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Pensée du 09 mai 11

« Atteindre la vérité, la contempler, en vivre au plus intime de nous-mêmes est autre chose que l’exprimer, la dire, la manifester en l’écrivant, en la communiquant aux autres. »

Marie-Dominique Philippe, Philosophie de l’art, t.1, Editions universitaires, 1991, p. 156.

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GRILLE DE LECTURE

Il y a bien une différence notable entre contempler la vérité et traduire aux autres les fruits de sa contemplation. Ce sont là deux activités spirituelles qui se complètent sans néanmoins s’équivaloir. Ainsi, rédiger une grille de lecture philosophique pour partager mon point de vue, ce n’est pas philosopher au sens propre. La contemplation philosophique est censée l’avoir précédé. Car philosopher, au sens fort, ce n’est pas « faire » quelque chose, c’est chercher la vérité de la manière la plus parfaite possible. Philosopher, c’est contempler la vérité et s’ouvrir à la réalité intelligible qui dispense le sens. Cela implique une rencontre philosophique avec la vérité.

L’activité (l’ouverture) contemplative est purement immanente comme un bien intime du philosophe. En rigueur de termes, la contemplation n’est pas une activité, elle ne vise pas un but matériel, elle ne se ramène pas à une œuvre de fabrication. Dans ce qu’elle a de plus élevé, c’est-à-dire l’atteinte de la vérité, elle est ordonnée au bien propre du philosophe : la perfection de son intelligence. Le bien spirituel qu’est la vérité ne peut être atteint que par une opération immanente d’amour et de connaissance de la vérité. Si la vérité est le bien propre de l’intelligence, la connaissance intellectuelle spéculative dans sa pureté relève beaucoup plus d’une communion spirituelle que d’un « faire » quelconque.

Certes, contempler et manifester la vérité contemplée ne s’opposent guère. Contempler et transmettre le savoir s’interpénètrent et effacent toute frontière dès lors que l’un complète l’autre, et que le fait d’exprimer ce que nous savons nous permet de l’affermir, de mieux le comprendre et de le questionner davantage. Cependant, Marie-Dominique Philippe fait observer que « dès qu’on analyse philosophiquement la pensée, l’activité intellectuelle, on est obligé de distinguer ce que relève des exigences propre de la connaissance intellectuelle et ce qui relève des exigences de la parole, du dire, de la communication aux autres. » Connaissance intellectuelle et communication du savoir diffèrent comme contempler et traduire le fruit de sa contemplation.

C’est pourquoi le lien de dépendance entre la pensée et son expression n’est pas identique au lien entre l’expression de la pensée et la pensée elle-même. En clair, pour manifester une vérité en l’écrivant, pour rédiger une grille de lecture philosophique, il faut comprendre ce dont on parle (la vérité). Pour communiquer la vérité aux autres, il faut normalement l’avoir déjà entrevue, saisie et contemplée. L’inverse n’est pas nécessaire, car le moyen de comprendre une question philosophique, d’en vivre au plus intime de soi-même n’est pas nécessairement de la communiquer en écrivant à son sujet. Il paraît donc évident que l’activité intellectuelle spéculative de contemplation possède une autonomie et une noblesse que l’art de communiquer doit encore inventer.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 18 mars 11

« De tout temps la recherche d’une sagesse de vie a été chose difficile et rare ; parce que l’homme, en raison même de sa complexité et de sa richesse, risque toujours de se distraire, de se laisser prendre par les problèmes immédiats et d’oublier l’essentiel, (…) ».

Marie-Dominique Philippe, Lettre à un ami. Itinéraire philosophique.

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GRILLE DE LECTURE

Dialoguer avec la tradition philosophique appelle à un retour à l’expérience immédiate. Mais cette réalité dans son état « sauvage », dans son état natif, exige de nous une purification qui est lente à se faire à cause de l’emmaillotement de notre intelligence dans l’imaginaire. C’est pourquoi, dans Lettre à un ami, cet aristotélicien essaye, en réponse à son ami, de proposer une sorte d’itinéraire précisant les grandes étapes de la réflexion philosophique. Cet ami n’est pas à chercher loin, parce que la première marque d’amitié se trouve dans la recherche commune de la vérité : « J’écris vraiment ce livre pour celui qui, en quête de vérité, est mon ami, un ami philosophe, désireux de l’être toujours plus. » La vérité qui unit les amis philosophes est celle d’une sagesse de vie, qui a malheureusement toujours été chose difficile et rare. Cette recherche devient particulièrement difficile à notre époque à cause du contexte culturel défavorable dans lequel l’homme vit.

