ceux d’un groupe marginal, la peur d’être souillé par des contacts plus étroits sont les mêmes, que les différences physiques soient marquées ou que les deux groupes soient physiquement impossibles à distinguer au point que les exclus stigmatisés doivent porter un badge indiquant leur identité. La socio-dynamique de la relation des groupes entretenant un lien d’installés à marginaux est déterminée par la nature même de ce lien, plutôt que par l’une ou l’autre des caractéristiques des groupes considérés indépendamment. »

Norbert ELIAS, Logiques d’exclusion, Paris, Fayard, 2001

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Pensée du 13 février 19

« Vivre consiste à agir. Vivre, c’est n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étudie et je crois lire dans le fond de mon cœur. Mais ce que je vois et ce que j’entends du monde extérieur, c’est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c’est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l’action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique. Dans la vision qu’ils me donnent des choses et de moi-même, les différences inutiles à l’homme sont effacées, les ressemblances utiles à l’homme sont accentuées, des routes me sont tracées à l’avance où mon action s’engagera. Ces routes sont celles où l’humanité entière a passé avant moi. Les choses ont été classées en vue du parti que j’en pourrai tirer. Et c’est cette classification que j’aperçois, beaucoup plus que la couleur et la forme des choses. Sans doute l’homme est déjà très supérieur à l’animal sur ce point. Il est peu probable que l’œil du loup fasse une différence entre le chevreau et l’agneau ; ce sont là, pour le loup, deux proies identiques, étant également faciles à saisir, également bonnes à dévorer. Nous faisons, nous, une différence entre la chèvre et le mouton ; mais distinguons-nous une chèvre d’une chèvre, un mouton d’un mouton ? L’individualité des choses et des êtres nous échappe toutes les fois qu’il ne nous est pas matériellement utile de l’apercevoir. Et là même où nous la remarquons (comme lorsque nous distinguons un homme d’un autre homme), ce n’est pas l’individualité même que notre œil saisit, c’est-à-dire une certaine harmonie tout à fait originale de formes et de couleurs, mais seulement un ou deux traits qui faciliteront la reconnaissance pratique. »

Bergson, Le Rire.

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Pensée du 26 novembre 18

« Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra « une fois dans sa vie » se replier sur soi-même et, au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu’ici et tenter de les reconstruire. La philosophie – la sagesse – est en quelque sorte une affaire personnelle du philosophe. Elle doit se constituer en tant que sienne, être sa sagesse, son savoir qui, bien qu’il tende vers l’universel, soit acquis par lui et qu’il doit pouvoir justifier dès l’origine et à chacune de ses étapes, en s’appuyant sur ses intuitions absolues. Du moment que j’ai pris la décision de tendre vers cette fin, décision qui seule peut m’amener à la vie et au développement philosophiques, j’ai donc par là même fait le vœu de pauvreté en matière de connaissance. »

Edmond Husserl

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Pensée du 30 septembre 18

« L’observation scientifique nous montre des êtres vivants, de la matière vivante, des phénomènes vitaux, et nous nous empressons, pour en définir et en étudier les caractères. Rien ne nous autorise à penser qu’ils soient subordonnés à l’intervention d’un souffle, d’un principe quelconque, irréductible aux lois du monde matériel et à leur interprétation scientifique.  Notre méthode est basée sur l’économie des moyens. Elle veut qu’on fasse appel à une notion spéciale ou supplémentaire que comme dernier recours, si elle s’impose avec évidence ou si elle est nécessaire pour la construction d’un système, et seulement lorsqu’on est prêt d’être armé pour la confronter à l’expérience. Notre connaissance des phénomènes de la vie s’améliore suffisamment pour que nous commencions à connaître leurs caractères, et pour que nous voyions leur spécificité dans la subordination à un édifice matériel d’une complexité et d’une délicatesse prodigieuses. En dehors de tels édifices, nous ne voyons aucune manifestation des phénomènes de la vie, et nous en arrivons à considérer les actes vitaux comme étant à la fois la condition et la conséquence de l’évolution qui a conduit à ces structures. (…) »

