Posts Tagged ‘Hans Georg GADAMER’

Pensée du 06 juin 11

« Comprendre, c’est déjà appliquer. »

Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976.

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GRILLE DE LECTURE

Cette nouvelle formule de Gadamer ne manque pas d’esthétique. On connaît sans doute des formules telles que « comprendre, c’est interpréter » ou « interpréter, c’est comprendre même ». Mais « comprendre, c’est déjà appliquer » nous paraît à la fois élégante et énigmatique. Disons simplement que cette proposition complète les deux autres que nous venons d’énumérer. En effet, Gadamer aime à rappeler que l’interprétation n’est pas un acte qui peut occasionnellement s’ajouter à la compréhension ; ainsi,  « comprendre, c’est toujours interpréter » ; et en conséquence, « l’interprétation est la forme explicite de la compréhension ». Ceci dit, l’interprétation et la compréhension sont deux moments d’un processus herméneutique trilogique.

Au vrai, tout acte herméneutique comprend trois éléments structurels : la compréhension, l’interprétation, et l’application. Voici comment les deux premiers éléments s’entrelacent. Comprendre un texte, c’est l’interpréter, relire le texte à partir des préjugés que l’on porte, à partir de son histoire propre et selon la tradition à laquelle l’on appartient. Comprendre un texte, c’est fusionner deux horizons, celui du passé et celui du présent pour en dégager un sens pour aujourd’hui. Le comprendre et l’interpréter appellent un troisième acte : celui de l’appliquer ou l’application. Dans une terminologie non typiquement gadamérienne, on parlerait de « contextualisation », « d’inculturation du sens », « d’herméneutique pratique », « d’appropriation »…

Comprendre, interpréter, appliquer décrivent un processus unitaire qui s’achève par l’application. C’est en ce sens qu’il faut entendre « Comprendre, c’est déjà appliquer ». Si les deux premiers moments de la trilogie paraissent ressortir à l’herméneutique philologique (interprétation générale), le moment de l’application est plus courant en herméneutique juridique et théologique. Ici plus que là, l’application est nécessairement partie intégrante de toute compréhension. Car, ce qui est constitutif des disciplines juridiques et théologiques, « c’est la tension existant entre le texte donné – texte de loi ou de révélation – d’un côté et, de l’autre, le sens qu’atteint son application à l’instant concret de l’interprétation. »

Il s’ensuit que l’arrière-plan historique du texte scripturaire ou de loi n’est pas le plus important. L’exégèse historique d’un texte est toujours au service de la situation changeante dans laquelle le message doit être reçu et appliqué. Que ce soit dans la sentence ou dans la prédication, un texte de loi ou un message de salut ne demande pas d’abord à être compris historiquement comme en herméneutique philologique. Pour comprendre un texte de façon adéquate (conformément à son ambition), suggère Gadamer, il faut le relire de façon nouvelle et différente à chaque instant, c’est-à-dire dans chaque situation concrète. Comprendre, c’est appliquer le texte à comprendre à la situation présente de l’interprète.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 31 mai 11

« En réalité s’ouvrir aux « dires d’autrui », d’un texte, etc., implique d’ores et déjà qu’ils soient situés dans le système de mes opinions, ou bien que je me situe moi-même par rapport à eux… L’herméneutique doit partir du fait que comprendre, c’est être en rapport à la fois avec la chose elle-même qui se manifeste par la tradition  et avec une tradition d’où la « chose » puisse me parler. »

Hans-Georg Gadamer, Le problème de la conscience historique, trad. Pierre FRUCHON, Paris, Ed. du Seuil, 1996, p.80 et 85.

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Pensée du 16 mai 11

« L’interprétation n’est donc pas un acte qui peut occasionnellement s’ajouter à la compréhension : comprendre, c’est toujours interpréter ; en conséquence, l’interprétation est la forme explicite de la compréhension. »

Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976.

