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Pensée du 31 janvier 10

« Le philosophe cherche et exprime la vérité. La vérité, avant de caractériser un énoncé ou un jugement, consiste en l’exhibition de l’être. »

Emmanuel Levinas, Autrement qu’être ou au-delà de l’essence

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GRILLE DE LECTURE

Trois indicateurs d’analyse à ne pas perdre de vue : le philosophe, la vérité, l’être. Il convient de commencer par se questionner, peut-être lèverions-nous l’équivoque sur ce qui milite en faveur de la cohésion de ces indicateurs. Prenons la posture questionnante de Levinas lui-même : qu’est-ce qui se montre, sous le nom de l’être, dans la vérité ? S’agit-il d’un nom ou d’un verbe, de l’être ou du processus d’être de l’essence ? Il est certain que la réponse ultime exigée est en termes d’être, parce que la quête du philosophe se déroule entièrement dans l’être, c’est-à-dire au sein de ce qu’il cherche. Si la vérité recherchée est celle de l’être, toute philosophie est exhibition, mieux, effectuation, de l’être même qu’elle cherche à comprendre.

Tant qu’il y aura adhérence entre l’objet de la philosophie et l’être, toute philosophie se déclinera comme ontologie, intelligibilité de l’être, intellection de l’être de l’étant, intelligence intuitive de l’essence. Pour Levinas, l’exhibition de l’être culmine dans l’éthique. Le sommet de l’ontologie est atteint par le truchement du visage de l’autre être. Avec un clin d’œil à Heidegger (et à Ricœur), on peut percevoir subtilement un cercle dans l’ordonnancement des indicateurs philosophe-vérité-être. C’est par la philosophie que l’être parvient à l’intelligibilité, que le mystère de l’être et de l’étant accède au dit dans le dire du jugement. La pensée accomplit par le fait même la relation de l’homme à l’être et celle de l’être à l’essence du philosophe. Le philosophe réalise son essence au contact de l’être offert par la pensée de l’être. D’où la circularité interprétative des indicateurs proposés.

Toutefois, ce qui importe, ce n’est pas l’articulation langagière ou logique du sens. C’est le dire aléthétique de l’être à travers le philosophe. Le philosophe ne produit pas lui-même la double relation au vrai dont nous avons parlé. La pensée philosophique la présente, elle l’exhibe, comme ce qui lui est remis par l’être. Dans la pensée, l’être vient au langage et y trouve son abri. C’est cet abri qu’habite le philosophe lui-même. Il doit l’habiter pour laisser l’être susurrer son sens ontologique à son oreille. Chercher et exprimer la vérité n’est rien d’autre que rester à son écoute, adopter une proximité auditive et amicale dans la maison de l’être qu’est le langage. Chercher la vérité, c’est accomplir la révélabilité de l’être en soi. Penser, c’est définitivement s’offrir à l’engagement par l’être pour l’être. Expliquer rétrospectivement Levinas par Heidegger, c’est montrer qu’entre le maître et le disciple comme entre l’ontologie et l’éthique, il y a bien continuité.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 03 décembre 09

« La responsabilité pour les autres n’a pas été un retour à soi, mais une crispation, irreboutable, que les limites de l’identité ne peuvent pas retenir. La récurrence se fait identité en faisant éclater les limites de l’identité, le principe de l’être en moi, l’intolérable repos en soi de la définition.»

EMMANUEL LEVINAS, Autrement qu’être ou au-delà de l’essence

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GRILLE DE LECTURE

C’est un repas solide qui est servi au café philosophique de l’academos de ce jour. Qui pourra réaliser un saut dans cette pensée ? Ces mises en garde disent assez l’humilité dont nous nous armons avant de tenter d’arracher quelques miettes de compréhension à ce qui tombe de la table des grands.

La réflexion sur la responsabilité constitue l’un des thèmes fondamentaux de la pensée de Levinas. Nous avons donc le devoir de nous soumettre à l’analyse phénoménologique de ce penseur de la relation d’altérité afin de découvrir au cœur de celle-ci la « signifiance » de la responsabilité. Levinas essaye d’éveiller le Moi à la dimension d’une responsabilité indéclinable. Il nous révèle la relation absolue reliant la subjectivité et l’altérité.

Nous pouvons affirmer qu’en parlant d’une responsabilité pour l’autre, Levinas fait signe vers un double clivage. Deux pour l’autre se succèdent dialectiquement. Il y a un premier qui surgit du dévoilement de l’autre, et un second qui établit ma responsabilité. Figurons-nous que la montration de l’autre suscite déjà une crispation identitaire. Mais Levinas appelle à aller plus loin, c’est-à-dire, jusqu’à la substitution. L’appel récurrent de l’autre à venir à son secours fait éclater les limites de l’identité qui se décline désormais par l’impossible repos en soi.

La crispation de l’identité face au dévoilement est une passivité qui subit une nouvelle irruption, celle qui décuple notre responsabilité. En cela, le retour en soi comme le repos ne sont pas possibles. « Cette passivité de la récurrence à soi qui n’est pas cependant l’aliénation d’une identité trahie – que peut-elle d’autre sinon la substitution de moi aux autres ? » se demande Levinas (A. E. p. 144). Impossible de ne se soucier que de soi. Le Moi doit être responsable pour l’autre. La responsabilité dans l’obsession ou la récurrence de l’autre est une responsabilité du moi pour ce que le moi n’avait pas voulu.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 02 Décembre

L’academos

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