Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 22 octobre 17

« L’amitié (considérée dans sa perfection) est l’union de deux personnes liées par un amour et un respect égaux et réciproques. – On voit facilement qu’elle est l’Idéal de la sympathie et de la communication en ce qui concerne le bien de chacun de ceux qui sont unis par une volonté moralement bonne, et que si elle ne produit pas tout le bonheur de la vie, l’acceptation de cet Idéal et des deux sentiments qui le composent enveloppe la dignité d’être heureux, de telle sorte que rechercher l’amitié entre les hommes est un devoir. – Mais il est facile de voir que bien que tendre vers l’amitié comme vers un maximum de bonnes intentions des hommes les uns à l’égard des autres soit un devoir, sinon commun, du moins méritoire, une amitié parfaite est une simple Idée, quoique pratiquement nécessaire, qu’il est impossible de réaliser en quelque pratique que ce soit. »

Emmanuel Kant, Métaphysique des Mœurs (1797), « La Doctrine de la Vertu », traduction de A. Philonenko.

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Pensée du 21 octobre 17

« Qu’y a-t-il de plus inutile, de plus ennuyeux qu’une suite de simples opinions ? On n’a qu’à considérer des écrits qui sont des histoires de la philosophie, en ce sens qu’ils présentent et traitent les idées philosophiques comme des opinions, pour se rendre compte à quel point tout cela est sec, ennuyeux et sans intérêt. Une opinion est une représentation subjective, une idée quelconque, fantaisiste, que je conçois ainsi et qu’un autre peut concevoir autrement. Une opinion est mienne ; ce n’est pas une idée en soi générale, existant en soi et pour soi. Or la philosophie ne renferme pas d’opinions, il n’existe pas d’opinions philosophiques. »

HEGEL

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Pensée du 20 octobre 17

« Le mal, être insaisissable, intermittent et fugace comme l’intention même qui l’habite, le mal survient sans se faire annoncer, puis disparaît sans laisser de traces, le mal s’approche, s’éloigne, revient, absence présente, il n’a l’air mauvais que de loin, en gros ou dans sa démarche, vu de près et en détail, il est en somme plutôt sympathique, immobilisé dans sa morphologie statique et hypostasiée dans sa structure actuelle, il prend l’air innocent et il apparaît comme un hôte de bonne compagnie. Les stigmates de la méchanceté ne sont pas toujours visibles sur le visage bonasse du bourreau. »

Vladimir Jankélévitch

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Pensée du 19 octobre 17

« La satisfaction, le bonheur, comme l’appellent les hommes, n’est au propre et dans son essence rien que de négatif , en elle, rien de positif. Il n’y a pas de satisfaction qui, d’elle-même et comme de son propre mouvement, vienne à nous , il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or, avec la satisfaction cesse le désir, et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement, ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin , sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l’existence un fardeau. Maintenant, c’est une entreprise difficile d’obtenir, de conquérir un bien quelconque , pas d’objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin , Sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l’objet atteint, qu’a-t-on gagné ? (…) »

SHOPENHAUER

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Pensée du 18 octobre 17

 » Il arrive qu’un asservissement total de l’être aimé tue l’amour de l’amant. Le but est dépassé : l’amant se retrouve seul si l’aimé s’est transformé en automate. Ainsi l’amant ne désire-t-il pas posséder l’aimé comme on possède une chose , il réclame un type spécial d’appropriation. Il veut posséder une liberté comme liberté. Mais d’autres part, il ne saurait se satisfaire de cette forme éminente de la liberté qu’est l’engagement libre et volontaire. Qui se contenterait d’un amour qui se donnerait comme pure fidélité à la foi jurée ?Qui accepterez de s’entendre dire : » Je vous aime parce que je me suis librement engagé à vous aimer et que je ne veux pas me dédire , je vous aime par fidélité à moi même » ? Ainsi l’amant demande le serment et s’irrite du serment. Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberté comme liberté ne soit plus libre. Il veut à la fois que la liberté de l’Autre se détermine elle même à devenir amour – et cela, non point seulement au commencement de l’aventure mais à chaque instant – et, à la fois, que cette liberté soit captivée « par elle même  » ( en italique ) qu’elle se retourne sur elle même, comme dans la folie, comme dans le rêve sans vouloir sa captivité. Et cette captivité doit être démission libre et enchaînée à la fois entre nos mains. Ce n’est pas le déterminisme passionnel que nous désirons chez autrui, dans l’amour, ni une liberté hors d’atteinte, mais c’est une liberté qui joue le déterminisme passionnel et qui se prend à son jeu. « 

