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Pensée du 02 mars 10

« Pour ce qui relève du cogito, sa brisure est l’expression d’une réflexion, comme reprise sur soi de la conscience qui exclut le corps et le monde, pour faire cercle fermé avec elle-même. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture.

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GRILLE DE LECTURE

La pensée de ce jour est un double hommage : elle est d’abord un hommage à un fils d’Afrique, qui de façon honorable, réussit à prendre place à la cour des grands pour partager des mets royaux. Le deuxième hommage est à l’endroit de Paul Ricœur dont la pensée ne cesse de courir nos cafés philosophiques, tant même les miettes qui tombent de sa table conceptuelle suffisent à sustenter les amoureux de la sagesse les plus impénitents. David-Le-Duc TIAHA est un ricoeurien heureux dont la plume n’arrête plus de tourner. Son long séjour dans la philosophie de Ricœur se traduit déjà par une écriture philosophique allègre et une pensée vivante.

Dans Paul Ricœur et le paradoxe de la chair, David-Le-Duc TIAHA entreprend de montrer un chemin qui mène au cœur de la thématique philosophique disparate de son maître. Il veut unifier une pensée pluridisciplinaire qui se veut, elle-même, une entreprise de « suture » du cogito brisé. En effet, de Descartes à Husserl en passant par Kant, la philosophie s’est progressivement enveloppée dans une tour d’ivoire où le sujet est coupé de son corps et du monde des hommes. Le cogito est brisé et exilé à la suite de l’expulsion du corps propre hors du cercle de la subjectivité. Devant la menace de la brisure radicale de l’être comme risque de non sens, David-Le-Duc TIAHA travaille à la restauration du pacte originel de la conscience avec son corps et le monde.

Le cogito étant intérieurement brisé, l’existence aussi tend à se briser. Il éprouve par la conscience de la brisure ses propres limites. Le cogito de Ricœur se met donc en quête de sens. A la différence de la substance pensante autoconsciente de Descartes ou de la conscience absolue de Husserl, le cogito ici ne peut être qu’un sujet incarné, engagé dans l’existence, un cogito médiatisé par la chair et son être-au-monde. Concrètement, le soi va s’appuyer sur la chair comme son mode d’ouverture sur l’horizon du monde. Le mode d’être de la chair assure le lien réciproque entre le mode d’être du soi et le mode d’être du monde. Mais l’incarnation dans le monde ne fera que souligner la brisure intérieure du cogito qui se saisit comme inadéquation de soi à soi-même, différence de soi avec soi-même. La réconciliation réalisée, la suture clinique de l’être pourra-t-elle enfin réussir ? Seul le médecin ricoeurien connaît la suite.

Emmanuel AVONYO, op

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