« L’interprétation n’est donc pas un acte qui peut occasionnellement s’ajouter à la compréhension : comprendre, c’est toujours interpréter ; en conséquence, l’interprétation est la forme explicite de la compréhension. »
Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976.
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GRILLE DE LECTURE
Une situation herméneutique est celle où s’illustre un acte herméneutique. Dans l’ancienne tradition herméneutique, tout acte herméneutique comprenait selon Gadamer trois composantes essentielles : la compréhension proprement dite (subtilitas intelligendi), l’interprétation (subtilitas explicandi) et l’application (subtilitas applicandi). Notre auteur souligne ici l’importance des deux premiers éléments structurels de l’acte du comprendre. En réalité, c’est l’épistémologie de l’époque romantique qui aurait conféré une signification systématique au problème herméneutique en reconnaissant l’unité interne entre le comprendre (intelligere) et l’interpréter (explicare). L’application a été mise de côté. Dans le sillage de l’innovation épistémologique introduite par le Romantisme, Gadamer soutient que « comprendre, c’est toujours interpréter », que « l’interprétation est la forme explicite de la compréhension ». On ne peut pas interpréter un texte sans en avoir une compréhension et la compréhension est elle-même une manière d’interpréter. La compréhension n’est effective que dans l’interprétation. Le comprendre et l’interpréter sont deux pôles importants qu’on ne dissocie pas. Tout compte fait, la fusion intime de la compréhension et de l’interprétation ne doit pas conduire à expulser totalement du contexte herméneutique le troisième élément, élément central du problème herméneutique, l’application. Car l’acte du comprendre ne peut pas faire l’économie d’une application de l’universel du texte à comprendre à la situation présente de l’interprétation.
Le discernement du sens d’un texte et son application à un cas concret ne sont pas des actes séparés. Comprendre est un cas typique de l’application d’une idée générale à un cas particulier. Jadis, il était évident que l’herméneutique a pour tâche d’adapter le sens à la situation concrète dans laquelle son message est adressé. Le langage énigmatique des oracles était décodé par des interprètes qui traduisaient aux membres de la cité la volonté divine. Aujourd’hui, on continue de faire une application édifiante de l’Ecriture sainte dans la prédication et l’enseignement religieux. Les textes du droit s’interprètent aussi dans des situations pratiques et conflictuelles. On admettra donc aisément que « l’application est une composante tout aussi constitutive du processus herméneutique que la compréhension et l’interprétation ». L’interprète, poursuit Gadamer, ne doit pas se contenter de rendre simplement ce qu’a effectivement dit le partenaire qu’il traduit : il doit mettre en valeur l’opinion de ce dernier de la façon qui lui paraît s’imposer selon la situation concrète de la conversation. En cherchant à appliquer la tradition à une situation, l’interprète vise à comprendre l’universel du texte, son sens et sa signification pour l’homme.
Emmanuel AVONYO, op
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