Sartre

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Pensée du 17 octobre 17

« Il me semble que la philosophie n’a pas seulement la tâche de rendre compte dans un autre discours que scientifique de la rela-tion d’appartenance entre ce que nous sommes et telle région d’être que telle science élabore en objet par des procédures méthodiques appropriées. Elle doit aussi être capable de rendre compte du mouvement de distanciation par lequel cette relation d’appartenance exige la mise en objet, le traitement objectif et objectivant des sciences et donc le mouvement par lequel explication et compréhen-sion s’appellent sur le plan proprement épistémologique. »

Paul RICOEUR, Du texte à l’action, Essais d’herméneutique, Paris, Le Seuil, 1986, p. 181.

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Pensée du 16 octobre 17

« Qu’est-ce que la pensée ? A quel moment commençons-nous à penser? Quand vous irez plus loin, vous verrez que votre pensée part de la pensée. Cette pensée-ci n’est que réaction, rien d’autre. Mais vous connaissez aussi une autre façon de penser; cette pensée-là part du silence. La pensée qui a son point de départ dans la pensée est un cercle vicieux, ce n’est que répétition. Mais la pensée qui part du silence est pensée créatrice, vie, action et perception créatrice. La véritable pensée rompt avec la pensée, aussi, affranchissez-vous de la pensée. »

Jean Klein, Transmettre la lumière.

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Pensée du 15 octobre 17

« Lorsqu’un tel individu proclame comme sienne une opinion aussi rapide, sans pertinence, que n’étaye aucune expérience, ni aucune réflexion, il lui confère – même s’il la limite apparemment – et par le fait qu’il la réfère à lui-même en tant que sujet, une autorité qui est celle de la profession de foi. Et ce qui transparaît, c’est qu’il s’implique corps et âme; il aurait donc le courage de ses opinions, le courage de dire des choses déplaisantes qui ne plaisent en vérité que trop. Inversement, quand on a affaire à un jugement fondé et pertinent mais qui dérange, et qu’on n’est pas en mesure de réfuter, la tendance est tout aussi répandue à le discréditer en le présentant comme une simple opinion. […]

Theodor ADORNO, Modèles critiques, « Opinion, illusion, société » tr. fM. Jimenez & E. Kaufholzz, Payot, Paris, 1984.

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Pensée du 14 octobre 17

« La conscience n’est pas immédiate. Je pense, et puis je pense que je pense, par quoi je distingue Sujet et Objet, Moi et le monde. Moi et ma sensation. Moi et mon sentiment. Moi et mon idée. C’est bien le pouvoir de douter qui est la vie du moi. Par ce mouvement, tous les instants tombent au passé. Si l’on se retrouvait tout entier, c’est alors qu’on ne se reconnaîtrait pas. Le passé est insuffisant, dépassé. Je ne suis plus cet enfant, cet ignorant, ce naïf. A ce moment-là même j’étais autre chose, en espérance, en avenir. La conscience de soi est la conscience d’un devenir et d’une formation de soi irréversible, irréparable. Ce que je voulais, je le suis devenu. Voilà le lien entre le passé et le présent, pour le mal comme pour le bien. »

ALAIN

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Pensée du 13 octobre 17

« D’où vient mon être ? Si j’avais vécu avant le créateur de ce monde, je connaîtrais le commencement de ma vie et de ma conscience de moi-même. Qui m’a crée ? Me suis-je créé de mes propres mains ? Mais je n’existais pas avant d’être créé. Si je dis que mon père et ma mère m’ont créé, alors je dois chercher le créateur de mes parents et des parents de mes parents jusqu’à ce qu’ils arrivent aux premiers qui ne furent pas créés comme nous, mais qui vinrent en ce monde de quelque autre manière sans être engendrés. Car si eux-mêmes ont été créés, je ne sais rien de leur origine à moins que j’admette cette vérité. Celui qui les a créés de rien doit être une essence incréée qui est et qui sera pour tous les siècles à venir, le Seigneur et maître de toutes choses, sans commencement et sans fin, immuable dont on ne peut compter les années. »

Summer Cl., Sagesse éthiopienne, Paris, Editions Recherches sur les Civilisations, 1983, p. 63.

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