Posts Tagged ‘La participation démocratique en Afrique’

Pensée du 25 mars 10

« (…) Au lieu de prescrire des conditions a priori de la démocratie en Afrique, il serait plus utile de prêter attention aux capacités dont pourraient disposer des acteurs qui, par nécessité et peut-être aussi par conviction, seraient soucieux d’entreprendre une réforme démocratique. »

Mawuto Roger AFAN, La participation démocratique en Afrique, p. 86.

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

C’est un fait indéniable que la participation démocratique cristallise de grands enjeux socio-culturels et politiques dans le monde. Selon Mawuto Roger Afan, elle est un projet essentiel pour l’Afrique d’aujourd’hui. L’histoire de la démocratie en Afrique a connu beaucoup de remous. Tout projet de réforme politique doit en tenir compte pour parvenir à des résultats satisfaisants. L’élan démocratique qui a ébranlé le continent africain à la fin du XXe siècle a donné naissance à des mutations politiques remarquables. Mais le « nouvel espace politique africain qui résulte de la fermentation de nombreuses revendications démocratiques sur le plan politique et social » ne s’est pas soldé par une profonde démocratisation des régimes politiques en place. L’Afrique reste aujourd’hui de ce fait un continent aux réalités politiques et sociales contrastées. En fait, la base idéologique de la dictature est rejetée par tous les Etats, sans que sa pratique politique ait complètement disparu.

Mawuto Roger Afan observe que cette situation peut s’expliquer en partie par le fait que les projets de société élaborés par les Conférences nationales des années 90 n’ont pas été pris en compte, les constitutions africaines étant restées calquées sur le modèle des « métropoles » occidentales. Le désir des hommes et des femmes d’Afrique d’obtenir un changement dans la gestion du bien public en vue d’un renouveau démocratique a été foulé aux pieds par les tenants du pouvoir. Cet état de choses pointe en direction du type de rapport qui existe entre le peuple et ses gouvernants. Les gouvernements incarnent à peine les aspirations de leurs peuples. Sur le plan social, l’Afrique connaît des crises et des conflits qui minent toute possibilité d’accès à une vie sociale ordonnée. A cela s’ajoutent le manque de culture politique et la pauvreté matérielle de la population, les problèmes de corruption et les difficultés de concrétisation des valeurs démocratiques. Dans ces conditions, comment parler de réforme démocratique ?

Mawuto Roger Afan ne se laisse pas impressionner par les problèmes qu’il souligne. Loin d’être des limites insurmontables, ces difficultés montrent que les exigences de l’ouverture démocratique ne doivent pas se limiter à la réforme de la forme des institutions. Elles permettent surtout de comprendre que les conditions de la démocratie ne sont pas à prescrire a priori. Elles doivent être élaborées de façon concertée en prenant en compte les capacités des acteurs politiques africains. Inutile de penser que l’Afrique ne tournerait le dos au processus démocratique, ou qu’elle sombrerait dans la dégradation de la vie démocratique. L’Afrique est capable d’un avenir meilleur, elle n’est pas un continent condamné à la logique des conflits. Les conflits ne sont pas forcément négatifs, ils ne sont donc pas à éliminer, parce qu’ils expriment parfois les manifestations de masse autour des problèmes de société. Ils peuvent contraindre l’autorité centrale à moins gouverner d’en haut.

En réalité, au vu des potentialités que regorge le continent, on peut affirmer sans coup férir que l’Afrique « est dotée d’une capacité, d’une volonté de se recréer politiquement, non en sacrifiant son identité culturelle, mais en intégrant les valeurs démocratiques par une combinaison de rejets et d’adaptations. » Les principes universels de la démocratie ne peuvent entretenir un esprit orienté vers la promotion de la chose publique que dans la tolérance et le respect des intérêts différents. Mawuto Roger Afan pense que la participation démocratique est une exigence éthique de tout processus démocratique, et qu’ainsi, l’enjeu central de la démocratie en Afrique dépasse les lieux traditionnels que sont la liberté et l’égalité. Cet enjeu pourrait consister dans la valorisation de la palabre, comme lieu et principe de la participation des hommes à la vie de leur communauté.

Emmanuel AVONYO, op

>>> SOMMAIRE >>>

La représentation démocratique

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 15 mars 2010

________________________________________________________________

LA REPRESENTATION DEMOCRATIQUE

Le processus de démocratisation a considérablement évolué ces deux dernières décennies au point de gagner aujourd’hui les plus petits Etats du globe. Cela confirme le triomphe sans précédent de la démocratie amorcé un peu avant la fin du XXe siècle. Contrairement à la démocratie du temps de Périclès et de Platon, de nos jours le peuple élit ses propres représentants. Un peu partout dans le monde, des élections sont organisées pour désigner des responsables politiques. En Afrique, malgré les mutations politiques survenues autour des années 90, il subsiste d’énormes difficultés liées à la procédure de désignation des représentants du peuple et au respect des règles du jeu démocratique comme en témoignent les irrégularités qui entachent certains scrutins en dépit de la présence impressionnante des observateurs internationaux. On enregistre aussi des problèmes en ce qui concerne la représentation effective du peuple dans les instances décisionnelles, l’option démocratique et la participation des hommes à la vie politique de leur communauté[1].

Vu l’intérêt que cette situation représente dans la pensée politique actuelle, nous voudrions nous intéresser dans cette analyse à la question de la représentation démocratique. Nous ébauchons ainsi une réflexion de philosophie politique aux ambitions limitées qui, pourtant, est censée être poursuivie afin de s’élever à un point de vue qui puisse restaurer l’unité de sens, la portée conceptuelle ainsi que les conséquences politiques du phénomène que nous mettons en cause. Nous nous limitons aujourd’hui à l’exploration des concepts de « représentation » et de « démocratie ». Après avoir examiné ici quelles formes de relations les unissent, nous nous intéresserons à leurs limites dans l’Atelier des concepts des semaines à venir.

Voir l’article >>>LA REPRESENTATION DEMOCRATIQUE>>>

>>> APPROCHE PHILOSOPHIQUE DE LA DEMOCRATIE >>>


[1] Mawuto Roger Afan, La participation démocratique en Afrique, Editions Universitaires Fribourg, 2001, p. 14.

________________________________________________________________