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GRILLE DE LECTURE

Une situation herméneutique est celle où s’illustre un acte herméneutique. Dans l’ancienne tradition herméneutique, tout acte herméneutique comprenait selon Gadamer trois composantes essentielles : la compréhension proprement dite (subtilitas intelligendi), l’interprétation (subtilitas explicandi) et l’application (subtilitas applicandi). Notre auteur souligne ici l’importance des deux premiers éléments structurels de l’acte du comprendre. En réalité, c’est l’épistémologie de l’époque romantique qui aurait conféré une signification systématique au problème herméneutique en reconnaissant l’unité interne entre le comprendre (intelligere) et l’interpréter (explicare). L’application a été mise de côté. Dans le sillage de l’innovation épistémologique introduite par le Romantisme, Gadamer soutient que « comprendre, c’est toujours interpréter », que « l’interprétation est la forme explicite de la compréhension ». On ne peut pas interpréter un texte sans en avoir une compréhension et la compréhension est elle-même une manière d’interpréter. La compréhension n’est effective que dans l’interprétation. Le comprendre et l’interpréter sont deux pôles importants qu’on ne dissocie pas. Tout  compte fait, la fusion intime de la compréhension et de l’interprétation ne doit pas conduire à expulser totalement du contexte herméneutique le troisième élément, élément central du problème herméneutique, l’application. Car l’acte du comprendre ne peut pas faire l’économie d’une application de l’universel du texte à comprendre à la situation présente de l’interprétation.

Le discernement du sens d’un texte et son application à un cas concret ne sont pas des actes séparés. Comprendre est un cas typique de l’application d’une idée générale à un cas particulier. Jadis, il était évident que l’herméneutique a pour tâche d’adapter le sens à la situation concrète dans laquelle son message est adressé. Le langage énigmatique des oracles était décodé par des interprètes qui traduisaient aux membres de la cité la volonté divine. Aujourd’hui, on continue de faire une application édifiante de l’Ecriture sainte dans la prédication et l’enseignement religieux. Les textes du droit s’interprètent aussi dans des situations pratiques et conflictuelles. On admettra donc aisément que « l’application est une composante tout aussi constitutive du processus herméneutique que la compréhension et l’interprétation ». L’interprète, poursuit Gadamer, ne doit pas se contenter de rendre simplement ce qu’a effectivement dit le partenaire qu’il traduit : il doit mettre en valeur l’opinion de ce dernier de  la façon qui lui paraît s’imposer selon la situation concrète de la conversation. En cherchant à appliquer la tradition à une situation, l’interprète vise à comprendre l’universel du texte, son sens et sa signification pour l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

 

Pensée du 18 avril 11

« La tendance générale de l’Aufklärung est de n’admettre aucune autorité et de tout soumettre à l’autorité de la raison. »

Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976, p. 110-111.

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GRILLE DE LECTURE

L’une des caractéristiques majeures de l’Aufklärung réside dans le fait qu’il rejette fondamentalement la sujétion de l’esprit humain à une quelconque autorité. « Sapere aude », ose te servir de ta propre raison, telle était la principale devise du mouvement romantique dit des Lumières. Il professe que la raison est le seul tribunal habilité à trancher les épineux litiges et les mystérieuses apories de l’esprit humain. C’est ainsi que dès le XVIIIe siècle, la tradition écrite, les documents historiques réputés fiables, l’Ecriture sainte, ne pouvaient plus avoir de valeur absolue en matière d’interprétation. La raison personnelle devient le  véritable canon de toute interprétation. L’évocation de l’Ecriture sainte suggère déjà que la critique de l’Aufklärung était surtout dirigée contre la tradition religieuse du christianisme en raison ses prétentions dogmatiques. On se rappelle sans doute la redoutable contribution de Feuerbach (L’essence du christianisme), de Freud (L’avenir d’une illusion) ou encore de Nietzsche (La généalogie de la morale) à cette remise en cause de l’autorité dogmatique de la religion. Avec le vent des Lumières, il semble clairement entendu que l’ultime source de toute autorité, ce n’est pas la tradition mais la raison.

