Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 25 octobre 11

« Notre civilisation est très attentive aux besoins du corps, que ce soit pour ce qui touche à l’hygiène, à la santé, à l’esthétique ou à la forme. Elle nous presse de cultiver notre corps, de le soigner (quitte d’ailleurs, à restreindre la liberté individuelle en adoptant des lois qui interdisent des comportements jugés dangereux pour la santé), de le laver, de le rendre beau et fort. Par contre, elle est beaucoup plus silencieuse, beaucoup plus discrète sur les besoins de la raison et les manières de les satisfaire. Autant elle est directive et autoritaire pour ce qui regarde le corps, autant elle est évasive et libérale en ce qui regarde la raison. Étrange partage qu’il vaudrait la peine d’envisager de façon approfondie. »

Christophe Lamoure, Kalos, espace de philosophie

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Pensée du 23 octobre 11

« La conscience du temps, sous la forme la plus pure, c’est l’ennui, c’est à dire la conscience d’un intervalle que rien ne traverse ou que rien ne peut combler… C’est l’attente et plus particulièrement l’attente indéterminée qui nous donne la conscience du temps pur… L’éternité ne peut pas être définie comme une négation, sinon en ce sens qu’elle est la négation d’une négation, c’est à dire non pas du temps lui même, mais de tout ce qu’il y a dans le temps de négatif. »

Louis Lavelle, Du temps et de l’éternité, pp. 236, 280, 405.

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Pensée du 22 octobre 11

« Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grand corps de l’univers et ceux du plus léger atome: rien ne serait incertain pour elle, l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux. »

Laplace, Théorie analytique des probabilités.

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Pensée du 21 octobre 11

« Le vouloir humain n’est pas que projet et motion. Il est aussi consentement à un résidu absolu qui n’est ni motif d’un choix ni pouvoir secondant un effort, mais nécessité inéluctable exigeant un acquiescement. »

André Léonard, Le fondement de la morale, p. 54.

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GRILLE DE LECTURE

Cette pensée d’André Léonard résume bien la philosophie de la volonté de Paul Ricœur. Et c’est de sa pensée qu’il s’agit implicitement dans cette affirmation. Selon Ricœur, l’examen de la structure de l’agir humain volontaire permet de se rendre compte que la liberté humaine est limitée. L’agir volontaire humain, marque distinctive de notre liberté, est proprement dépendant de l’involontaire. La solidarité de notre liberté et de l’involontaire se déploie à trois différents niveaux de notre vouloir : le projet, la motion et la nécessité. Tout projet (tout choix libre) comprend des motifs involontaires alors que nous pensons habituellement que dans toute décision, notre liberté n’a affaire qu’à elle-même. La motivation ouvre notre liberté sur l’involontaire, sur du non voulu. Le désir de manger par exemple est un involontaire corporel. Il est contrôlable d’une certaine façon, mais il nous remballe toujours.

Toute motion volontaire (tout effort) est générée par des pouvoirs involontaires. C’est l’exemple des savoir-faire préformés qui précèdent notre liberté et permettent notre inscription active dans le monde. L’habitude s’acquiert par l’engagement libre, mais une fois acquise, elle limite notre liberté et nous meut involontairement. Sur le plan de la nécessité, il y a des contraintes « irréductibles » qui s’imposent à notre liberté qu’il faut assumer. Trois formes d’involontaires liées à la nécessité sont relevées par Ricœur : le caractère, l’ordre biologique (la vie) et l’inconscient. Le caractère est une détermination paradoxale par laquelle ma liberté la plus intime est marquée du coefficient de mon tempérament. Le caractère donne une coloration forte et particulière à toute l’action de l’homme.