Kahane (Ernest), La vie n’existe pas !, 1962

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Pensée du 20 août 18

(…) Le Dasein se tient, en tant qu’être-en-compagnie quotidien, sous l’emprise des autres. Il n’est pas lui-même; l’être, les autres le lui ont confisqué. Le bon plaisir des autres dispose des possibilités d’être quotidiennes du Dasein. Par là ces autres ne sont pas des autres déterminés. Au contraire, chaque autre peut en tenir lieu. La seule chose décisive en pareil cas est que la domination des autres se remarque si peu que, sans s’en rendre compte, le Dasein en tant qu’être-avec l’a déjà reprise à son compte. On fait soi-même partie des autres et on renforce leur puissance. « Les autres », comme on les appelle pour camoufler l’essentielle appartenance à eux qui nous est propre, sont ceux qui, dans l’être-en-compagnie quotidien, d’abord et le plus souvent « sont là ». Le qui, ce n’est ni celui-ci, ni celui-là, ni nous autres, ni quelques-uns, ni la somme de tous. Le « qui » est le neutre, le on. (…) Dans l’usage des moyens publics de transport en commun et dans le recours à des organes d’information (journal), chaque autre équivaut l’autre. Cet être-en-compagnie fond complètement le Dasein qui m’est propre dans le genre d’être des « autres » à tel point que les autres s’effacent à force d’être indifférenciés et anodins. C’est ainsi, sans attirer l’attention, que le on étend imperceptiblement la dictature qui porte sa marque. Nous nous réjouissons et nous nous amusons comme on se réjouit; nous lisons, voyons et jugeons en matière de littérature et d’art comme on voit et juge; mais nous nous retirons aussi de la « grande masse » comme on s’en retire; nous trouvons « révoltant » ce que l’on trouve révoltant. Le on qui n’est rien de déterminé et que tous sont, encore que pas à titre de somme, prescrit le genre d’être à la quotidienneté. »

Heidegger, Être et temps, §27, 1927

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Pensée du 19 août 18

Quelle est donc l’essence de la technique moderne, pour que celle-ci puisse s’aviser d’utiliser les sciences exactes de la nature ? Qu’est-ce que la technique moderne ? Elle aussi est un dévoilement. C’est seulement lorsque nous arrêtons notre regard sur ce trait fondamental que ce qu’il y a de nouveau dans la technique moderne se montre à nous. Le dévoilement, cependant, qui régit la technique moderne ne se déploie pas en une production au sens de la poièsis. Le dévoilement qui régit la technique moderne est une pro-vocation par laquelle la nature est mise en demeure de livrer une énergie qui puisse comme telle être extraite et accumulée. Mais ne peut-on pas en dire autant du vieux moulin à vent ? Non : ses ailes tournent bien au vent et sont livrées directement à son souffle. Mais si le moulin à vent met à notre disposition l’énergie de l’air en mouvement, ce n’est pas pour l’accumuler.

Heidegger, La question de la technique, 1953

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Pensée du 29 juillet 18

« Pour confirmer la vanité du religieux, on fait toujours état des rites les plus excentriques, des sacrifices pour demander la pluie et le beau temps, par exemple. Cela existe assurément. Il n’y a pas d’objet ou d’entreprise au nom duquel on ne puisse offrir de sacrifice, à partir du moment, surtout, où le caractère social de l’institution commence à s’estomper. Il y a pourtant un dénominateur commun de l’efficacité sacrificielle, d’autant plus visible et prépondérant que l’institution demeure plus vivante. Ce dénominateur c’est la violence intestine; ce sont les dissensions, les rivalités, les jalousies, les querelles entre proches que le sacrifice prétend d’abord éliminer, c’est l’harmonie de la communauté qu’il restaure, c’est l’unité sociale qu’il renforce. »

Girard (René), La Violence et le Sacré, 1972

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