Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 05 avril 19

« A l’extrême, est sacré tout ce qui … a un lien quelconque avec le mystère, ou avec la recherche du sens, ou avec l’invocation de la transcendance, ou avec l’absolutisation de certaines valeurs. Ce qui lie ensemble cet agrégat composite et non spécialisé, c’est qu’il occupe l’espace libéré par les religions institutionnelles. Le procès de différenciation et d’individualisation dans lequel s’inscrit l’avancée de la modernité a privé celle-ci de la main-mise qu’elles exerçaient sur les réponses aux questions existentielles fondamentales que rencontrent tous les groupes humains : comment affronter la mort ou le malheur ? Comment fonder les devoirs des individus envers le groupe, etc. ? Si l’on admet que l’ensemble de ces réponses religieuses constituait l’« univers sacré » des sociétés traditionnelles, on désignera comme « cosmos sacré des sociétés industrielles », « sacré moderne », sacré « diffus » ou « informel », sans s’appesantir davantage, l’ensemble des solutions de remplacement apportées aux mêmes questions dans les sociétés modernes. »

Danièle Hervieu-Léger, La religion pour mémoire, Cerf, Paris 1993, p. 66

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Pensée du 04 avril 19

« Il existe d’autres hommes, en dehors des moines, qui essayent de parvenir à l’état de sainteté, mais qui le font par d’autres moyens : le mariage, l’art, le travail, de bonnes actions, ou toute autre chose. Le monachisme défend la sainteté absolue, il n’est en relation (ab-solue) avec rien, dans la mesure du possible. Ce qui est saint n’est ni le sacré ni le profane. Le profane c’est tout ce qui se célèbre en dehors du temple. Le sacré c’est le royaume à l’intérieur du temple. Le sacré est le domaine du prêtre, non du moine. Le sannyasin ne pratique aucune sorte de rite. De nombreux moines chrétiens se retirent dans la solitude, sans prêtres ni sacrements. L’ermite n’abandonne pas sa grotte pour assister aux festivités du temple. Que fais-tu parmi les gens, toi le solitaire, demande saint Jérôme »

Raimon Panikkar, Eloge du simple : Le moine comme archétype universel, Paris, Albin Michel,1995.

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Pensée du 03 avril 19

« Les facultés les plus importantes, et celles qui sont communes et celles qui sont spéciales aux animaux, sont semble-t-il, communes à l’âme et au corps, par exemple la sensation, la mémoire, la passion, le désir et, en général, l’appétit, en outre, le plaisir et la peine ; en effet elles appartiennent à peu près à tout ce qui participe à la vie. De plus, il y a des fonctions communes, les unes, à tous les êtres qui jouissent de la vie, les autres, à quelques uns des animaux. Les plus essentielles forment précisément quatre couples, par exemple la veille et le sommeil, la jeunesse et la vieillesse, l’inspiration et l’expiration, la vie et la mort. […] Il est évident que les notions énoncées plus haut sont communes et à l’âme et au corps : en effet, toutes se manifestent, les unes, en même temps que la sensation, les autres, à la suite de la sensation. Quelques unes sont justement des manifestations de cette dernière, les autres, ses manières d’être, d’autres, sa garantie et sa sauvegarde, d’autres en sont la perte et la privation. Or, que la sensation n’arrive à l’âme que par le corps, c’est évident d’après le raisonnement et indépendamment du raisonnement. »
Aristote, De sensu, c.1, 436a11-b10
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Pensée du 02 avril 19

« En effet, la plus naturelle des fonctions dévolues à tous les vivants, s’ils sont complets et non atrophiés ou le produit de la génération spontanée, c’est de produire un être vivant tel que lui : un animal génère un animal et un végétal un végétal, de manière à participer à l’éternel et au divin autant que possible. Tous, en effet, tendent à cela, et c’est à cette fin que visent toutes leurs actions lorsqu’elles suivent la nature. […] Vu, donc, l’impossibilité d’avoir part à l’éternel et au divin par continuité, parce que rien, dans l’ordre corruptible, n’est en état de conserver son identité et son unité numériques, chacun y a part dans la mesure de ses moyens, l’un plus, l’autre moins. Et ce qui se conserve, ce n’est pas lui-même, mais une réalité qui lui ressemble, l’unité, non pas numérique, mais spécifique. »

Aristote, De Anima, II, 4, 415a26-b7

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Pensée du 01 avril 19

« Chaque être naturel, en effet, a en soi-même un principe de mouvement et de fixité, les uns quant au lieu, les autres quant à l’accroissement et au décroissement, d’autres quant à l’altération. Au contraire un lit, un manteau et tout autre objet de ce genre, en tant que chacun a droit à ce nom, c’est-à-dire dans la mesure où il est un produit de l’art, ne possède aucune tendance naturelle au changement, mais seulement en tant qu’ils ont cet accident d’être en pierre ou en bois ou en quelque mixte, et sous ce rapport ; car la nature est un principe et une cause de mouvement et de repos pour la chose en laquelle elle réside immédiatement, par essence et non par accident. »

