« L’histoire que raconte le mythe est une histoire vraie parce qu’elle apparaît comme sacrée, non pas tant en raison de son contenu mais par ses conséquences. »
Michel Meslin, « Mythe et Sacré »
_______________________________________________________________
GRILLE DE LECTURE
La question se pose souvent de savoir pourquoi en référer aux mythes. Une histoire est-elle plus vraie que qu’un mythe ? Le mythe raconte souvent une histoire, et l’histoire aussi emploie les ressources de la mythologie. Même si le récit mythique est souvent utilisé à des fins historiques, mythe et histoire ne s’identifient pas pour autant. L’histoire semble être de l’ordre de la relation des faits, alors que le mythe est de l’ordre de l’explication ou de l’explicitation. Pour Michel Meslin, le mythe est explicatif parce que signifiant. Le recours aux mythes se justifie par la nécessité de rendre intelligibles, signifiants, certains faits par le langage symbolique. Mais le rapport du mythe à la vérité ou à la réalité, est des plus problématiques. Une histoire peut être vraie en dépit des faits mythologiques qu’elle comprend. Un mythe n’est pas moins vrai lorsque les images évoquées ne correspondent pas exactement à la réalité. Et puis, on peut ne pas être d’accord avec notre philosophe sur la première partie de son assertion : le mythe ne paraît pas vrai parce qu’il est sacré, mais en lien avec ce qu’il apporte à la connaissance de l’homme sur une vérité par-delà le réel.
De ce fait, le mythe est vrai, non pas à cause de l’exactitude des images employées, mais lorsque quelque chose de la vérité profonde de l’homme est donné à travers les faits expliqués et les personnages cités, lorsque des faits singuliers retrouvent une portée universelle. Le langage mythique biblique tente d’expliquer au moyen de la narration les origines du mal et les commencements inaccessibles à l’homme en dehors des hypothèses scientifiques. Il permet à l’homme de prendre conscience d’une réalité qui lui est inhérente et de se faire une compréhension de cette réalité. Les mythes bibliques, ceux de l’Ancien Testament en particulier, ont une certaine efficacité à cause de leur capacité à susciter une profonde réflexion et un discernement fécond. En fait, les mythes sont indispensables pour porter une espérance, pour ouvrir une perspective et un avenir ; ils permettent d’exister, et appellent à sortir des stéréotypes de non sens qui confisquent à l’homme son pouvoir sur la vie.
Le mythe n’est pas vrai par son contenu mais par ses conséquences. Selon Michel Meslin, toute culture dans laquelle le monde est pris en charge, nommé, connu, et donc possédé par l’homme à travers les mythes, est une totalité dont les modes d’expression ne sont jamais complètement homologues de la réalité concrète. Cependant, « Les mythes nous disent les diverses représentations humaines du temps et de l’espace… ils témoignent de cette exploration par l’homme des confins du contingent et de l’inéluctable, du fini et de l’infini, du mortel et de l’éternel… ». C’est pourquoi, le mythe a toujours un sens pour les hommes. Michel Meslin précise que le rôle du mythe ne se justifie pas du fait qu’il est inventé pour expliquer, mais parce que, médiateur entre l’homme et l’univers, le mythe est lui-même explicatif et signifiant. Le mythe transfigure les réalités quotidiennes dans un récit codé qui les sublime. Notre interprétation assez large ne doit pas faire oublier que le propos de Meslin est que « l’univers mythique est le monde de l’homme traduit et justifié dans les formes d’un absolu sacré. » De cette manière, le récit mythique rend réel le divin.
Emmanuel AVONYO, op
COMMENTAIRES