L’ordre biologique participe aussi de cette nécessité à laquelle ma liberté doit consentir. Nos projets de déroulent sur fond de nécessité existentielle : la contingence de la naissance et de l’hérédité, le conditionnement de la mort… Nous sommes une liberté qui a débuté et qui finira malgré nous. Bien plus, l’inconscient (freudien) échappe largement à la liberté de l’homme. L’opacité de l’inconscient est une limite infrangible de la liberté soumise souvent à la nécessité. L’idée de Paul Ricœur que reprend André Léonard est que la liberté de l’homme se situe au point de rencontre d’une initiative émanant de sa volonté et d’un pouvoir qui échappe au moins partiellement à sa liberté mais qui devient la condition indispensable d’une action libre. Etre libre, c’est consentir à la nécessité sociale, politique, économique, historique, naturelle, psychologique. « L’homme, c’est la joie du oui dans la nécessité du fini » (Ricœur).

Mais André Léonard observe que face à toute philosophie du nécessitarisme psychologique ou naturel, il convient de répondre que la conscience des limites de la liberté est déjà une certaine victoire sur le déterminisme. Le consentement à la nécessité ne doit donc pas être une abdication devant notre responsabilité et notre effort humain. En fait, le déterminisme n’affecte que la forme de notre action. Le déterminisme caractérologique par exemple n’est pas irréversible ou indépassable. L’éducation garde tout son sens dans la vie d’un homme. Consentir à la nécessité reviendrait à prendre en charge la nécessité et non à décharger sur elle ses moyens. Contrairement à la pensée de Spinoza, Ricœur et André Léonard montrent que le déterminisme est une limite, mais pas un pur négateur de liberté.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 20 octobre 11

« Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques, prévaut la conviction qu’on ne les possède pas sans se donner de la peine et sans faire l’effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit du cuir et un instrument, n’est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu’il possède l’unité de mesure nécessaire dans sa raison naturelle – comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d’un soulier. Il semble que l’on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d’études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence. »

F. Hegel, La phénoménologie de l’Esprit.

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Pensée du 19 octobre 11

« Protagoras d’Abdère a proclamé que l’homme est la mesure de toutes choses, pour celles qui sont, de leur existence ; pour celles qui ne sont pas, de leur non-existence. »

Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens

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GRILLE DE LECTURE

L’affirmation de Protagoras selon laquelle l’homme est la mesure de toutes choses est contenue dans l’ouvrage que la tradition philosophique appelle Les discours terrassants ou le Traité de la vérité. On dit couramment que Protagoras est le père antique du relativisme selon lequel toutes les opinions s’équivalent, ou que le sens et la valeur des croyances et actions humaines n’ont pas de références absolues qui seraient transcendantes. Certes, Protagoras affirme que toutes les représentations et toutes les opinions sont vraies, et que la vérité est de l’ordre du relatif. Tout ce qui est objet de représentation ou d’opinion pour un homme est immédiatement doté d’une existence relative à lui. Avec Protagoras, il faudrait donc admettre une universelle mobilité du sens. Ce qui veut dire que tenter de fixer le sens dans une interprétation, c’est faire apparaître la contradiction qui la traverse, c’est la réfuter.

Ce philosophe a été traité de tous les méchants noms. Il a été rangé dans le chœur des philosophes qui ont détruit le critère de la vérité. Ses premiers juges étaient les Anciens. Platon faisait dire à Socrate dans le Théétète qu’il admire Protagoras pour sa science, mais qu’il se trouve que ses jugements ne sont pas plus avisés que ceux d’un têtard de grenouille. Car selon Socrate, cette parole de Protagoras que nous commentons aurait été adressée sur un ton de grand seigneur, débordant de mépris. Platon fait en effet une lecture très critique de la doctrine de Protagoras : « La vérité de Protagoras ne serait vraie pour personne : ni pour un autre que lui, ni pour lui. » Dire que toute affirmation est relative, c’est se mettre dans la position du reptile qui se mord la queue. Diogène Laërce de son côté pense que Protagoras fut le premier à affirmer que, sur toute chose, il y avait deux discours possibles, contradictoires, et que l’homme n’est rien si l’on supprime les sensations.