Si pour l’Aufklärung, « la vérité possible de la tradition dépend bien plutôt de la crédibilité que lui accorde la raison », c’est logiquement que la raison devint à partir de cette époque l’instance critique de la remise en cause et de la validation du savoir humain. On pariait que le savoir peut être toujours amélioré tant que des progrès restent permis pour l’esprit humain. La foi en la perfectibilité de la raison humaine se mue malheureusement en dogme. Entre autres penseurs, Condorcet établit en 1794 L’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain pour justifier cette perfectibilité de la raison. Il s’est donc développé dans la philosophie des Lumières antérieure et postérieure à Kant (1724-1804) une foi sans bornes en la perfection, objectif dans lequel l’Aufklärung voyait l’accomplissement du mouvement d’affranchissement des préjugés du monde mythique et de la superstition de l’univers mystique. La raison devient le centre de tout. C’est l’ère du logocentrisme, celle qui vient donner un congé définitif au cosmocentrisme enchanté des Grecs et au théocentrisme naïf des scolastiques. Le logocentrisme promeut la raison absolue qui ne peut connaître aucune limite à son essor. En présentant l’esprit humain comme la source de tout savoir, l’Aufklärung abolit totalement les limites humaines de notre horizon historique et supprime la hantise de notre finitude.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 08 avril 11

« Le sens de la recherche herméneutique est de dévoiler le miracle de la compréhension et non pas la communication mystérieuse des âmes ».

Hans-Georg GADAMER, Le problème de la conscience historique

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GRILLE DE LECTURE

L’objectif que Gadamer assigne à son herméneutique est le comprendre en tant que tel. En passant, nous pouvons dire que la pensée de Gadamer est tributaire de l’héritage de l’herméneutique existentiale du Dasein qu’avait élaborée Heidegger. Il suit l’analyse heideggérienne de la temporalité du Dasein, et souligne que comprendre n’est pas un mode de comportement d’un sujet parmi d’autres, mais un mode d’être du Dasein lui-même. Dans le même sens, on pourrait dire que l’herméneutique qui, pour Gadamer, est synonyme de compréhension est le mode d’être par excellence du Dasein. En suivant Heidegger, l’herméneutique gadamérienne se démarque de l’herméneutique subjectivo-psychologique de Schleiermacher où il s’agit d’un acte divinatoire, de la communion mystérieuse des âmes. Pour Schleiermacher l’esprit dans son dynamisme créateur recèle toujours une marge inattendue. Et c’est ce qui doit orienter la tâche de l’herméneute. C’est en cela qu’il appelle l’herméneute ou l’interprète d’une œuvre à s’identifier à la vie intérieure et extérieure de l’auteur de celle-ci par une approche quasiment divinatoire. Gadamer, resté fidèle disciple de Martin Heidegger jusqu’à un moment donné, pense que la compréhension d’un texte est plutôt déterminée par la pré-compréhension de l’interprète. C’est pour cela qu’il considère que l’anticipation du sens qui nous amène à comprendre un texte n’est pas un acte subjectif, mais elle est déterminée par le lien commun avec la tradition. Le comprendre prend ainsi une dimension mystérieuse. C’est en ce sens qu’il affirme que « Le sens de la recherche herméneutique est de dévoiler le miracle de la compréhension et non pas la communication mystérieuse des âmes ».

Mervy AMADI, op

Pensée du 01 avril 11

« Ce n’est qu’en reconnaissant ainsi le rôle essentiel des préjugés en toute compréhension qu’on porte le problème herméneutique à sa véritable extrémité. »

Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976.

