« La métaphore vive est au sens fort du mot, un événement de discours (…) Mais la métaphore vive n’existe que dans le moment même de l’innovation sémantique et dans celui de sa réactivation dans l’acte d’écoute ou de lecture. »
Paul Ricœur, « Poétique et symbolique »
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GRILLE DE LECTURE
Métaphoriser chez Ricœur, c’est faire apparaître des ressemblances sémantiques en rapprochant des termes éloignés. Si le « terme » désigne un événement de discours, il faut entendre par métaphore l’élément porteur de sens du symbole langagier. La métaphore se présente comme le noyau sémantique d’un symbole, c’est-à-dire l’élément porteur de sens d’une structure de signification à double sens. Ainsi, la métaphore est une création transitoire du langage qui ne subsiste que lorsqu’elle est reprise et acceptée par une communauté parlante. Toutefois, en dépit de son articulation langagière, la métaphore n’a aucun statut dans le langage en tant que tel.
En effet, Ricœur affirme que le langage ordinaire est un cimetière de métaphores mortes. L’événement métaphorique vivant est discursif, il relève de la rhétorique comme art de persuader. La métaphore vive n’existe que dans le discours, dans le moment de l’innovation sémantique. Le noyau du langage qui fait sens n’est visible que lors de la production du sens par le discours. La métaphore ne vit et ne se discerne mieux que dans l’innovation sémantique, au moment de la création ou de la réactivation du sens. Elle n’est vive que dans le langage, lors de l’élaboration du discours ou à des moments de réactivation du discours tels que celui de l’écoute ou celui de la lecture.
D’abord, affirmer que la métaphore vive n’existe qu’au moment de l’innovation sémantique qui a lieu dans le langage, c’est indiquer qu’il existe des métaphores mortes. Ensuite, dire que la métaphore est le « moment » sémantique du symbole, c’est montrer qu’il y a des noyaux non sémantiques du symbole. Enfin, porter la métaphore au rang de symbole, c’est insinuer qu’il a des symboles non métaphoriques. Pour tout dire, la métaphore ne devient un noyau faisant sens que lorsqu’on qu’on prend le symbole pour une expression à double sens intervenant dans le langage. Le symbole est une unité de noyaux sémantiques et non sémantiques. C’est ainsi que l’étude du symbolisme relève de champs d’investigation fort divers tels que la psychanalyse, la phénoménologie de la religion, le récit littéraire, la rhétorique.
Dans la pensée du jour, la métaphore doit être située dans la rhétorique et la poétique. Même si le symbole s’enracine souvent dans un sol pré-linguistique, on ne doit pas toujours y voir la métaphore littéraire. En psychanalyse par exemple, le symbole naît à la jonction du désir et du langage, au carrefour des pulsions et de la culture. Avant de passer dans la métaphore, le symbole s’enracine dans un univers pré-verbal du bios qui doit être purifié pour devenir celui l’univers du logos. La métaphore n’existe pas à cette première extrémité de la considération du symbole. Le champ de la fonction symbolique va bien au-delà des symboles de type métaphorique.
Emmanuel AVONYO, op
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