Aristote, Physique, II, 1, 192b 13-22

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Pensée du 31 mars 19

» Le même rapport d’union qu’ont entre eux les membres du corps, les êtres raisonnables, bien que séparés les uns des autres, l’ont aussi entre eux parce qu’ils sont faits pour coopérer ensemble à une même œuvre. Et cette pensée touchera ton âme bien plus vivement encore, si tu te dis souvent à toi-même : « je suis un membre du corps que composent les êtres raisonnables ». Si tu te dis seulement que tu en es une partie, c’est que tu n’aimes pas encore les hommes de tout ton cœur ; c’est que tu ne saisis pas encore la joie de l’acte de générosité, c’est que tu y appréhendes simplement une chose qui convient et que tu ne fais pas du bien aux hommes comme si tu faisais ton bien propre. « 

Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même

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Pensée du 30 mars 19

« Le mal, être insaisissable, intermittent et fugace comme l’intention même qui l’habite, le mal survient sans se faire annoncer, puis disparaît sans laisser de traces, le mal s’approche, s’éloigne, revient, absence présente, il n’a l’air mauvais que de loin, en gros ou dans sa démarche, vu de près et en détail, il est en somme plutôt sympathique, immobilisé dans sa morphologie statique et hypostasiée dans sa structure actuelle, il prend l’air innocent et il apparaît comme un hôte de bonne compagnie. Les stigmates de la méchanceté ne sont pas toujours visibles sur le visage bonasse du bourreau. »

Vladimir Jankélévitch

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Pensée du 29 mars 19

« La vraie philosophie de l’histoire revient à voir que sous tous ces changements infinis, et au milieu de tout ce chaos, on n’a jamais devant soi que le même être, identique et immuable, occupé aujourd’hui des mêmes intrigues qu’hier et que de tout temps : elle doit donc reconnaître le fond identique de tous ces faits anciens ou modernes, survenus en Orient comme en Occident ; elle doit découvrir partout la même humanité, en dépit de la diversité des circonstances, des costumes et des mœurs. Cet élément identique, et qui persiste à travers tous les changements, est fourni par les qualités premières du cœur et de l’esprit humains – beaucoup de mauvaises et peu de bonnes. La devise générale de l’histoire devrait être : Eadem, sed aliter [les mêmes choses, mais d’une autre manière]. Celui qui a lu Hérodote a étudié assez l’histoire pour en faire la philosophie ; car il y trouve déjà tout ce qui constitue l’histoire postérieure du monde : agitations, actions, souffrances et destinée de la race humaine, telles qu’elles ressortent des qualités en question et du sort de toute vie sur terre »

Arthur Schopenhauer

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Pensée du 28 mars 19

« C’est au coeur de la conscience singulière que se découvre pour Hegel un rapport nécessaire à d’autres conscience singulières. Le Je pense n’est possible que si, en même temps que dans ma pensée, je suis en rapport avec soi et pour autrui. Elle ne peut être pour soi que dans la mesure où elle est pour autrui. Chacune exige la reconnaissance par l’autre pour être elle même, mais elle doit aussi reconnaître l’autre, parce que la reconnaissance par l’autre ne vaut que si l’autre est lui même reconnu . C’est la que réside le dépassement de l’immédiat (pour Hegel, toute pensée est une pensée entre consciences; elle est immédiate quand elle ignore cette relation entre consciences; l’immédiat, c’est le cogito tout seul). »

Emmanuel Lévinas

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Pensée du 27 mars 19

« Il faut voir en quoi consiste le mensonge. Il ne suffit pas de dire quelque chose de faux pour mentir si par exemple on croit ou si on a l’opinion que ce que l’on croit est vrai. Il y a une différence entre croire et avoir une opinion. Parfois celui qui croit sent qu’il sait ignorer tant il y croit fermement. Celui qui en revanche a une opinion estime qu’il sait ce qu’il ne sait pas. Or quiconque énonce un fait que par croyance ou opinion il tient pour vrai même si ce fait est vrai ne ment pas. Il le doit à la foi qu’il a en ses paroles et qui lui fait dire ce qu’il pense il le pense comme il le dit. Bien qu’il ne mente il n’est pas cependant sans faute s’il croit des choses a ne pas croire ou s’il estime savoir ce qu’il ignore quand bien même ce serait vrai. Il prend l’en effet l’inconnu pour le connu. Est donc menteur celui qui pense quelque chose en son esprit et qui exprime autre chose dans ses paroles ou dans tout autre signe. »

Saint-Augustin

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