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GRILLE DE LECTURE

Les préjugés jouent un rôle essentiel dans le phénomène herméneutique. Selon Gadamer, une situation herméneutique est toujours déterminée par les préjugés que nous apportons avec nous. Ils font partie de la structure d’anticipation du comprendre ; c’est l’acquis préalable, la vue ou la saisie qui anticipe la compréhension elle-même si tant est qu’il n’y a pas de compréhension ex nihilo. Au vrai, la tâche herméneutique commence généralement par une préconception ; les préjugés orientent cette compréhension anticipée. Lorsque « Heidegger démontre que le concept de conscience chez Descartes et le concept d’esprit chez Hegel sont encore gouvernés par l’ontologie de la substance des Grecs », son interprétation n’est guère arbitraire ni fantaisiste. Elle part d’un « acquis préalable » qui rend intelligible la tradition dans laquelle s’inscrivent Hegel et Heidegger. La conscience historique qui porte toute interprétation souligne l’importance de la tradition socio-culturelle et des préjugés sur la nouvelle compréhension d’un texte. Il convient de mentionner que le concept de préjugé n’a pas chez Gadamer la connotation toute négative que le sens commun lui confère. Il renvoie simplement à l’influence capitale de la tradition historique et des acquis préalables en herméneutique.

Littéralement, « préjugé » voudrait dire « jugement porté avant l’examen définitif de tous les éléments déterminants quant au fond ». Le mot « préjugé » ne signifie donc pas à tout prix un jugement non fondé ou erroné. Il peut y avoir des préjugés légitimes. Le concept de préjugé peut recevoir une appréciation positive ou négative selon les cas. C’est sous l’influence de l’Aufklärung que le concept de préjugé a reçu l’accent négatif qui nous est plutôt familier.  Gadamer fait observer dans Vérité et Méthode que dans la théorie des préjugés de l’Aufklärung, il y a deux catégories de préjugés : ceux dus à l’autorité humaine et ceux dus à la précipitation. C’est l’idée que l’autorité d’une autre personne serait une source de préjugés qui aurait motivé cette formule de Kant : ose te servir de ta propre raison. Quand bien même la répartition précédente ne peut être restreinte au domaine de la compréhension des textes, Gadamer indique qu’elle trouve une application privilégiée dans la sphère herméneutique. Car « la fixation par l’écrit contient un élément d’autorité d’une particulière importance… La possibilité qu’une chose écrite ne soit pas vraie n’est pas facile du tout à réaliser… C’est une sorte de pièce à conviction. Il faut un effort critique particulier pour se libérer du préjugé en faveur de ce qui est écrit. » Cela revient à reconnaître que les préjugés et les acquis préalables doivent encore être dépouillés de leur dimension historique subjective pour ne pas induire l’interprète en erreur.

Emmanuel AVONYO, op

 

Pensée du 1er Juin 10

« L’apparition d’une prise de conscience historique constitue vraisemblablement la révolution la plus importante de toutes celles que nous avons connues après l’avènement de l’époque moderne. »

Hans Georg GADAMER, Le problème de la conscience historique

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GRILLE DE LECTURE

On peut affirmer sans risque de se tromper que la conquête du savoir humain et la responsabilité qu’elle implique face au progrès et à l’avenir sont les deux faits majeurs qui caractérisent notre époque post moderne. Ces faits nous situent au centre du problème de la conscience historique. L’un des fondateurs de la théorie moderne de l’interprétation, Wilhelm Dilthey, a été présenté comme le « père » du concept de conscience historique parce qu’il proposait de faire passer la pensée humaine d’une critique de la raison pure à une critique de la raison historique, autrement dit, d’une raison soucieuse de son pouvoir de connaissance à une raison consciente de son conditionnement historique. Après lui, la question de la conscience historique a profondément marqué la plupart des sciences de l’esprit (philosophie, théologie, histoire, sociologie, psychologie…) Pour comprendre que l’apparition d’une prise de conscience historique est la plus importante révolution que l’époque post moderne ait connue, il nous faut examiner de près le concept de conscience historique. Nous pourrons explorer trois niveaux de lecture.

