Posts Tagged ‘métaphysique et ontologie’

Pensée du 23 juin 11

« Ricœur discerne la rupture entre l’ontologie et la métaphysique dans le moment kantien. Le passage de la Critique de la raison pure à la Critique de la raison pratique atteste bien que la question de l’être renaît de la déconstruction kantienne de la métaphysique. Bien que la chose en soi reste le fondement du phénomène, la raison pratique est un essai de détermination de la notion d’être à partir de la liberté, c’est-à-dire une ontologie pratique. Une ontologie sans métaphysique devient possible. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture. L’Harmattan, 2009.

________________________________________________________________________

Pensée du 24 juin 10

« Dévoiler quelle est la constitution de l’être de la réalité-humaine, c’est cela l’Ontologie. »

Martin Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Emmanuel Kant a sonné le glas de la métaphysique traditionnelle qui s’identifiait presque parfaitement à l’ontologie de l’être comme substance. Avant la Critique de la raison pure, l’ontologie, c’est-à-dire l’étude de l’être en tant qu’être était encore la métaphysique. Avec Kant, la question fondamentale de la métaphysique étant devenue « qu’est-ce que l’homme ? », on parlerait plutôt d’une métaphysique de la réalité-humaine. Si la métaphysique de la réalité-humaine devient chez Kant la fondation de la métaphysique, c’est bien l’ontologie fondamentale qui est à la base de la métaphysique de la réalité-humaine. Qu’est-ce alors que l’ontologie fondamentale ? Si la logique fonctionne ici, on répondrait que l’ontologie fondamentale est la fondation de la fondation de la métaphysique. Autant dire que l’ontologie est un double fondement.

Heidegger définit l’ontologie kantienne comme le dévoilement de la constitution de l’être de la réalité-humaine. L’œuvre de fondation de la métaphysique, affirme Heidegger, doit obéir à une direction unique qui doit être donnée par la question fondamentale de l’œuvre de la fondation, c’est-à-dire l’ontologie. Cette question fondamentale se décline ontologiquement : c’est le problème de la possibilité interne de l’intelligence de l’être. La constitution de l’être renvoie effectivement à la structure interne de ce lieu philosophique inexpugnable qu’est l’être. Inutile de préciser qu’il s’agit désormais de l’être de la réalité-humaine.  Une relation de dépendance s’est instaurée entre la métaphysique de la réalité-humaine et l’ontologie fondamentale. Celle-ci fonde celle-là, mais celle-là est chargée d’assurer le dévoilement de la constitution interne de l’être de la réalité-humaine.

En quoi la manifestation de cette constitution intérieure peut-elle être dite fondamentale (ontologie fondamentale) ? Non seulement parce que c’est dans cette constitution que la possibilité de la métaphysique trouve sa base, mais aussi parce que l’ontologie fondamentale est le premier degré de la métaphysique de la réalité humaine. Mais la vraie raison est celle qui va s’énoncer : pour que la constitution de l’être de chaque existant soit accessible, la compréhension de l’être doit prendre le caractère d’un pro-jet (Entwurt). Ce que montre l’ontologie fondamentale est que le comprendre (Verstehen) n’est pas seulement un mode particulier de connaissance, mais l’accomplissement même du pro-jet. L’ontologie est fondamentale parce qu’elle présente le comprendre comme un mode d’être de l’être existant qui consiste à projeter la réalité-humaine dont la marque essentielle est la finitude. L’ontologie fondamentale intelligibilise l’être de l’homme comme un pro-jet fini.

Emmanuel AVONYO, op

>>> SOMMAIRE >>>