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Pensée du 21 juin 10

« La politesse est l’origine des vertus ; la fidélité, leur principe ; la prudence, leur condition. »

André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus.

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GRILLE DE LECTURE

Dans ce célèbre traité des vertus, Comte-Sponville présente la politesse comme la première et l’origine de toutes les vertus. Une vertu est une force qui agit, une excellence qui peut agir. Une vertu est une puissance spécifique, une puissance spécifique qui commande une excellence propre. La vertu d’un être est ce qui fait sa valeur et son excellence propres. La politesse est la première vertu, mais elle est la vertu la plus pauvre, la plus superficielle et la plus discutable. Elle se moque de la morale, parce qu’un nazi poli n’est pas plus vertueux qu’une personne obséquieuse et pleine d’artifices, pas plus qu’une politesse servile ou insultante. A dire vrai, la politesse ne ressemble pas à une vertu. C’est pourtant par la politesse que la vertu s’apprend et que les valeurs s’intériorisent dès le bas âge. L’origine des vertus ne saurait en être une, à moins de nécessiter elle-même une autre origine. La politesse est l’essence des vertus mais reste une vertu pauvre, elle est antérieure à la morale, et définit l’univers de la morale. La morale n’est-elle pas une politesse de l’âme ?

Pour être la plus pauvre et la vertu des commencements, la politesse est une petite vertu, elle est une valeur insuffisante, une qualité formelle, dérisoire, si elle ne donne pas naissance à d’autres vertus. Par exemple, la politesse a besoin de fidélité comme le principe toute vertu. La vertu en tant qu’une disposition constante à faire le bien n’est rien sans fidélité, sans mémoire des valeurs passées apprises. Tout comme la mémoire est vertu, la fidélité est vertu de mémoire. Un devenir vertueux infidèle ne sera pas une vertu. L’homme, dit Comte-Sponville, n’est esprit que par la mémoire, humain que par la fidélité. L’esprit fidèle est le principe de la vertu humaine. La fidélité n’est pas une valeur parmi d’autres, elle ce par quoi il y a valeurs et vertus. Mais la fidélité répugne à la versatilité et à l’opiniâtreté. La fidélité est pire que la délation et le reniement. C’est ce qui fait dire à Vladimir Jankélévitch que la fidélité à la sottise est une sottise de plus. La fidélité est amour fidèle du bien.

La vertu n’est vertu qu’à une condition : par la prudence. Kant y voyait un amour de soi éclairé et habile. A ce titre, elle paraît trop avantageuse et trop calculatrice pour être morale. Pour les modernes, la prudence relève moins de morale que de psychologie. Néanmoins, la prudence est élevée depuis l’Antiquité grecque et le Moyen Age à la dignité de vertu cardinale. Aux côtés du courage encore appelé force d’âme, de la tempérance et de la justice, la prudence tient le 1e rang. La prudentia latine ou la phronesis grecque a été présentée par Aristote comme une vertu intellectuelle, elle se rapporte à la connaissance et à la raison. Ainsi, la prudence est cette disposition qui permet de délibérer correctement sur ce qui est bon ou mauvais pour l’homme. Elle aide à agir convenablement. C’est elle qui rend vertueuse les vertus, pourrait-on dire. C’est une intelligence vertueuse, ou mieux, le bon sens au service de la bonne volonté et de la liberté morale. Ce n’est pas un facteur d’inhibition, c’est une sagesse pratique, une vertu de l’action.

Emmanuel AVONYO, op

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