Premièrement, la conscience historique suppose que le sujet humain prenne conscience du devenir historique, du changement et de l’évolution dans le temps. Car, la conscience historique procède de l’autoconscience du mouvement temporel qui détermine la nature humaine. En clair, elle est la conscience du sujet qui sait qu’il est non seulement un être temporel, un être historique, mais aussi un être créateur d’histoire, un « faiseur » d’histoire. C’est pourquoi l’homme heideggérien est un être jeté dans l’histoire, qui se projette lui-même dans les limites du temps, et fait l’expérience de l’historicité dans l’être-avec les autres. Cet être-avec est un créer-ensemble. Les faits étant transitoires, c’est l’homme qui les vit et les reconstitue (dans un rapport réflexif) sous forme d’événements historiques auxquels il donne un sens et où il s’insère lui-même. A un deuxième niveau, la conscience historique peut être prise comme la perception d’un sens historique. Avoir le sens de l’histoire c’est avoir conscience de la tension constante de l’homme vers une réalisation. La conscience historique permet donc de réaliser un équilibre entre le caractère fragmentaire, inconsistant des événements historiques et l’idée d’une universalité ou d’un absolu qui les englobe et leur donne sens dans une structure individuelle ou collective (sociale).

Au dernier niveau, la conscience historique se présente comme ce qui rend possible la connaissance historique. Pour parvenir à un savoir historique objectif, l’homme doit acquérir la conscience historique (dans sa troisième acception), c’est-à-dire se comprendre comme étant inséré dans un horizon toujours plus vaste où l’accueil de la tradition est une condition nécessaire de survie au présent. Connaître l’histoire c’est assumer un héritage qui nous dépasse et dont nous sommes le produit. Récapitulons-nous : la conscience historique invite à se saisir comme un être historique créateur d’histoire, un être tendu vers son accomplissement historique (réalisation sociale, professionnelle, religieuse…), et un être inséré dans une histoire dont l’horizon reste ouvert. Conscient du passé que l’on porte, et éclairé par le présent que l’on habite, celui qui se comprend comme une personne historique doit se projeter dans le futur, avec un regard sur ce qui nous éclaire et le temps que nous habitons. Il semble que cette idée ait révolutionné la pensée de notre temps.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 20 novembre 09

« Le sens de la recherche herméneutique est de dévoiler le miracle de la compréhension et non pas la communication mystérieuse des âmes ».

Hans Georg GADAMER, Le problème de la conscience historique

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GRILLE DE LECTURE

L’objectif que Gadamer assigne à son herméneutique est le comprendre en tant que tel. En passant, nous pouvons dire que Gadamer est tributaire de l’herméneutique existentiale du Dasein qu’avait élaborée Heidegger. Il suit l’analyse heideggérienne de la temporalité du Dasein, et souligne que comprendre n’est pas un mode de comportement d’un sujet parmi d’autres, mais un mode d’être du Dasein lui-même. Dans le même sens, on pourrait dire que l’herméneutique qui, pour Gadamer, est synonyme de compréhension est le mode d’être par excellence du Dasein.

En suivant Heidegger, l’herméneutique gadamérienne se démarque de l’herméneutique subjectivo-psychologique de Schleiermacher où il s’agit d’un acte divinatoire, de la communion mystérieuse des âmes. Pour Schleiermacher l’esprit dans son dynamisme créateur recèle toujours une marge inattendue. Et c’est ce qui doit orienter la tâche de l’herméneute. C’est en cela qu’il appelle à l’herméneute ou l’interprète d’une œuvre à s’identifier à la vie intérieure et extérieure de l’auteur de celle-ci par une approche quasiment divinatoire.

Gadamer fidèle disciple de Martin Heidegger jusqu’à un moment donné pense que la compréhension d’un texte est déterminée par la pré-compréhension de l’interprète. C’est pour cela qu’il considère que l’anticipation du sens qui nous amène à comprendre un texte n’est pas un acte subjectif, mais elle est déterminée par le lien commun avec la tradition. C’est en ce sens qu’il affirme que « Le sens de la recherche herméneutique est de dévoiler le miracle de la compréhension et non pas la communication mystérieuse des âmes ».

Mervy Monsoleil AMADI, op