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Pensée du 19 mai 10

« La tâche de la poétique, dans le champ du symbolisme, est de décrire de quelle façon celui-ci, en produisant du sens, accroît notre expérience, c’est-à-dire précisément la triple médiation de la référence, du dialogue et de la réflexion. »

Paul Ricœur, « Poétique et symbolique », Initiation à la pratique de la théologie, introduction.

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GRILLE DE LECTURE

On entend par symbolisme artistique ou poétique un monde de symboles et de codes exprimant des motifs, des désirs, des croyances, des sens. La symbolique désigne un réseau de signes intersignificatifs propres à un domaine. C’est encore la science des symboles ou le monde du symbolisme. On attribue au symbole une plus grande profondeur de vécu alors que le signe est plus banal, et parfois sans vie (signaux routiers). C’est-à-dire que le symbole concentre souvent une somme d’expérience vitale et véhicule des significations nombreuses alors que le signe est plus simple. Quant à la poétique, elle est la discipline qui décrit le caractère productif de sens lié à certains modes de discours. Elle ne se réduit pas à la description des symboles, mais recherche « le comment » de toutes les formes de discours qui produisent du sens. Ici, notre univers symbolique est celui du langage.

L’association « Poétique et symbolique » peut être comprise comme l’effort d’un examen du caractère productif de sens du langage (en tant que symbole). La tâche de la poétique dans le champ du symbolisme langagier est la mise en exergue de la puissance de création d’invention et d’enrichissement de sens du langage. Cette puissance que révèle la poétique comprend une double dimension : Ricœur appelle la première production de sens la fonction d’innovation sémantique. C’est une fonction de création de sens s’observe surtout dans la métaphore qu’emploie le langage poétique. Le second aspect concerne le moment heuristique. La puissance de production du langage consiste aussi à accroître la capacité d’invention et d’enrichissement de sens du langage en tant que symbole. Très souvent, il n’y a pas d’innovation sémantique (création de sens) sans moment heuristique (accroissement de la puissance d’invention).

Nous proposons de nous limiter ici au premier aspect qui intéresse notre propos. Selon cette première fonction, la poétique décrit comment, dans l’ordre symbolique, le langage-symbole produit (créé) du sens. Cette production du sens que désigne la fonction d’innovation sémantique est une expansion de sens interne au langage. En clair, la création de sens est un mouvement de sens, un nouveau surgissement de signification à l’intérieur d’un réseau de codes signifiants. Toutefois, la poétique ne se limite pas à la description de la production de sens, elle fait ressortir comment cette production de sens accroît (enrichit) l’expérience du sujet du discours langagier : comment celui qui parle se réalise-t-il par le discours ?

La poétique s’intéresse au sujet du discours selon une triple dimension : celle de la référence, celle du dialogue et celle de la réflexion. Naturellement, le langage a un dynamisme interne, celui d’assurer des médiations, de relier des personnes. Ces médiations que la poétique aide à mettre en lumière sont la médiation entre l’homme et le monde (la référence), la médiation entre l’homme et l’homme (le dialogue) et la médiation entre l’homme et lui-même (la réflexion). Pour Ricœur, la tâche de la poétique consiste donc à montrer que le langage change simultanément notre vision du monde, notre pouvoir de communiquer et la compréhension que nous avons de nous-même. « Le poète est cet artisan de langage qui suscite et configure des images par la vertu du seul langage. »

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 12 mai 10

« Une expérience qui n’est pas portée au langage demeure aveugle, confuse et incommunicable. »

Paul Ricœur, « Poétique et symbolique », Initiation à la pratique de la théologie, introduction.

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GRILLE DE LECTURE

Toute l’expérience humaine est symboliquement structurée tout comme la culture humaine est symboliquement médiatisée. Ainsi, la communicabilité de l’expérience peut être entendue de deux façons, comme faisant référence, soit à la traduction symbolique ou langagière de l’expérience, soit à sa mise en concept. L’accession au logos conceptuel est le sommet de cette communicabilité.  Si tout n’est pas langage conceptuel dans l’expérience humaine, celle-ci n’est jamais totalement dépourvue de langage. En effet, tous les « moments » de l’expérience vive de l’homme trouvent dans le langage une médiation indispensable. L’expérience humaine est langagière, mais elle est langagière parce que symbolique. Le langage permet non seulement d’exprimer le vécu mais aussi de l’articuler au niveau même où cette expérience prend naissance et croissance. Ricœur affirme à cet effet que toute expérience peut être appréhendée au niveau préconceptuel du symbole et au niveau conceptuel (du discours, même si le symbole donne déjà à penser dès qu’il est symbole).

A l’école d’Ernst Cassirer, Ricœur entend par symboles « les structures de l’expérience humaine dotées d’un statut culturel et capables de relier entre eux les membres d’une communauté qui reconnaissent ces symboles comme leur règle de conduite. » C’est de cette manière que le symbole véhicule un sens pour ceux qui y lisent les signes dans lesquels leur vécu s’extériorise. L’exigence d’expression et de communication de l’expérience humaine a suscité son articulation dans un langage qu’on pourrait qualifier de mixte en ce sens que ce langage recèle un double niveau d’interprétation : le niveau préconceptuel du symbole et le niveau conceptuel du discours élaboré. Le niveau conceptuel du langage reste indissociable du symbole qui l’a vu naître. Si on peut parler de langage symbolique comme du langage conceptuel, on pourra parler de symbole s’agissant du niveau préconceptuel comme du niveau conceptuel. C’est pourquoi il serait commode de prendre les niveaux préconceptuel et conceptuel de l’expérience comme les phases primaire et secondaire du symbole. Même si la tendance consiste à caractériser de symbolique et primaire l’étape préconceptuelle. Même sur cette base, la mise en concept de l’expérience est tout aussi essentielle que son interprétation symbolique.

A priori, pour exercer sa fonction d’articulation et de communication de l’expérience, le langage n’a pas besoin de se constituer en langage conceptuel. C’est-à-dire que le langage symbolique dans lequel s’exprime originairement l’expérience peut ne pas être (ou devenir) spéculatif. Il existe dans nos cultures des récits, des faits mythiques, des paroles de sagesse et des paraboles qui sont communiqués dans un langage correspondant simplement au niveau symbolique primaire. Lorsqu’elles en viennent à être livrées à des conflits d’interprétations divergentes, à des systématisations diverses et à des déchirements internes à des traditions de lecture, ces expériences peuvent s’élever au niveau du concept pour se fonder en raison et accéder à l’universel. Le caractère spéculatif de l’expérience ne se discerne clairement qu’à ce second stade de son expression. En réalité, si l’expérience humaine à un niveau pré-littéraire peut être racontée et mythisée dans un langage symbolique, pictural et mythique, c’est parce qu’elle est dès toujours liée du dedans par un symbolisme immanent et autonome, qui n’est vraiment communicable que par le biais du discours spéculatif.

Emmanuel AVONYO, op

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