Posts Tagged ‘intention pratique’

Pensée du 10 février 10

« La personne est à-être ; la seule manière d’y accéder, c’est de la faire être ; en langage kantien : la personne est une manière de traiter l’autre et de se traiter soi-même. »

Paul Ricœur, Philosophie de la volonté, tome II.

______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Cet extrait de Philosophie de la volonté de Paul Ricœur laisse surgir la problématique du Soi-même comme un autre. Il rappelle aussi les Fondements de la métaphysique des mœurs d’Emmanuel Kant. Ce dernier écrivait que les hommes en tant qu’êtres rationnels sont appelés des personnes pour une raison fondamentale. C’est parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi. En effet, tout être raisonnable existe comme une fin en soi et non pas seulement comme un moyen dont telle ou telle volonté puisse user ou disposer comme bon lui semble. Pour Kant, il est clair qu’une existence a en soi-même une valeur absolue. Paul Ricœur partage cette conception de l’homme comme une chose dont l’existence est une fin en soi.  Cela présente un intérêt certain. Si la personne est une manière de traiter l’autre et de se traiter soi-même, ou de traiter l’autre comme soi-même, on peut penser que considérer l’autre comme une fin objective, comme une fin en soi, comme une personne, c’est se poser soi-même dans les mêmes termes. Faire être l’autre, Montaigne dirait « faire bien l’homme », c’est lui conférer tous les attributs personnels humains qui l’élèvent au rang d’une fin.

Le Soi ricoeurien comme une personne, se donne d’abord dans une intention. Le Soi se porte naturellement vers un « objet » qu’il doit considérer comme une fin existante. C’est pourquoi la conscience de Soi, telle la conscience d’une chose, est une conscience intentionnelle. Concevoir l’homme comme une fin en soi, c’est le considérer comme un objet éthique, un objet visé par la conscience relativement au bien. Cette projection de soi vers l’autre est d’autant plus impérieuse que c’est en tant que conscience intentionnelle que le Soi se fait conscience de Soi. Tout comme « l’objet » est le projet de la conscience, l’autre est le projet du Soi. Finalement, le Soi est un Soi projeté. On dirait même que le Soi est un projet reconstitué, dans son retour à soi par la médiation de l’autre. Notons que tandis que la conscience de la chose est une intention théorique, la conscience de Soi, c’est-à-dire la conscience de la personne, est une intention pratique. Elle me fait être en faisant être l’autre. La personne a à-être veut dire que tout être raisonnable à à-être traité comme une fin. Cela veut dire encore qu’un être raisonnable ne devient personne qu’en advenant à sa plénitude d’être par la médiation qui le finalise (ici, le considère comme une fin).

Emmanuel AVONYO, op

SOMMAIRE>>>