La doctrine de Protagoras ne serait pas qu’un relativisme, mais également un subjectivisme absolu. Or, il semble qu’aucune pensée absolument subjectiviste ne saurait se constituer en doctrine valable pour les autres. C’est ainsi qu’on peut relire les propos de Platon. La pensée de Protagoras implique que soit maîtrisée la contradiction dont elle semble l’origine. Il faut en effet retourner l’ordre des questions : si toutes choses trouvent leur mesure en l’homme en tant que subjectivité individuelle, elles perdent toute possibilité de mesure. La formule de Protagoras n’exprimerait qu’une référence sans référence. Il paraît donc plus juste pour le destin de la doctrine de Protagoras de se demander à quelles conditions l’homme peut être considéré comme une unité référentielle ? Ce qui revient à exclure, et la subjectivité totale, et la nature. Car, que l’homme soit la mesure de toutes choses, cela signifie de la manière la plus profonde, que rien n’est par nature, mais que tout est par convention, d’établissement humain.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 18 octobre 11

« La recherche de la vérité apparaît comme le critère véritable d’une démarche authentiquement philosophique. Renoncer à l’exigence de vérité est une autre manière de rompre avec la philosophie. C’est sans doute le cœur, non exclusivement rationnel, de la philosophie : le goût de la vérité. Le philosophe est convaincu qu’il ne saurait y avoir de vie sensée et digne d’être vécue hors de l’exigence de vérité. Dans cette optique, la philosophie joue un rôle de premier ordre car, en cultivant la raison, elle contribue à libérer l’individu des illusions qui l’égarent vers des choix sans avenir ni satisfaction réelle et elle affermit et approfondit par la fréquentation des grands auteurs et des grandes œuvres son désir de vérité, de beauté et de justice.

Christophe Lamoure, Kalos, espace de philosophie

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Pensée du 17 octobre 11

Foi et intellection

« Je prends le mot foi dans le sens d’acceptation des mystères. Si les mystères sont saisis par la raison, il n’y a plus foi, mais intellection ».

Towa M., L’idée d’une philosophie négro-africaine, Yaoundé, CLE, 1997, p. 110.

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GRILLE DE LECTURE

On entend dire en philosophie que la foi n’est pas incompatible avec la raison et que les deux facultés fonctionnent ensemble. Augustin va même jusqu’à dire que la foi « complète » la raison. Mais M. Towa a une approche toute autre du rapport entre la raison et la foi. La réalité est que la limite entre les deux est dans la nature des énoncés que professent chacune des deux facultés. La raison met l’accent sur le compréhensible, le logique, alors que la foi est avant tout foi dans l’incompréhensible, dans l’inconnu, dans le mystère. Et, si par impossible les deux facultés se rejoignent, c’est la raison qui gagne le brassage – ou le bras de fer – et le produit est l’intellection. L’intellection, ce n’est rien d’autre que la rationalisation de la foi, c’est-à-dire le recul du mystère.

JEAN ERIC BITANG

 

Pensée du 16 octobre 11

« Notre intelligence, telle que l’évolution de la vie l’a modelée, a pour fonction essentielle d’éclairer notre conduite, de préparer notre action sur les choses, de prévoir, pour une situation donnée, les événements favorables ou défavorables qui pourront s’ensuivre. Elle isole donc instinctivement, dans une situation, ce qui ressemble au déjà connu : elle cherche le même, afin de pouvoir appliquer son principe que « le même produit le même ». En cela consiste la prévision de l’avenir par le sens commun. La science porte cette opération au plus haut degré possible d’exactitude et de précision, mais elle n’en altère pas le caractère essentiel. »

Henri Bergson, Evolution créatrice

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Pensée du 15 octobre 11

« L’existence est une douleur constante, tantôt lamentable et tantôt terrible ; … Tout cela, envisagé dans la représentation pure ou dans les œuvres d’art est affranchi de toute douleur et présente un imposant spectacle. »

Arthur Schopenhauer,Le Monde comme volonté et comme représentation.

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