En effet, la quête de la sagesse est perçue de nos jours comme une activité dépourvue d’intérêt, comme une nostalgie qui n’a plus de sens. Le développement des sciences et des techniques oriente les regards vers l’efficacité de l’homme. L’accroissement de son pouvoir sur la matière biologique et inerte est sa première préoccupation. Marie-Dominique Philippe souligne que le progrès de la technique a donné à l’homme des possibilités étonnantes. Là où le bas blesse, c’est que les nouvelles possibilités offertes deviennent pour l’homme une sorte d’excroissance qui le déséquilibre, qui supprime son harmonie profonde. L’homme s’est résolument mis au diapason du développement technologique. Or, lorsque le développement devient la préoccupation dominante de l’homme, il engendre fatalement un certain scepticisme à l’égard de la philosophie (surtout la métaphysique ou la philosophie première). Il devient difficile de discerner que l’intelligence humaine est faite pour aller au-delà des connaissances scientifiques, et parvenir à une vérité d’un autre caractère.

La neutralité par rapport à la négation des fins propres à l’homme orchestrée par le développement serait une sorte de compromission. Le supplément d’âme que le développement requiert de la part de l’homme serait d’inventer de nouvelles capacités d’aimer, de penser et de contempler. Ces trois capacités énoncent l’essentiel du programme qui meuble l’itinéraire philosophique de Lettre à un ami. Pour parvenir à une authentique recherche de sagesse, l’homme doit s’interroger sur ce qu’il est comme personne humaine. Il doit redécouvrir, à partir de ses propres expériences, ce qui donne à sa vie son sens : la recherche de l’amour d’amitié, de la vérité et de la contemplation.  Si l’esprit humain est fait pour chercher et contempler la vérité, le cœur humain aussi est fait avant tout pour aimer une personne humaine, pour l’aimer comme un ami. Désormais descendus au creux de la vague, les hommes doivent lutter pour la défense de la finalité de l’existence. C’est en proposant à la science d’être au service de l’homme que la philosophie comme sagesse pourrait reconquérir la place qui est la sienne.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 08 avril 10

« De tout temps la recherche d’une sagesse de vie a été chose difficile et rare ; parce que l’homme, en raison même de sa complexité et de sa richesse, risque toujours de se distraire, de se laisser prendre par les problèmes immédiats et d’oublier l’essentiel, (…) ».

Marie-Dominique Philippe, Lettre à un ami. Itinéraire philosophique.

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GRILLE DE LECTURE

Dialoguer avec la tradition philosophique appelle à un retour à l’expérience immédiate. Mais cette réalité dans son état « sauvage », dans son état natif, exige de nous une purification qui est lente à se faire à cause de l’emmaillotement de notre intelligence dans l’imaginaire. C’est pourquoi, dans Lettre à un ami, cet aristotélicien essaye, en réponse à son ami, de proposer une sorte d’itinéraire précisant les grandes étapes de la réflexion philosophique. Cet ami n’est pas à chercher loin, parce que la première marque d’amitié se trouve dans la recherche commune de la vérité : « J’écris vraiment ce livre pour celui qui, en quête de vérité, est mon ami, un ami philosophe, désireux de l’être toujours plus. » La vérité qui unit les amis philosophes est celle d’une sagesse de vie, qui a malheureusement toujours été chose difficile et rare. Cette recherche devient particulièrement difficile à notre époque à cause du milieu culturel défavorable dans lequel l’homme vit.

En effet, la quête de la sagesse est perçue de nos jours comme une activité dépourvue d’intérêt, comme une nostalgie qui n’a plus de sens. Le développement des sciences et des techniques oriente les regards vers l’efficacité de l’homme. L’accroissement de son pouvoir sur la matière biologique et inerte est sa première préoccupation. Marie-Dominique Philippe souligne que le progrès de la technique a donné à l’homme des possibilités étonnantes. Là où le bas blesse, c’est que les nouvelles possibilités offertes deviennent pour l’homme une sorte d’excroissance qui le déséquilibre, qui supprime son harmonie profonde. L’homme s’est résolument mis au diapason du développement technologique. Or, lorsque le développement devient la préoccupation dominante de l’homme, il engendre fatalement un certain scepticisme à l’égard de la philosophie (surtout la métaphysique ou la philosophie première). Il devient difficile de discerner que l’intelligence humaine est faite pour aller au-delà des connaissances scientifiques, et parvenir à une vérité d’un autre caractère.

La neutralité par rapport à la négation des fins propres à l’homme orchestrée par le développement serait une sorte de compromission. Le supplément d’âme que le développement requiert de la part de l’homme serait d’inventer de nouvelles capacités d’aimer, de penser et de contempler. Ces trois capacités énoncent l’essentiel du programme qui meuble l’itinéraire philosophique de Lettre à un ami. Pour parvenir à une authentique recherche de sagesse, l’homme doit s’interroger sur ce qu’il est comme personne humaine. Il doit redécouvrir, à partir de ses propres expériences, ce qui donne à sa vie son sens : la recherche de l’amour d’amitié, de la vérité et de la contemplation.  Si l’esprit humain est fait pour chercher et contempler la vérité, le cœur humain aussi est fait avant tout pour aimer une personne humaine, pour l’aimer comme un ami. Désormais descendus au creux de la vague, les hommes doivent lutter pour la défense de la finalité de l’existence. C’est en proposant à la science d’être au service de l’homme que la philosophie comme sagesse pourrait reprendre la place qui était la sienne dans l’Antiquité grecque.

Emmanuel AVONYO, op

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